François Canard

Les sentinelles du temps

 

La pierre est un dos fait pour porter le temps.

(Lorca)

 

canard


Ils sont là et nous regardent dans leur décor de pierre et de temps figé, aux aguets et qui ne s’écoule plus pour mieux nous entrevoir dans notre finitude.

Ils sont là assemblés par la main et par l’œil, cailloux guetteurs, cailloux sentinelles, cailloux amoureux.

Face au fleuve qui passe à jamais en les effleurant, ils sont là. Parfois avec des masques de l’intérieur de nous-mêmes, parfois étrangers à notre destinée. Enclos d’éternité.

 

Ils étaient là avant nous, ils seront là après, mais ils n’auront existé que parce que nous les avons regardés. François Canard les a regardés, polis, recréés, mis en images. Mis en mémoire.

Installations d’artisanat poétique, de pratique d’exécution de la vie immédiate, de regard des sens. Il les réinvente grain à grain, poussière après poussière.
La lame de rasoir entre oubli et silence s’ébrèche devant la densité incontournable du réel emprisonné dans les cailloux.

Des froissements de pierre passent en regardant ses images. Elles glissent lisses, froissements d’ailes du temps. Il y eut fracas de l’eau, de la terre en eux. Maintenant, ces cailloux sereins semblent sourire devant l’objectif.

 

Tout a glissé.

Demeurent ces images. Charnelles avant tout.

 

Cailloux en quête du ciel et se faisant la courte échelle, en équilibre sur le néant, contrefaisant les formes animales ou humaines, se mettant en cercle pour un sacrifice obscur, se mettant en boule serrés les uns les autres comme tribus archaïques, ou s’offrant unique comme corps de femme à l’aube ou phalliques contre l’ouverture du ciel, amoureux comme la rosée. Géométrie de tous les possibles, ils sont là, seuls ou mêlés l’un à l’autre, ou pendus aux branches.
Souvent leurs veines sont apparentes et leur sang palpite tout près.   

     

Alluvions de nos brisures, amarres et signes lointains, ces cailloux deviennent des corps, des chairs.

Nous n’attendrons plus les marées, ces cailloux dressent barrage contre l’oubli.

Ces mains non ouvertes nous caressent sûrement, profondément.

 

En s’approchant vraiment de ces photos de François Canard, l’haleine des pierres, le bourdonnement sourd des cailloux, montent vers nous.

 

Nous sommes gravés dans ces images, nous pouvons commencer à apparaître. Notre adresse est dans ces cailloux.

Merci aux sentinelles du temps.

 

Gil Pressnitzer

 

 

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Date de mise à jour :30/12/2010