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Bernard Lacombe
Une peinture nommée patience
Bobin écrit dans le Très-bas: "L'enfant
partit avec l'ange et le chien suivit derrière".
Ce chien est
peut-être dans la Bible, mais il est
aussi dans les toiles de Bernard Lacombe "et l'enfant et l'ange, le
rire et le silence, le jeu et la grâce. Chien François d'Assise".
Les toiles
de Bernard Lacombe sont emplies de repères terrestres,
d'éclats de Bosch,Courbet, Durer ou Giotto.
Envolées abstraites et humbles figurations où chiens, lièvres,
silhouettes et fenêtres se côtoient, Bernard Lacombe essaie de
créer un univers qu'il puisse habiter.
Dans cet univers
on croise le portrait énigmatique de Glenn Gould,
les piliers de Cuxa,les traces d'Assise et des rideaux de peinture où ocres,
bleus et rouges, couleurs du sang de colombe affluent.
A Roquecourbe,
près de Castres, dans le silence figé du Sidobre
avec ses coulées de pierre et de mousse, Bernard Lacombe avance en
peinture, allant indifféremment de l'abstrait au figuratif,
secret et souriant.
Evoquant des
choses le réel au travers de la fenêtre du tableau
pour n'en retenir que la couche de réalité, ou laissant parler
la peinture à nu - Ses toiles abstraites se dénomment d'ailleurs
tout simplement Peinture - Bernard Lacombe construit patiemment son édifice,ramassant
parfois les pierres de Cézanne ou d'autres.
Fuyant la perspective,
ses toiles cultivent l'aplat sur lequel on se cogne ou se réfléchit.Des strates, des couches géologiques
de réel ou d'irréel couvrent et recouvrent les signaux codés,
les chiffres magiques qui tentent d'apparaître.
Les toiles
de Lacombe ont étouffé le mouvement,
elles attendent leur heure, le flux et le reflux du regard de l'autre; sans âge,
figées.
La profondeur
vient de la poétique enfermée
dans le cadre et comme dans cette toile "7" ou silhouette,
de la projection des signes.
Bernard Lacombe
a encore bien des chemins devant lui, et autant de rencontres qui
laisseront des images et des reflets. Mais déjà l'éclat
du quotidien est présent dans ses toiles qui sont encore
des maisons ouvertes.
"Par la force des images nous sommes encore dans le temps mais aujourd'hui
avant que le semeur n'ait fait un pas, le moissonneur est déjà là" (Vladimir
HOLAN).
Loin de nos impatiences, Bernard Lacombe fait tourner lentement le moulin
de sa peinture, et cette peinture est patience.
A l’époque
qui est la nôtre, qui aurait dû être
celle de la fin du livre et par conséquent des sanctuaires qui en
sont tout à la fois les Paradis, les Purgatoires et les
Enfers, Bernard
Lacombe a entrepris un voyage imaginaire et teinté de nostalgie
dans ces hauts lieux chargés d’ombres, de mystères et
de toutes ces pensées essentielles ou caduques, absurdes ou transcendantes,
graves ou grossières. Il les recompose comme on reconstitue un rêve :
ces lieux se changent en des galeries un peu inquiétantes, souvent étranges,
avec cette solennité et ce caractère évanescent que
peuvent avoir de très vieux poèmes oubliés.
Ses pérégrinations solitaires au sein de ces bibliothèques
célèbres, je les regarde comme une représentation d’ut
pictura poesis. En d’autres termes, c’est sa relation intime à la
littérature qui est traduite et transposée dans ces architectures
qui prennent sous son pinceau l’apparence de temples qui ont un aspect
fantastique presque à l’égal des villes d’antiquaire
de Monsù Desiderio et ce surcroît d’âme dans le
conflit de la lumière et des ténèbres comme
chez Rembrandt.
Il nous invite à découvrir des perspectives prégnantes
et des vedute étouffantes dans des salles toujours désertes
et pourtant archicombles de ces voix qui se répondent et s’interpellent,
grondent et chuchotent, s’affrontent parfois avec violence comme dans
le burlesque récit de JonathanSwift.
Ce silence immense et écrasant , ces teintes éteintes, ces harmonies trop
sourdes révèlent, dans le jeu de leurs paradoxes, la vie intense,
la vie ardente qui y règne. Cet amour, cette passion, cette quête
si mélancolique, cette volonté de préserver ces images
d’une beauté qui s’estompe inexorablement, le peintre
nous les fait partager pour que nous comprenions que les bibliothèques
ne sont pas que des sanctuaires de la mémoire du monde. Ce sont aussi – et
plus que jamais- des espaces où le sacré et le profane ne font
plus qu’un, où le sublime et l’immanent s’échangent
et parfois se fondent.
Les jeux du
regard sont ceux du désir – du
désir de
posséder le monde par les mots et celui de posséder les mots
du désir de désirer.

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: 28 janvier 2007
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