Marcel Pistre net à Bordeaux en 1927 et fait ses études à l'École
des Beaux-Arts de Toulouse, ville dans laquelle il a des attaches particulières,
notamment familiales.
Il expose à Paris de 1959 à 1964, et c'est la Galerie At
Home qui se charge de diffuser sa création de
1962 à 1971, puis la Galerie Protée en 1974. Il participe également
aux Salons Art Présent. Lauréat de la Biennale de Menton
et du prix Malpel, il remporte le prix "Signatures" de 1963.
D'abord figuratif, il se tourne vers l'abstraction géométrique
dès 1954, convaincu que l'art figuratif a fait son temps.
Ses premières toiles abstraites représentent des formes complexes,
aussi bien limitées que floues Ces formes s'articulent entre-elles
et structurent l'espace rempli, intemporel. Il souhaite à travers
ces oeuvres figer le temps, l'instant, et ainsi pouvoir le revivre :
par l'arrêt de plusieurs mouvements, il apporte une
impression d'équilibre total,
dynamique, presque aérien. Il utilise une gamme chromatique restreinte,
pleine d'harmonies, parfois teintée de rouge et de vert.
Lors de sa première
exposition en novembre 1962, le critique Michel Roquebert écrit :
« Sur de grandes plages blanches, des surfaces à peine
colorées, grises, beiges ou brunes, semblent avoir glissé les
unes sur les autres et, grâce à leur
translucidité, créent, par une sorte de phénomène
d'interférence,
des zones d'ombres aux teintes subtiles et aux limites imprécises ;
tout cela traité dans
une très grande délicatesse de matière, avec des
effets alternés de brillance, de matité,
ou de granuleux. [...} Chaque toile de Pistre, à travers sa
rigueur, ses vides, ses formes impondérables,
ses coloris ténus, semble tisser dans une lumière d'aube
les fils de quelque rêve ou, dans un espace sans profondeur,
le temps lui-même serait suspendu. Peut-être
est-ce là une certaine image de l'éternité"'. »
Poétique et plastique sont deux notions indissociables
dans ses oeuvres qui dégagent un mystère latent. Une organisation
géométrique souple,
tantôt statique tantôt dynamique, lui permet de relier les
formes aux limites de la toile. Dans d'autres toiles, au contraire, il
isole les formes et les bloque par des aplats de gris qui semblent aller
vers le centre du tableau.
Et enfin, l'organisation géométrique peut être réduite
et c'est alors la matière qui crée les formes. Avec la matière,
il joue sur des oppositions :
« Fonds sablés et plages lisses, combinaisons des saturations
et des transparences, subtiles résurgences et compénétrations
par frottements, accrochage de la lumière par imprégnations.»
La peinture de Pistre est une invitation aux rêves, dans une douceur
blanche et bleue, rehaussée de mauves ou de jaunes dorés.
C'est un voyage vers l'esprit qu'il nous propose à travers ses toiles.
A partir des années 70, il limite sa palette
aux couleurs noires et bleues, construit des formes plus larges et joue
avec des effets de lumière.
L'évolution est soulignée par le critique Robert Aribaut,
lors de son exposition en octobre 1974 à la Galerie Protée:
«Une évolution marquée par une présence accrue des
passages de blancs, des zones de silence, et une importance plus grande
accordée au rôle
plastique.»
Ainsi, Marcel Pistre est proche de Kandinsky ou Magnelli dans sa recherche
et sa démarche à la fois plastique et spirituelle, sans
jamais offrir une référence au visible.
On associe souvent son univers à un cristal taillé, un
art qui « est
rigueur et pureté, mais aussi frémissante et secrète
sensibilité ».
Garance Thouzellier