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Michel Chapuis
le tragique et l'humain

Né dans un château dans le Pas-de-Calais en 1925, il vit maintenant
en silence à Fitou. Le vent de Corbières lui parle du temps
passé.
Il fut tour à tour poète brûlant proche des surréalistes,
imprimeur à Versailles, photographe de publicité à Paris,
co-producteur de séries télévisées du temps où
la télévision avait un sens, et surtout pendant plus de quinze
ans producteur à France-Culture où pendant 600 émissions
il
donna la parole aux artistes.
Puis
cet homme de "passion et de fureur" décide de se consacrer
totalement et humblement à la peinture, pour exposer pour la première
fois à 44 ans.
Cet ami de Picasso, Bram Van Velde, cet adorateur de Paul Klee,
ce compagnon de route du mouvement "Cobra" (Lindstrom, Jorn) élabore
après un passage par la peinture abstraite, une oeuvre de "rage
et de générosité", immédiatement accessible
car sortie du rêve.
"La peinture apprend à toucher
l'intouchable
Mes derniers rendez-vous auront été
avec les paysages
Les lèvres de la terre, toujours ouvertes avant de se
refermer sur les
muettes tombes
Mes enfants sauront que je suis passé
par là".
(Michel Chapuis)
L'exposition présente depuis les sources de l'oeuvre jusqu'aux tableaux
récents, permettant de jauger une vie en peinture depuis 1962, trente
six ans de travail, de sentiments et de sensations.
"Un bon tableau est peint pour comprendre et admirer la vie qui est notre
seule chance d'aimer". (Michel Chapuis).
Son oeuvre, présente maintenant dans les musées et chez les collectionneurs,
sera approchée à travers un choix de ses peintures, et grâce
à
l'aide de certains collectionneurs.
Puisse-t-elle selon le voeu de Michel Chapuis "écrire une histoire
de l'art sans en avoir l'air, tout comme l'histoire d'une vie sans y toucher".
"Les peintures de rage où la générosité se
glisse dans la désespérance. Mes tableaux sont noirs et sont faits
pour se voir dans le noir, où ils ont leur lumière". Michel
Chapuis
Retiré du monde dans un âpre village des Corbières, Michel
Chapuis, ne quitte jamais - ou presque - la fraîcheur de sa maison carrelée
envahie de tableaux.
Des étagères bondées de livres d'art et de plaquettes d'exposition
du monde entier font alliance avec les murs épais pour le garantir contre
la tramontane et le soleil dévorant qui à longueur d'année
déferlent dans les rues étroites.
L'agitation,
le vent et la bêtise s'arrêtent sur son seuil. Seuls
rentrent la lumière et les génies du lieu qui s'invitent en amis
à ses dîners d'ectoplasmes.
C'est entre ces murs et avec cette compagnie très «sélect»
que le chaman inspiré laisse rebondir son imagination.
Il y met à nu l'esprit des arbres, des choses et parfois des gens. Bien
au-delà des formes, il cherche le double sous l'écorce.
Plongeant
la main sous la surface mince des apparences, il délivre un
monde inattendu qui affleure et livre aux traits épais du pinceau ou
du marqueur noir sur papier journal, ses volcans rose incandescent, ses hippogriffes
timides et ses arbres intelligents, qu'il habille des couleurs qu'ils méritent,
ou rassemble en troupes hétéroclites et séduisantes.
«Le poète est la partie de l'homme réfractaire aux projets
calculés» (René Char).
Les tableaux-poèmes de Michel Chapuis opposent la permanence des arbres
et des maisons simples au déferlement de l'information planétaire.
Ils sont un antidote puissant et salutaire à la course
sans fin de notre industrie, aux jugements trop sommaires,
et aux gavages de nos antennes paraboliques.
C'est l'instant d'en faire provision.
Gérard
Blanc

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