L'atelier 208
Tout
en ayant montré, comme animateur culturel, une ouverture
d'esprit et d'action qui démentent les sectarismes dont
il pourrait lui-même être
victime, Christian Schmidt est présenté comme autocentré sur
sa propre peinture.
Je ne peux, quant à moi, admettre d'entendre et seulement
entendre de telles accusations qu'après inventaire.
Et l'inventaire débute par ces deux éléments essentiels :
Christian SCHMIDT aime peindre et il aime peindre ce qu'il voit. Cela seul,
déjà, m'amène à lui accorder un intérêt
particulier, et je ne sache pas qu'on ait le droit de tenir ces deux éléments
pour des tares, au contraire.
À partir de là, oui, j'accepte
de discuter, d'engager le combat, peut-être avec le public, toujours
avec SCHMIDT comme avec tous les peintres, pour lui demander raison, dans
le cadre même de la création picturale, de la façon dont
il nous engage à voir ce qu'il a vu.
Et pourtant, ici, dans ce texte écrit AVANT que le public
ait vu les œuvres,
je réserve mon jugement et mon argumentation : il serait
déloyal,
pour le peintre comme pour le public, même si mon sentiment
est favorable, et il l'est, que je me permette de dire certaines
choses que SEULES les œuvres,
loyalement regardées, peuvent permettre de dire ; et
tournant le dos à une certaine critique qui tranche et qui
taille pour le public et avant même que le public puisse
savoir, objectivement, à quoi
s'en tenir, je veux dire, pour Christian SCHMIDT, comme pour des
milliers d'autres peintres. en fait POUR la peinture : voyez
et regardez.
Pour
ce qui est de juger, laissez-moi vous dire que, du bon grain et
de l’ivraie.
la séparation se fera, par notre propre vie sociale et culturelle,
pour l'œuvre de Christian SCHMIDT comme pour toute œuvre,
mais que je m’insurge contre toute attitude qui prétendrait
d'entrée de jeu définir que tels et tels hommes
seront tout entiers bon grain ou tout entiers ivraie.
Quitte à encourir le reproche de bienveillance due à l'amitié,
laissez-moi vous dire aussi, que j'ai confiance en toute œuvre
qui dit. sans masque et sans déguisement, quand bien même
jouerait-elle du fard et du déguisement, qu'un homme a aimé peindre
et aimé peindre ce qu'il voyait.
Qu'il l'ait voulu ou non, ses œuvres sont les seules vérités
qui m'autoriseront aujourd'hui comme demain, à lire la vérité et
l'authenticité d'un homme, dont nous savons pourtant combien il
se déguise et aime à se déguiser. Il le sait, il
le dit, il le montre, il en joue car il est lui-même cet homme
déguisé qui
nous dévoile et son déguisement et son sentiment
propre.
Cela lui échappe comme sa propre vérité, mouvante
de crudité et
de rouerie, comme toute œuvre humaine, justement parce qu'il a
voulu être
un artiste figuratif, et parce que seule la figuration permet cette vérité.
C'est aussi une certaine preuve de courage ou d'habileté, de volonté ou
d'inconscience, peu m'importe, d'accepter que cela se voit et que l'on
voit ce peintre fardé ou nu, toujours lui.
Bref que la peinture
soit là pour
le dire et qu'on en juge.
Qu'on m'excuse de n'avoir pas parlé des œuvres et
de la peinture : je voulais simplement dire qu'il FAUT VOIR les
peintures et que c'est vous, librement, qui pourrez dire de ces
peintures qu'elles le sont.
Denis MILHAU
