
Choix
et démarche artistique
À l'origine du groupe Maïan,
une rencontre entre :
- une chanteuse influencée par les couleurs du Maroc de ses origines,
enracinée dans l'héritage des grandes « blackwomen »
du Jazz ;
- un pianiste ouvert sur deux mondes (Classique et Jazz), auquel sa double culture
ouvre des horizons vastes, notamment sur le plan harmonique ;
- deux complices (Contrebasse et Batterie) actifs au plan régional
dans de nombreux domaines musicaux qui ont enrichi leurs langages respectifs.
De la fusion de ces personnalités naît une musique qui veut
dépasser
la conception traditionnelle du quartet (une vocaliste accompagnée
par un trio), en plaçant leur recherche de nouvelles formes sous
le double patronage spirituel de la grande Jeanne Lee et de l’incontournable
Bill Evans.
La reprise de certains titres emblématiques de la chanteuse (réarrangés
de manière personnelle) et la « mise en paroles » de
compositions parmi les moins connues du pianiste et de certains de ses « héritiers
» ne constituant qu1un prélude à l'élaboration
progressive d'un répertoire de morceaux originaux, à travers
lesquels le groupe entend apporter une nouvelle couleur au tableau du
Jazz régional.
Les trois sources
Dans
un monde où se tarit l’eau-mère , où la rosée
des fontaines doit se chercher plus profond que nous-mêmes, il reste
des sourciers qui par leur voix apaisent toute soif. Et jaillissent les
fontaines, les trois sources.
Une fontaine mauve comme Bill Evans

Une fontaine rouge vif comme Abbey Lincoln

Une fontaine blanche comme Jeanne Lee

Il y a donc trois sources, près de la maison du bord du monde, ces sources,
elles coulent même aux saisons les plus sèches, elles coulent
follement toujours, encore, jamais, follement.
Ces sources, près de la maison du bord du monde,
Elle, Naima, ne voit pas ce qui se passe dans la maison du bord du monde,
car elle est source elle-même, et que les sources ne voient pas.
Mais cette source, elle sait.
Elle sait reconnaître entre mille et cent les cris, les bruits, les
pas, la caresse et les rires d'enfant de ces femmes faites de musique et
de mots.
La source, elle sait reconnaître ces femmes entre toutes
Elle a même arrêté sa course folle le jour où elle
les a rencontrées.
Moi, Naima, je me mets en route par les chemins des notes où se posent
les papillons de la nuit, vers ces rives allumées de la voix, vers la
voie. Elles m’attendent de l’autre coté, elles tiennent l’haleine
du monde.
Peu de traces pour les rejoindre, les hommes ont laissé tant de lacs
séchés en eux. Mais dans leurs regards des cristaux se détachent
jusqu’à nous, mémoire de la neige discrète qui nous
aura fait un jour entrevoir Jeanne dans un sari blanc, Abbey et son chapeau
en défi contre l’injustice de la lumière, Bill gardien des
vergers des souffrances et funambule lunaire sautant de note en note. Toutes
trois portent l’enfance de la musique. Les trois sources sont devenues
les trois souffles.
Bil, brûlé dans son propre feu et se tordant dans ses propres
flammes. Voix de ceux qui en ont tant vu et tant bavé, viol de nuit sans petit
prince. Battue et rebattue par les ressacs de la vie, sa voix saignait à
sa place, son corps ne restait dans son enveloppe que collé par un bouquet
de gardénias.
Elle qui gémit à toutes les lunes dans les caniveaux, elle est
tout à la fois gémissement et miséricorde, lamentation
et pardon.
Première source où je m’agenouille, source mauve et déchirée.
Et voici Abbey Lincoln, femme du refus, de la révolte et de la terre
rouge d’Afrique, de l’autre côté du limon. De son chapeau
sont sortis les anges de la justice, et grain à grain, elle crache les
noyaux d’un monde méchant. Elle aura tant attendu que de nous se
lève des tempêtes. Elle est un grand feu et les vergers brûlent.
L’espoir jaillit de ses mots éclatants. Au-delà de l’amertume,
elle voit des aurores à venir. Celles que l’on ne peut voir que
debout face à la terre des humains.
Après les rochers et les arcs-en-ciel se trouve la troisième source
prise dans la neige de toutes nos enfances : Jeanne Lee s’y baigne encore,
grande princesse dolente aux cérémonies de l’indicible.
Blanche elle flotte dans son sourire de fée d’éternité.
Elle sait, elle console, elle coule de toutes ses veines vers nous En fragile
équilibre l’eau de sa main est venue sur mes cheveux chassant la
sueur. La soif prend sa honte. Je dois prendre sa patience et son haleine en
attente. Jeanne tend sa main fraternelle, sa main pleine d’eau blanche
pour bénir les brouillards, pour fermer les mauvaises écluses.
Et le ciel nous serons dans le ciel. Voici maintenant le rituel des eaux que
moi Naima je vais célébrer pour elles.
Rituel des eaux
Du bout des doigts, on touche l’eau au front
On ne respire plus
Tout ce qui existe en ce moment précis respire à votre place
Les leçons de ténèbres se passent tout en bas
Voix du fond des bouches
On vous appelle
Venez reprendre vos rêves, ils sont lavés, et ces dames très
blanches laisseront flotter leurs draps
L’eau a la fièvre dans la chambre du fleuve
Les enfants murmurent contre la porte et se plaignent d’êtres
morts
Il faut alors remettre ses mains sur l’eau, se taire pour qu’ils
existent pleins de nuits et de gouttes aux tempes.
Faire neuf fois le cercle autour de l’eau
S’incliner lourds des visages des noyés
Et alors on saura que nous étions veille sur veille
Pour que l’eau retourne à la neige.
Neuf roses dans la main,
Les cheveux dénoués pour retenir les disparus
Mieux que les ronces mieux que nos mains malades
Le souffle des fileuses sera tordu neuf fois
Et la laine deviendra l’aube
Trois signes sur le sable et l’eau redevient libre
Elle pleure en silence elle s’en va
Le rituel n’est plus qu’une tombe perdue
Maintenant les trois sources s’apaisent dans ma voix, moi, Naima,
ce soir, je les invoque, ce soir, je les convoque. Elles coulent en moi.
Elles coulent de moi.
Les trois sources est un spectacle théâtral et musical , hommage
à deux chanteuses de jazz : Abbey Lincoln , et Jeanne Lee et un
pierrot blanc du piano, Bill Evans..
Il y a trois ans, en créant un spectacle sur l’histoire du jazz
avec les enfants d’une école, j’ai réalisé,
étonnée, que Billie Holiday était devenue pour moi
et en moi, la chanteuse incarnant cette histoire. Pourquoi elle ?
Au même moment, Jeanne Lee mourait, et ce n’est qu’à
cet instant, que je découvrais sa voix et son œuvre. Choc !
Il me semblait qu’un autre monde s’ouvrait devant moi.
Je m’interrogeais, et ce questionnement me permit de redécouvrir
et d’écouter différemment, Abbey Lincoln, que jusqu’alors,
je n’affectionnais pas particulièrement.
Je sentais confusément qu’un lien existait entre ces trois artistes,
j’étais bouleversée. L’élaboration de ce spectacle
est la quête de ce lien.
Ce lien, peut-être Mal Waldron l’avait-il perçu, pianiste,
il fut l’accompagnateur des trois dames, créant avec elles
de merveilleuses compositions ...(ou merveilleux tandems, duos)
Trois femmes, trois chanteuses, auteurs, compositeurs, différentes oh
combien, mais aussi semblables à travers leur authenticité artistique,
identité de femmes ayant en partage: la conscience des mots et de leur
sens, l’audace d’un chant qui se démarque, reconnaissable
dès la première note, aux antipodes des conventions et qui au
delà de sa beauté, nous invite à écouter et à
entendre, nous appelle... à nous même.
Il me fallait donc avancer, et pour percer les mystères, je devais
aller aux sources :
source de la blessure première de Bill,
source de la révolte d’Abbey,
source de la transparence de Jeanne.
Ainsi est né ce spectacle !
Naïma Chemoul
CRÉATION 2006/2007
Vers les sources
La
vie des musiciens ressemble parfois à celle des nomades dont les
caravanes se croisent et où, durant un instant, des êtres se rencontrent
et partagent leurs sources : l’eau, le feu, et le ciel.
Le temps coule alors comme du sable et du miel entre ces gens face aux étoiles,
à l'écoute de leurs voix intérieures.
Un concert n’est-il pas toujours cette tentative de voyage vers l'essentiel
: la rencontre ? Le partage en un instant du lait de la musique et du monde.
De ces similitudes, Jeanne Lee, immense chanteuse de jazz, en chantait
les indicibles mystères et les troublants secrets.
Cinq ans déjà que, cette grande dame nous quittait pour d'autres
cieux, et sa voix roule maintenant dans les étoiles et aussi en nous.
Le groupe « Maïan », trois musiciens et une chanteuse (voix,
piano, contrebasse, batterie) lui rendent hommage en se glissant dans ses pas
sonores. Le tout sous l'ombre tutélaire de Bill Evans.
À travers des thèmes de Mal Waldron, d'Abbey Lincoln, de Bill
Evans, de textes poétiques, ils vous invitent à partager
un instant leur caravane.
Attiré par ces femmes qui veillent sur notre musique, Bill Evans
a voulu faire un bout de chemin avec nous. Nous lui avons fait place.
Vers ces appels qui jaillissaient vers nous, il nous fallait nous approcher
des sources de la blessure première de Bill Evans, de la révolte
d’Abbey, de l1indicible grandeur de Jeanne.
Tout cela s'entrelace. Identité d'êtres ayant en partage le sens
des notes et des mots, et qui au-delà de la beauté nous invite
à écouter et à entendre, nous appelle à nous-même.
Nous chantons pour eux.
Biographies
Naïma
Chemoul – voix

Commence ses études de jazz vocal avec Christiane Legrand, puis La Velle.
Sa rencontre avec cette musique, elle la doit d’abord à son père,
qui lui faisait écouter en boucle les disques de Nat King Cole et d’Ella
Fitzgerald.
Du Maroc natal de son père, elle garde le goût pour le parfum des
voix épicées, et les musiques évoquant les secrets des
sourcières.
Depuis son arrivée à Albi, il y a quelques années, elle
est à l’initiative e plusieurs projets musicaux avec des enfants
dont Jazz à En Gach, Musiterrannée…
En 2004, elle fonde le groupe Edanéres, formation avec laquelle elle
se produit autour d’un concept de rencontre entre le jazz et la musique
orientale avec en filigrane la poésie de « la Conférence
des oiseaux ». on a pu l’entendre au sein de ce groupe à
Mazamet, Gaillac, et notamment au festival Actu'elles à Albi en première
partie de Dianne Reeves et au Festival Jazz sur son 31 à Toulouse autour
d’un concert-hommage à Jeanne Lee.
Christophe Larrieu-piano

Musicien éclectique, Christophe Larrieu découvre et pratique le
jazz en autodidacte, tout en menant ses études et son activité
professionnelle dans le milieu classique (1ers prix du CNSM de Paris en Piano
et accompagnement, il travaille en musique de chambre et dans le milieu lyrique,
et est depuis 1997 assistant - chef d1orchestre au Théâtre
du Capitole).
La rencontre, très tôt, avec les frères Belmondo est déterminante
pour le développement de sa double passion.
Son goût pour l’arrangement l’amène à créer
et diriger (de 1992 à 1996) le Big Band du Conservatoire Supérieur
de Paris-CNR, avec lequel il se produit en concert notamment à l'Auditorium
des Halles et au Duc des Lombards. Il écrit également pour les
cordes à diverses occasions, dont le concert de Toots Thielemans au festival
de Ramatuelle en 96. En Avril 99, à l’occasion d’un Concert
du Dimanche matin à la Halle aux Grains, il réunit l’Orchestre
National du Capitole et le saxophoniste Herb Geller, légende de la West
Coast, dans un programme entièrement arrangé par ses soins et
dédié à trois grands Songwriters (Berlin, Warren,
Van Heusen).
Il s’est produit l’an dernier avec le Cap’Five Jazz Quintet,
constitué de musiciens comme lui « transfuges » du milieu
classique.
Erige Cano – contrebasse

Fait ses études de contrebasse au conservatoire national de Montauban
avec Philippe Juncker (soliste au capitole), puis au conservatoire du 19 éme
arrdt de Paris et au CIM Paris.
Son goût pour le jazz, ne l’empêche pas d’aller s’aventurer
avec bonheur, vers d’autres musiques, de la musique classique, au flamenco,
en passant par la chanson française.
Participe à diverses formations, avec notamment le Pete Osborne Quartet
au festival de Luz, West Side Story concert à la halle aux grains Fleur
bleue au festival de Montauban, trio flamenco au Festival Pause Guitare, Dany
Armand à l’espace Bonnefoy, Edanéres au festival Jazz
sur son 31.
Jean-Lou Escalle-batterie

Fait ses études de percussion au Conservatoire National de Région
de Toulouse, puis se spécialise dans le jazz, le latin jazz et les musiques
traditionnelles des Caraïbes
Il enseigne actuellement la batterie à l’école municipale
de musique d’Auch. avec passion et anime des master class
Sa passion pour son instrument, et son souci de transmettre, le conduit à
écrire une méthode de polyrythmie et de coordination et à
animer des master class.
Participe à de nombreuses formations en tant que side-man sur le plan
régional et national avec notamment : Jean-Michel Pilc, François
Moutin, Christian Escoudé, Eric Barret, Manuel Rocheman, Sarah Lazarus…
Discographie :
Jean-Michel Pilc : « Beau temps »
Richard Calleja : « Happy blues », Lesotho
Christian Brun : Houseful
Matouba : Issa
Nino Ferrer : « la désabusion »
MP3 :
Fire waltz
Children's play song
Devil may care
Straight ahead
CONTACT : Naïma Chemoul
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