Nathalie Cousin

homo sapiens

 

 

« Depuis deux ans, je photographie le corps dénudé dans un environnement exempt de trace de civilisation. Je cherche à retrouver l’essence de la relation de l’homme du XXIe siècle avec son biotope originel. Mes personnages, mis à nu, plongés dans la « sauvagitude », renouent avec une gestuelle tribale. Je choisis des lieux chargés d’énergie, et je choisis les modèles en fonction de leur aisance à habiter ce lieu. Ils tissent une relation charnelle, sensuelle voire prédatrice avec les éléments : l’air, le feu, le minéral, le végétal, l’eau. Mes images tentent de capter l’histoire qu’ils vivent. Je cherche à impressionner la pellicule avec ce que renvoient ces homo sapiens, traversés par des forces telluriques ».

Nathalie COUSIN - HOMO SAPIENS 2007

 

Laisser venir les horizons après la catastrophe. Retrouver le sens de la tribu, les racines des éléments, dormir dans les courants, jouir avec les arbres, sauter les dunes, accéder aux étoiles. Revenir à la joie. Jouer avec le feu sans se brûler. Retrouver une énergie vitale, celle qui vous entraîne à courir et sauter. Sans rire. Avec application. Corps fragiles, lisses, solidaires, en tribu, itinérants, en résonance avec le paysage. Parfois le mystère : butin-femme sur l’épaule,  gnome dans une cage en branchages, nus en hiver, œuf de granit.
Nathalie Cousin est née dans une grande famille : très tôt, elle sait que la catastrophe est possible, peut-être probable. « Que faire, que devenir le jour où l’on aura tout perdu ? ». Danser, broder, chanter, cultiver des légumes. Et, sans douter un instant, créer ce monde improbable. Pour défier aussi la mort, au moins se préparer au dénuement.
Dans ces photos, encore auréolées de feu, d’eau, d’air, de terre, se situe l'histoire quotidienne d’une tribu d’avant le déluge. Fiers de leur corps qui chorégraphient l’espace, ils déroulent cet infini rituel qui leur a permis de survivre au-delà de nos mémoires. Innocents, ils flottent hors du désir, ils se lovent dans les pierres, et ils sont pierres qui songent eux-mêmes. Dans ces paysages sortis des traces de l’humanité ils courent, s'envolent, se marient au feu, se diluent dans l’eau, deviennent glaise pour illuminer la terre. Ils sont heureux et libres. Dans un paradis perdu ils tracent des rubans d’éternité avec leur simple nudité.
Cette tribu, femmes, enfants, hommes, sait où elle va. Ils n’ont pas besoin de voler le feu, ils l’ont en eux. Ils n’ont pas besoin de chasser, la manne tombe de leurs cabrioles. Libres, infiniment libres ils s’ébrouent et une joie envahit celui qui regarde ces « documents » d’un autre temps, en noir et blanc. Passés en douce d’un monde où « tout n’est que « désordre et beauté ». Intemporels ils flottent dans une énergie puisée dans la globalité de la nature.
La pesanteur des choses est vaincue, et l’ombre qui les suit prend garde de ne point les dépasser. Un sable doux leur sert de tremplin vers les nuages. Ils dansent, ils nagent, ils captent les braises de la nuit, et la brûlure des jours. Suspendus dans leur extase heureuse ils ne redescendront plus parmi les tessons du réel. Ils sont dans le ballet primitif et éternel de la vie. La fusion tellurique leur fait les yeux brillants. Leur animalité organique lance une danse, une danse transcendance. Des transes en danse rivées aux étoiles. Les éléments se nouent autour d’eux, s’entrechoquent. De ce silex des éléments, de cette célébration de la pureté du monde réduit à l’essentiel, jaillissent des étincelles. Ce sont ces photos de Nathalie Cousin. Elle emmène ses modèles dans la nature, propose une osmose avec elle. Sans vêtement et sans objets, elle les invite à tisser des liens avec un environnement apaisé. Parfois elle se met en scène elle-même. Seule et nue, elle courrait dans la montagne, elle fuyait je ne sais quoi ou poursuivait quelque papillon imaginé ou dansait du mouvement de joie que donne la montagne solitaire de janvier. Et le randonneur qui passait par là a reconnu cette grâce…

 

haut de la page

 

Date de mise à jour : 16/03/2011