Charles-Pierre Bru

et le néo-modernisme

 

 

Bru

 

L'œuvre du néo-moderniste de l'art reste à découvrir
Dans le petit monde de l'art, il était une personne unanimement respectée pour ses travaux esthétiques et philosophiques et pour son humanité essentielle.
Charles-Pierre Bru a quitté le monde des vivants en avril 1998 : il était né à Toulouse en 1913.
Après des études de droit et de philosophie, il publie en 1955" L'Esthétique de l'abstraction "(1) qu'il reformulera en 1970 avec une thèse principale d'esthétique expérimentale concrétisée en 1975 par l'ouvrage "Les Éléments picturaux" (2).
Durant dix années, jusqu'en 1968, il assurera à la Fac des lettres de Toulouse, un cours de philosophie des arts plastiques.

Il faut se souvenir de l'animateur qu'il fut dans la vie culturelle de notre région, organisant "Les Rencontres de Toulouse" en 1954 et fondant en 1956, le salon "Art Présent" (3).
Charles-Pierre Bru vivait dans l'Aude où il s'était lié d'amitié avec Joé Bousquet et René Nelli. C'est dans sa maison­-atelier de Fontiers Cabardès, au flanc de la Montagne Noire dans le grand silence de la nature qu'il matérialisait ses théories de l'esthétique. Il avait analysé dans les oeuvres du passé le fonctionnement de ce qui fait l'équilibre d'une œuvre, son harmonie, sa "picturalité", jusqu'à émettre des idées de renouvellement des possibilités et ce, « sans sortir de la peinture », donnant naissance à la théorie et à la pratique de "l'Atonalité", terme emprunté aux musiciens, ou « l'art d'équilibrer les couleurs de part et d'autre, non pas d'une seule d'entre elles mais de toutes ».
C'est autour de ces idées que se firent des rencontres avec des artistes ayant des préoccupations similaires comme Stanislas ou De Cambiaire qui débouchèrent sur son adhésion au groupe "Peinture-Itération" (4).

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Portant ses recherches au-delà de la couleur, Charles-Pierre Bru formule à partir de 1980, le projet d'une nouvelle peinture abstraite qui ne serait pas le prolongement de la peinture antérieure mais qui représenterait des modes d'organisation radicalement nouveaux. Ainsi naquirent ces incroyables volumes, oeuvres surprenantes, encore jamais vues dans ce que notre siècle a pu produire comme formes plastiques. Ces volumes semblent remettre en cause la ligne d'horizon de la sculpture moderne. À soixante-dix ans, Bru donne un soufflet si ce n'est une leçon à la jeune Sculpture Anglaise du début des Années quatre-vingt ! ...
Malheureusement ces travaux si importants pour lui, ne seront vus que dans quelques rares expositions collectives.
« Ces CHOSES PICTURALES qui sont pour moi comme la conclusion pratique de tout ce que j'ai pu penser sur la Peinture toute ma vie ».

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Pour en arriver là, Charles-Pierre Bru a pris pour assistant un ordinateur qui multipliera les possibilités et les calculs donnant des figures inattendues.
Depuis Mondrian, on n'était jamais allé aussi loin, d'autant plus qu'il défie ces nouvelles technologies pour lesquelles nous avons une foi et une admiration trop grande, jusqu'à faire fi de l'aléatoire en de savants pièges qui font que la machine s'épuise dans ses réflexes conditionnés et que l'homme en sort vainqueur...
Ici le calcul et la géométrie tombent leurs masques rébarbatifs et austères pour entrer dans le jeu de l'espiègle Maître de Cérémonies.

Bru avait "L'œil mappemondial", comme disait Joseph Delteil, dans son "Jésus Il'' et pratiquait à l'occasion, à l'instar de l'écrivain, des tours de "Cuisine Paléolithique", vous produisant un succulent cassoulet sans âge.
Charles - Pierre Bru, un sage, mélange de maître bouddhiste et de parfait cathare, anti-centraliste et occitaniste convaincu, fruit de l'expérience vécue dans des paysages, des coutumes, un climat, une langue.
Il avait l'aristocratie du talent et des sentiments, ne se mettant jamais en avant et ressemblait à son œuvre qui ne cherchait pas à séduire mais seulement à nous mettre sur une voie mentale et sensible.
Il est dommage, que de son vivant, Bru n'ait pas eu une présentation importante de son œuvre, c'est un beau projet pour un musée qui serait en quête d'authentique et de nouveau et qui voudrait se démarquer du marché de l'art international et de son défilé de produits à consommer avant qu'ils ne soient trop vite périmés ...

Quand dévoilera-t-on au public "Le monde de Bru" ?
« S'il fallait dans l'équivoque où nous sommes, pour être compris, me trouver une étiquette, c'est celle de NEO-­MODERNISTE que je choisirais, m'opposant par là, clairement à l'idéologie post-moderne, laquelle n'est, je pense, que la ''justification'' d'un état de fait (la stagnation de la création) explicable comme tel par les circonstances sociopolitiques nationales et internationales et qui donc, quoi qu'on en dise, ne nous engage en aucune façon ».

 

Michel Batlle, avril 1998

(texte écrit pour la galerie Arcircuit, 39 rue Peyrolières Toulouse. Exposition du 17 avril au 17 mai 2003)



Notes


l- Esthétique de l'abstraction Édition Privat
2- Les Éléments picturaux Édition Vander à Louvain - Belgique
3-Il était aussi président d'honneur du GARAE (Groupe Audois de Recherche et d'Animation Ethnographique) et du "Centre Joé Bousquet et son temps" de Carcassonne.
4- "Peinture-Itération" était composé de Ch.De Cambiaire, Gui Boyer, Stanislas, Métivet et Bru.



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Date de mise à jour : 31/01/2007