En
ouvrant L'ATELIER, le 20 mars 1964, nous écrivions sur notre premier
carton d'invitation : « L'Atelier ne trouvera sa vocation
véritable que dans, la mesure où il deviendra et où vous
en ferez un LIEU COMMUN. Lieu commun, c'est-à-dire : évidence.
C'est-à-dire également : foyer de rencontres, d'échanges,
de contacts, aussi de prospection.»
Presque
deux ans plus tard, nous nous interrogeons sur notre démarche.
Avons-nous
bien rempli notre propos. ? Ce n'est pas à nous
de dire si l'Atelier est devenu une évidence. Mais nous avons
le sentiment d'avoir été, dans la mesure de nos moyens,
un lieu d’échanges,
de rencontres et de contacts.
L'exposition « Pour
une nouvelle conception du Paysage », préparée
spécialement
pour notre Galerie et préfacée par les critiques Henry
Galy-Carles et Jean- Jacques Lévêque, a été la
première
en France à tenter de faire le point sur ces deux tendances si
représentatives
de l'art d'aujourd'hui : le paysagisme et le naturalisme imaginaire
abstraits.
Les échanges
avec les Galeries parisiennes qui permettront à la Province
de prendre contact avec les oeuvres d'artistes de notre temps s'intensifient
chaque jour. Chose importante, il ne s’agit pas d'exportation pure
et simple. Nous voudrions, à travers des expositions de groupe,
centrées sur un thème ou sur un esprit, montrer
au public toulousain un panorama le plus complet possible des acquisitions
et des recherches de l'art contemporain.

Les
peintres vivant à Toulouse devraient avoir, de leur côté,
leur mot à dire non pas dans la peinture régionale mais
dans la peinture tout court. Ils commencent déjà à sortir
du cercle étroit des manifestations provinciales : Pierre
IGON expose à Liège, KARLAT à Trieste, Jean-Emile
JAURES, dans une exposition de groupe aux U.S.A. Mais est-ce suffisant ?
Il y a encore mieux à faire sans doute. Et la confrontation entre
artistes toulousains et artistes parisiens ou étrangers ne
peut être qu'instructive et que profitable.
Quant à la
prospection, rappelons que c'est à l'Atelier qu’eut lieu
la première exposition d'Alexandre BONN1ER, préfacée
par André Pieyre de Mandiargues. Bonnier qui vient de participer à la
Biennale de Paris et dont la première exposition parisienne, Galerie
Pierre Domec, a été accueillie par la critique avec
attention. Un autre jour, nous avons vu arriver à l'Atelier, son
carton sous le bras. « un jeune homme en colère ».
Il s'appelle Claude VEDEL. Nous avons exposé ses oeuvres
avec enthousiasme. Il vient d'obtenir le Prix décerné aux
artistes français par les exposants étrangers à la
Biennale de Paris.
C'est
ainsi, parce que nous, essayons de vivre chaque jour la Peinture vivante ;
celle d'aujourd'hui et celle de demain, que nous sommes à la
recherche de formules vivantes et c'est de cette exigence que naît
notre Bulletin.
Entre
les pleins feux des vernissages, nos peintres passent des périodes
obscures qui sont pour eux les moments les plus fertiles. Notre bulletin
permettra de les suivre dans leur travail. Il nous permettra surtout de
prendre position. Toute exposition est un choix parfois un pari quand il
s'agit d'un jeune peintre. C'est toujours un parti résolument
pris, qui suppose un enthousiasme...et des refus .
Pourquoi
ne pas s'expliquer sur ce parti, qu'on ne saurait fonder ni sur la sensation épidermique
ni sur l'épaisse logomachie philosophique, mais sur une connaissance
et un amour de la Peinture profonds ?
Il
y a aussi des informations à fournir sur les tendances qui
se précisent en Peinture, ainsi sans doute que des renseignements
techniques sur le métier, sur les collections, sur les cotations,
etc...
La
Peinture ne gagne rien à demeurer un mystère. Il s'en faut.
L'Art
a besoin en permanence d'oxygène. Ceux qui le lui apportent,
ce sont d'une part des artistes en quête de formes neuves mais
d'autre part - et surtout - la venue, la passion d'un nouveau public.
Or, ce public nouveau, nous le constatons chaque jour, il a besoin d'information
sur les oeuvres qu'on lui donne à voir. Ce n'est pas le moindre
paradoxe
de la France que des artistes dont le nom est connu partout dans le monde,
qui ont participé à toutes les expositions internationales,
qui sont accrochés dans les meilleurs musées étrangers,
soient absolument inconnus à quelques centaines de kilomètres
de leur lieu d'origine. Sur leur lieu d'origine même, parfois !
Nous voudrions faire mentir le vieux dicton « Nul
n'est prophète
en son pays ».
Mais
cette information demande, à ce niveau, une information sur l'information
elle-même. C'est aussi une des raisons d'être de ce Bulletin.
Il n'y a pas de peintres sans références. Les préfaces,
les biographies, les catalogues
en sont bourrés.
Que
valent ces pièges-à-amateurs ?
Certes,
le collectionneur averti connaît l'échelle des valeurs.
Il sait faire la différence entre la participation aux grandes
manifestations mondiales : à la Biennale de Venise,
celle de Paris, Sao-Paulo, Documenta à Kassel, etc... ,et
le Salon-Fantôme de Saint-Cucupha.
Mais
l'amateur neuf ? Il faut l'informer sur l'importance des expositions
afin qu'il puisse mieux situer les peintres qui y participent.

Ce
mois-ci, nous donnons nos cimaises à QUINZE PEINTRES nés
entre 1920 et 1930. Ils ont été choisis par notre ami Jean
POLLAC, qui dirige là Galerie ARIEL, Bd Haussmann à Paris.
Cette exposition, dont nous n'avons même pas à souligner
l'importance,
nous est chère à plus d'un titre. Elle nous permettra d'abord
de sentir, dans toute sa force, l'importance et la qualité de
l'École
de Paris. Elle nous est chère aussi parce que Jean POLLAC a de
son métier la conception « engagé » et
vivante qui nous tient à coeur. L'image du « marchand
de tableaux, somnolant dans une arrière-boutique entre des toiles
poussiéreuses et une liste de prix lui est aussi étrangère
qu'à nous.
Elle
nous est chère aussi parce que, parmi les exposants se trouve,
en bonne place un toulousain d'origine : André Marfaing dont
nous espérons bien d'ailleurs présenter un ensemble plus
vaste au cours de la prochaine saison.


Il
y a enfin une raison sentimentale.
En
1961, nous faisions partie de ce petit groupe d'amateurs qui organisaient
le Salon ART PRÉSENT. Ceux qui suivaient nos efforts se souviennent
sans doute d'un ensemble d'oeuvres exposées sous le titre de « Propositions. » et
qui rassemblait des envois de ceux qui étaient encore « La
Jeune École de Paris ».
Parmi
eux, à côté de Fichet, Halpern, etc ... Marfaing,
Miahilovitch, Lindström.
Ce
sont presque des retrouvailles avec des artistes dont le talent et
l'audience se sont encore affirmés.

Christaian
Schmidt (à gauche) et Henry Lhong (à droite)
Henri
Lhong