Plans irréels, 1968
José Kablat est né en 1908 à Trieste, en Italie. Il
s'installe en 1936 en Espagne, puis en 1939 en France et depuis la guerre,
il s'est implanté à Toulouse.
Entièrement autodidacte, c'est à l'âge de cinquante
ans qu'il se met réellement à peintre.
Influencé par ses lectures de l'astrophysicien Camille Flammarion,
ses oeuvres ont quelque chose de cosmique. Il est
lauréat de plusieurs prix nationaux et internationaux, dont le
Grand Prix de New-York en 1966.
Il inaugure la Galerie L'Atelier en mars
1964 où il expose un
an plus tard. imone Boudet expose ensuite ses toiles en 1970, 1972 et 1974,
et le Centre Léonard-de-Vinci propose également Kablat sur
ses cimaises en 1970 et 1972.
Les toiles les plus anciennes sont construites d'enchevêtrements
fantastiques dans de espaces vertigineux, avec une palette noire et blanche
rehaussée
de lueurs brunes.
Ensuite sur fond lisse, de couleurs parfois violentes, se détache
des amas de formes noueuses et
musclées. Les peintures les plus récentes de Kablat semblent
faire la synthèse de ces deux tendances: il donne des toiles imposantes
d'une grande intensité lyrique.
Il offre un peinture gestuelle, d'une grande force et d'une grande précision.
L'univers de Kablat semble en trois dimensions, les formes
suspendues dans l'espace. Le fond est tantôt traité comme
un vide, noir et lisse, et tantôt est animé par de larges
touches.
Chaque forme paraît délimitée et les volumes sont rendus
avec justesse.

Convergence,1960
Lors de l'inauguration de la Galerie L'Atelier, Michel Roquebert décrit
les oeuvres de Kablat:
«(Il nous livre) un monde à la fois fantastique et organisé,
délirant et construit, série de variations sur des structures «métalliques» d'apparence,
qui semblent de monstrueux objets photographiés mais dont les
masses, les volumes, les lignes, obéissent à des rythmes
complexes, aux mouvements d'une écriture
extrêmement sûre d'elle, bref à une logique d'ordre
purement plastique.»
Lorsque la couleur entre dans ses peintures, c'est davantage pour éclairer
les formes, de façon électrique, que pour les colorer José Kablat
est un peintre visionnaire dont les toiles étranges et mystérieuses
envoûtent
le public avec ces formes nerveuses, des spirales ou d'explosions, qui
jaillissent et donnent une dimension apocalyptique.
L'espace le monde inconnu nocturne et flamboyant, la vie souterraine et
cachée,
sont nullement représentés mais puissamment évoqués
comme l'explique Robert Aribaut :
«Sur un fond nocturne, moins opaque que mystérieux, s'enlèvent
des formes nerveuses, jaillissantes, évocatrices de cataclysmes
marins et cosmiques. Cela évoque tour à tour [...} des explosions
minérales pétrifiées,
des voilures déchirées par la tempête, ou de fulgurants
météores stoppés dans
leur périple. [...] Un espace à la fois réel
et onirique, qu'éclaire le fascinant et sourd éclat
de belles harmonies, intenses et profondes à la fois, mordorées
et bleu nuit.»

Pulsions, 1980
D'ailleurs on parle souvent de lui comme d'un peintre visionnaire dont
les peintures préfigureraient les prises de vue Spot Image. Il est
troublant de comparer ses toiles avec une image, par exemple, prise par
la sonde Magellan A la vue de sa toile Pulsion on pense à une
vue de l'espace, d'un cratère.
Aline Llareus-Dinier entre un jour dans le laboratoire de Spot Image qui
sort les dernières
photos et elle s'écrit:
«Mon dieu, on dirait un Kablat!».
De là, elle
organise un diaporama à l'Ecole Nationale des Ingénieurs
Civils et Militaires pour lequel elle alterne de façon irrégulière
les diapositives de Spot Image avec des toiles de Kablat.
La confusion
s'établit: «A
force, les ingénieurs se sont embrouillés. Tout le monde était
perdu ! »
Peintre visionnaire, explorateur du monde de la nuit des
temps, pour Michel Roquebert José Kablat « semblait apporter
soudain, dans la peinture toulousaine, un frisson nouveau . José Kablat
construisait sous nos yeux un monde nouveau, fascinant, que l'on ne pouvait
oublier dès lors qu'on l'avait vu. »
Garance Thouzellier