Charles-Pierre Bru

Fenêtre, 1992
L'œuvre du néo-moderniste de l'art reste à découvrir
Dans le petit monde de l'art, il était une personne unanimement respectée
pour ses travaux esthétiques et philosophiques et pour son humanité essentielle.
Charles-Pierre Bru a quitté le monde des vivants en avril 1998 :
il était né à Toulouse en 1913.
Après des études de droit et de philosophie, il publie en 1955" L'Esthétique
de l'abstraction "(1) qu'il reformulera en 1970 avec une thèse
principale d'esthétique expérimentale concrétisée
en 1975 par l'ouvrage "Les Éléments picturaux" (2).
Durant dix années, jusqu'en 1968, il assurera à la
Fac des lettres de Toulouse, un cours de philosophie des arts plastiques.
Il faut se souvenir de l'animateur qu'il fut dans la vie culturelle
de notre région, organisant "Les Rencontres de Toulouse" en 1954
et fondant en 1956, le salon "Art Présent" (3).
Charles-Pierre Bru vivait dans l'Aude où il s'était lié d'amitié avec
Joé Bousquet et René Nelli. C'est dans sa maison-atelier
de Fontiers Cabardès, au flanc de la Montagne Noire dans le grand
silence de la nature qu'il matérialisait ses théories de l'esthétique.
Il avait analysé dans les oeuvres du passé le fonctionnement
de ce qui fait l'équilibre d'une œuvre, son harmonie, sa "picturalité",
jusqu'à émettre des idées de renouvellement des possibilités
et ce, « sans sortir de la peinture », donnant naissance à la
théorie et à la pratique de "l'Atonalité",
terme emprunté aux musiciens, ou « l'art d'équilibrer
les couleurs de part et d'autre, non pas d'une seule d'entre elles mais de
toutes ».
C'est autour de ces idées que se firent des rencontres avec des artistes
ayant des préoccupations similaires comme Stanislas ou De Cambiaire
qui débouchèrent sur son adhésion au groupe "Peinture-Itération" (4).

sans titre, 1959
Portant ses recherches au-delà de la couleur, Charles-Pierre Bru formule à partir
de 1980, le projet d'une nouvelle peinture abstraite qui ne serait pas le
prolongement de la peinture antérieure mais qui représenterait
des modes d'organisation radicalement nouveaux. Ainsi naquirent ces incroyables
volumes, oeuvres surprenantes, encore jamais vues dans ce que notre siècle
a pu produire comme formes plastiques. Ces volumes semblent remettre en cause
la ligne d'horizon de la sculpture moderne. À soixante-dix ans, Bru
donne un soufflet si ce n'est une leçon à la jeune Sculpture
Anglaise du début des Années quatre-vingt ! ...
Malheureusement ces travaux si importants pour lui, ne seront vus que
dans quelques rares expositions collectives.
« Ces CHOSES PICTURALES qui sont pour moi comme la conclusion pratique
de tout ce que j'ai pu penser sur la Peinture toute ma vie ».

Sans titre,1987
Pour en arriver là, Charles-Pierre Bru a pris pour assistant un ordinateur
qui multipliera les possibilités et les calculs donnant des
figures inattendues.
Depuis Mondrian, on n'était jamais allé aussi loin, d'autant
plus qu'il défie ces nouvelles technologies pour lesquelles nous avons
une foi et une admiration trop grande, jusqu'à faire fi de l'aléatoire
en de savants pièges qui font que la machine s'épuise dans
ses réflexes conditionnés et que l'homme en sort vainqueur...
Ici le calcul et la géométrie tombent leurs masques rébarbatifs
et austères pour entrer dans le jeu de l'espiègle Maître
de Cérémonies.
Bru avait "L'œil mappemondial", comme disait Joseph Delteil,
dans son "Jésus Il'' et pratiquait à l'occasion, à l'instar
de l'écrivain, des tours de "Cuisine Paléolithique",
vous produisant un succulent cassoulet sans âge.
Charles - Pierre Bru, un sage, mélange de maître bouddhiste
et de parfait cathare, anti-centraliste et occitaniste convaincu, fruit de
l'expérience vécue dans des paysages, des coutumes, un
climat, une langue.
Il avait l'aristocratie du talent et des sentiments, ne se mettant
jamais en avant et ressemblait à son œuvre qui ne cherchait pas à séduire
mais seulement à nous mettre sur une voie mentale et sensible.
Il est dommage, que de son vivant, Bru n'ait pas eu une présentation
importante de son œuvre, c'est un beau projet pour un musée
qui serait en quête d'authentique et de nouveau et qui voudrait se
démarquer du marché de l'art international et de son défilé de
produits à consommer avant qu'ils ne soient trop vite périmés
...
Quand dévoilera-t-on au public "Le monde de Bru" ?
« S'il fallait dans l'équivoque où nous sommes, pour être
compris, me trouver une étiquette, c'est celle de NEO-MODERNISTE
que je choisirais, m'opposant par là, clairement à l'idéologie
post-moderne, laquelle n'est, je pense, que la ''justification'' d'un état
de fait (la stagnation de la création) explicable comme tel par les
circonstances sociopolitiques nationales et internationales et qui donc, quoi
qu'on en dise, ne nous engage en aucune façon ».

Série 3*3, 1993
l-Esthétique de l'abstraction Édition
Privat
2- Les Éléments picturaux Édition Vander à Louvain
- Belgique
3- Il était aussi président d'honneur du GARAE (Groupe Audois de
Recherche et d'Animation Ethnographique) et du "Centre Joé Bousquet
et son temps" de Carcassonne.
4- "Peinture-Itération" était composé de Ch.De
Cambiaire, Gui Boyer, Stanislas, Métivet et Bru.
Michel Batlle avril 1998
Texte écrit pour la galerie ARTCIRCUIT 39, rue Peyrolières
Toulouse exposition du 17 avril- 17 mai 2003
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