Minor White

De la chambre noire à la lanterne magique

 

 

Je photographie les choses non comme elles sont, mais tel que je suis. Minor White.

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Et Minor White, photographe américain devait donc être une âme sensible, passée au révélateur des émotions.
Car Il a su transmettre les infinies vibrations, l’aura entre silence et rosée des êtres et des choses.
Sensible aux frémissements du vent, à ceux des vastes paysages, mais aussi à ceux des peaux des jeunes hommes nus qui le faisaient également frissonner, il saura restituer la beauté sacrée de ces petits bouts d’éternité.
Lui, comme son ami et égal Ansel Adams, photographiait au seuil de l’éternité. Il a jeté un pont d’empathie, de lien métaphysique entre le photographe et son modèle.
Cette nouvelle approche a changé la nature de la photographie dans les années d’après guerre, et son influence fut majeure et indélébile.
Professeur passionné, éditeur avisé, passeur et bien sûr photographe des instants et de la fausse immobilité du monde, il semble restituer une sagesse philosophique immémoriale envers la nature et les humains.
Sa haute stature, son magnétisme imposant, son enseignement imbibé de pensée zen, faisait de lui une sorte de légende, en tout cas un gourou.
C’était à la fin des années soixante. Depuis la connaissance en France de son œuvre demeure souterraine, chuchotée.
Une exposition organisée par Jean Dieuzaide en 1976, au Château d’eau à Toulouse, fut, pour certains, une révélation dont ils portent encore la brûlure.

Minor White nous montrait qu’entre le photographe et son sujet il n’y avait aucune séparation. Cette fusion dans son infini respect de ce qui a de l’autre côté de l’objectif donnait à voir une image éthique, morale, du monde, et des palpitations de la vaste nature.
Aussi pour saluer ce magicien aux cheveux plus blancs que neige, toujours en chemin, il ne faudrait ni silence, ni mots, mais quelques cailloux blancs, et quelques-unes de ses « photographies de la conscience ».

Humblement les voici juste suggérées.


Rites et passages, titre de l’un de ses livres, pourrait résumer son œuvre.

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copywritten by The Minor White Archive, Princeton University

 


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Une vie sans retouches

 

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copywritten by The Minor White Archive, Princeton University

 


Minor White jamais ne retouchait ses photographies ni au développement ni au tirage. Il ne retouchera pas plus sa vie, elle aussi « straight », directe et pure.
Il est né le 9 juillet 1908 à Minneapolis. Son père était comptable et sa mère couturière. Il s’intéresse à l’art photographique dès l’âge de dix ans. Il fait ses études secondaires dans sa ville jusqu’en 1927, puis entre à l’université de Minnesota où Il étudie la botanique, et aussi la littérature anglaise. Il est fasciné par l’œuvre graphique et poétique de William Blake, artiste mystique lui aussi, mais tenaillé par l’enfer et le mal.
Minor White est imprégné des sagesses orientales, des lectures mystiques, et de la volonté de fusion spirituelle avec la nature. Le bouddhisme zen, mais aussi les écrits mystiques chrétiens. Il se convertira d’ailleurs au catholicisme plus tard en 1943. Il est diplômé en 1934. Il part alors pour Portland.
Il commence vraiment à se vouloir photographe juste avant la deuxième guerre mondiale et va entreprendre son cheminement photographique et spirituel au travers de l’objectif de ses appareils photos.
Dès 1941 il expose à l'exposition Image de la liberté au Muséum du Modern Art de New York., et réalise sa première grande exposition au Musée d’Art de Portland en 1942. Il servira dans l’armée de terre (US Army Intelligence Corps) de 1942 à 1945, participant à la bataille des Philippines.
Sa recherche spirituelle l’amène au bouddhisme mais aussi vers Gurdjieff.
Il s’installe à New-York en 1945 et étudie l’histoire de l’art et l’esthétique à l’université de Columbia de 1945 à 1946. Il rencontre et travaille avec Edward Weston et Alfred Stieglitz et travaille souvent avec son ami Ansel Adams dont l’esthétique est proche de la sienne. En 1946 il devient l’assistant d’Ansel Adams et le suit en Californie à San Francisco, à l’école des Beaux-Arts. Il y reste jusqu’en 1953. Puis il exerce au Rochester Institute de Technology de 1953 à 1964 et au Massachusetts Institute of Technologie (MIT), de 1965 à sa mort en 1976. En été il organise des séminaires de photo.

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copywritten by The Minor White Archive, Princeton University

 

Sa première grande exposition personnelle dans laquelle il met en œuvre ses principes se situe en 1948 au musée d’art de San Francisco.

Il sera un professeur célèbre et recherché. Ceci malgré ses étranges méthodes pédagogiques tenant plus de l’endoctrinement mystique et du yoga, que de la technique photographique. Lectures de textes de philosophie Zen, mouvements de méditation, promenades dans la nature, étaient la base de son enseignement.

Il fonde en 1952 la revue Aperture (L’ouverture en continu) qui deviendra une référence pour le monde de la photo.

Il publie des essais comme « La conscience en photographie et la créativité ».
Sa série sur les soldats pas très patriotiques car montrant surtout des amputations, tout comme ses nus érotiques masculins où il témoigne de son homosexualité, vont provoquer quelques scandales.Pourtant il aura longtemps caché ses photos de nus. 
Aussi il sera parfois accusé d’obscurantisme mystique et de gourou fumeux ou de ne vouloir former que des clones.
Sa belle revue Aperture sera éditée pendant de longues années, mas sa maladie l’interrompt en 1974 . Jusqu’à sa mort d’une crise cardiaque à Boston le 24 juin 1976, il continue à faire des photographies.


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Rites et passages


En devenant photographe j’ai seulement changé de médium. Le cœur fondamental et essentiel des vers ou de la photographie est la poésie.

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copywritten by The Minor White Archive, Princeton University

 

Longtemps il accompagnera ses expositions de poèmes pour en prolonger le sens.
Lui qui entraînait ses étudiants sur le terrain en leur montrant non pas un thème, mais des exercices de mouvements de concentration spirituelle, avait une conception ésotérique de l’acte photographique :
« Votre essence propre, en vous depuis la naissance, est votre qualité intérieure. Cela est ce que vous savez de vous-même ». Muni de ce viatique il voulait photographier son essence, et au travers d’elle l’essence des choses, de la nature, des hommes. L’éphémère de la lumière, le mouvement furtif des ombres ou des vagues, le gel précaire sur les objets, tout cela participait pour lui à un vaste ordre éternel du monde, dont on ne pouvait retrouver l’origine qu’au travers de sa propre origine, de son premier visage.
Il savait errer dans les paysages ou les êtres sans but déterminé, sans rien attendre qu’une sorte de grâce face à un arbre, une ombre, un être vivant. Attendre, attendre, qu’une sorte d’union se réalise, même si la photographie n’est pas prise, car seul aura compté cet instant de plongée dans l’esprit des choses.
« Quand vous vous approchez de quelque chose pour le photographier, soyez d’abord profondément calme avec vous-même, jusqu’à ce que l’objet affirme votre propre présence. Alors restez là jusqu’à ce que vous ayez réussi à capturer sa présence. ». Minor White semble mâcher et remâcher le réel pour en extraire le sens profond. L’objectif devient un piège tendre pour les présences encloses, pour les fragments de nuit, pour le balancement des arbres.
Cette captation de l’aura, de la présence invisible au-delà du réel des choses, rejoint l’art de Paul Klee qui voulait rendre visible l’invisible.


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« J’ai juste besoin d’un peu de technique pour savoir utiliser mon appareil sans être maladroit quand je suis transfiguré par la lumière… Mon acte de photographier est au service d’une force extérieure, aussi quand je photographie, un pouvoir extérieur (ou intérieur) me laisse son empreinte digitale. »
La photographie devenait pour Minor White une expérience de la vie, une prière muette et païenne, une méditation intérieure. Il y a du chaman en Minor White.
Influencé par Ansel Adams et sa théorie dite « Zone system », voulant une vision aiguë des choses et non pas un flou savant et désordonné, il est aussi marqué par l’abstraction lyrique,
Quand on regarde une image de Minor White, c’est ce qui se trouve derrière la réalité qui importe. Elle devient symbole, métaphore d’un monde plus profond. L’image devient une porte étroite vers un univers caché de sensations, qui se trouve derrière l’objet photographié.

copywritten by The Minor White Archive, Princeton University


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copywritten by The Minor White Archive, Princeton University

 

 

Du spirituel dans l’art aurait pu être à lui aussi son credo comme à Kandinsky.
Qu’il étreigne les reflets de rideaux sur la pudeur du monde, l’étreinte du ciel sur nous, les rivières gelées dans nos bouches, les palpitations des ombres dans nos corps, Minor White guette la présence profonde enclose en toute chose.
Il a un regard poétique sur la nature qui est l’art suprême pour lui. Une branche penchée, une feuille prise dans le givre ou une flaque d’eau gelée, une prairie où ose se lever la lumière sont ses modèles. Il peut alors rester des heures devant, attendant d’être irradié par leur présence.
La nature avec ses formes abstraites, la texture même de ses formes l’inspire. Il ne s’agit pas de reconnaître un objet, mais une émotion, une sensation, un instant.
Ses photographies sont avant tout une narration poétique, où le silence compte plus que les mots. Le mystère de la photo s’expliquait ainsi pour lui : Ce que je suis en train de voir, n’est pas ce que j’ai vu.
Cette recherche de l’insondable, du fugitif apparent, de l’essence réelle des choses sera sa quête. On a pu qualifier son œuvre de « rêves avec une mémoire ».
Chaque seconde de déclenchement photographique devait contenir en elle toute une vie. « Œil, réflexion, esprit » était son credo. Il se voulait devenir son propre appareil pour laisser l’objet photographié générer sa propre image. Pour cela il fallait une grande innocence de l’œil, celle d’un enfant, celle d’un adulte qui a su redevenir enfant, un regard de poète aussi.
Tout cela Minor White le portait en lui. Il en a fait de l’inaltérable.
Il n’y a plus d’absence dans ses photographies, elles vibrent encore et toujours.

L’appareil photo et l’œil sont tous deux une machine du temps dans laquelle avec l’esprit et la destinée humaine ils peuvent engendrer la même violence sur le temps et sur l’espace que les rêves. (Minor White).

 

Gil Pressnitzer

 

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copywritten by The Minor White Archive, Princeton University

 

 

 

 

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Bibliographie

 

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En anglais

 

Rites and Passages : His Photographs Accompanied by Excerpts from His Diaries and Letters,Aperture, 2005.

The Moment of Seeing: Minor White at the California School of Fine Arts, Chronicle Books, 2006.

Eye Mind Spirit: The Enduring Legacy of Minor White. Howard Greenberg Gallery, 2009.

 

 

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Date de mise à jour :21/12/10