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Tu me dis qu'il serait bien que pour cette dixième exposition chez « Protée »,
on fasse (tu fasses) l"effort d'un petit catalogue et que, dans un
catalogue sérieux a toujours une "biographie".
Lorsque
mes amis m'offrirent la plaquette que tu connais, déjà se
posa la question de la « bio ».
Si
elle pouvait être écrite drôlement par un journaliste
du « Canard » qui aurait un peu
de tendresse mais
cela ne s est pas trouvé.
De
toute façon, pour la plupart : des peintres, c'est une assez
morne énumération qui n'apprend pas grand-chose.
Matisse ?
ou Grünewald ? Lieu et date de naissance ? Vous savez ?
Quel collège ? Quels prix obtinrent-ils ?
Posez-vous
ce genre de questions à propos des peintres que vous aimez et vous
verrez bien que leur biographie n’a (pour nous) que peu d'importance.
Alors,
ma biographie !...
J’aimerais
ici raconter une anecdote.
Aux "Jacobins ",
il y a quelques années, était montrée une superbe
exposition « Picasso » proposée par Jacqueline
Picasso.
J’allais
au vernissage, accompagné de ma petite-fille, Céline, qui
devait avoir huit ans. Souhaitant créer un « souvenir »,
je vins la présenter à Jacqueline Picasso qui, gentiment,
lui dit : « tu es belle ; si Picasso t"avait
connue. il t'aurait peinte."
Et Céline de répondre : « Mais,
Christian me peint. »
J’étais
un peu confus mais, Jacqueline, en souriant la félicita.
Sur
le chemin du retour, j’abordais, volontairement, le cruel examen
des gloires respectives.
« Tu
sais, Céline. Picasso est un peintre immense. célèbre
dans le monde entier.
- Et toi, tu n’es pas célèbre dans le monde entier ?
-
Non.
-
Alors, tu es célèbre dans quel pays ? »
Mon
piédestal devenait tabouret.
« Au
moins, tu es célèbre dans toute la France ?
-
Tu sais, Céline, dans le monde de la peinture. ce n’est pas
aussi simple. »
Alors, avec un rien d’agressivité dans la voix :
« Mais
alors, tu es célèbre jusqu'où ? »
Alors.
est-ce qu'une « bio » répondrait à cela ?
Je
veux bien redire que je suis né le 18 octobre 1919 au Maroc.
Et
mon père disait : « Faire naître un cheval
dans une bergerie n’en fait pas un mouton pour autant ».
Ensuite,
rien de bien passionnant jusqu'à la prise de conscience du peintre
hypothétique,
Mais,
la guerre - la résistance - la déportation - retour – mariage,
un petit garçon aux cheveux blonds, boudés qui ne me connaît
pas.
Alors,
on veut faire « l’artiste » ?
En
attendant on dessine des robes, on « fait » des vitrines,
on décore des maisons.
Ce n’est pas le Pérou !
Du
journalisme aussi, dans des journaux intéressants qui ne durent
guère mais qui nous donnent l’occasion de lier des amitiés
dans tout ce qui comptera dans le journalisme à Toulouse.
Un
mariage se fait, un autre se refait.
Le
maire de Toulouse, Monsieur Badiou, m'offre une bataille : celle
de défendre la brique de Toulouse.
En
ce temps-là, les Toulousains n’avaient pas encore reconnu
l’importance du "Viure al pays" et les commerçants
trouvèrent que la « foraine » faisait « village » -
que des magasins dans des arcades, ça ne faisait pas « parisien ».
Mais
cela a été passionnant de réussir cette transformation.
Et
puis, en 195O, un concours s'offre à l’école des
Beaux-Arts.
Me voilà : prof.
Un
atelier s’ouvre grâce à l’hospitalité d’un
merveilleux vieux monsieur, grand ébéniste, Maurice Alet,
dans l’impasse des Trente-six-Ponts.
Que
vous dire d’autre ?
Des
amis qui vous tiennent la tête hors de l’eau - des voyages – beaucoup
de voyages brinquebalants mais enrichissants.
Et
puis la vie d'un peu tout le monde. Des expos qui « marchent »,
de mieux en mieux.
Maintenant.
il faudrait raconter aussi l’aventure du Centre Culturel que j'ai été amené à créer
et à diriger et puis aussi parler de la direction pendant trois
saisons du Théâtre Daniel-Sorano, aidé par une équipe
qui. aujourd'hui encore a la responsabilité du Centre Culturel.
Mais,
tout cela serait trop long à raconter.
Alors
que mettre dans une « bio » ? Les récompenses.
les prix obtenus ici et là.
Malgré la gentillesse des organisateurs, avec le recul du temps. que
reste-t-il de tout cela ?
Quelques
toiles sur un rythme en douze.
En
1971, un lundi, je quitte le Centre Culturel, un petit coup de blues.
Le
vendredi de la même semaine, toujours en 1971, Laurence Izern m'offre
d’entrer dans sa galerie.
Voilà.
aujourd’hui, nous y sommes encore.
À la
fin d'une "bio", il reste une date à écrire :
Attendons.
Christian
Schmidt
Texte écrit
pour le catalogue de l'exposition à la Galerie Protée

Portrait presque rêvé d'une amie alliée -1992