Robert Thon est né en
1929 à Marignac. Jusqu'en 1950 il poursuit ses études à l'École
des Beaux-Arts de Toulouse. Entre 1950 et 1958 il enseigne le dessin à Tarbes.
Ensuite, il
revient à Toulouse où il reste jusqu'à sa mort, en 2002.
Il réalise de nombreux décors,
participe aux Salons Art Présent de 1961 et 1963, et Simone Boudet
l'accueille dans sa
galerie en 1963 et 1969.
Il
participe également à de nombreuses
expositions collectives, comme L'Espagne organisée par Simone Boudet,
ou celles de l'Atelier :
La peinture à Toulouse en 1964 et Vingt-six peintres de la galerie
en 1968.
Il
obtient le prix "Signatures Provinciales" en 1961 et le prix "Charles
Malpel" l'année
suivante.

Figuratif cocasse et
désinvolte, Robert Thon nous renvoie à un monde mythique
original où le thème récurrent est la femme-poupée,
mélange d'humour et de sensualité.
Ces femmes nues, comme des idoles aux couleurs d'icônes chargées
de bijoux, sont aussi
bien des esclaves que des reines. Il grave préalablement ses compositions
sur le plâtre
avant de les peindre à la feuille d'or, avec des effets de reliefs
et des rehauts de laque et
d'huile, et les agrémente de perles, de dentelles et d'objets inattendus
de mécanique. Il
mélange son goût du fantastique avec celui du bricolage.

Dans
ses oeuvres, il mêle « en une surprenante unité plastique
le raffinement d'une facture élégante
et le primitivisme du dessin.
Car ses toiles sont peuplées de personnages mystérieux,
alignés
comme des totems effarés » comme Les trois guerriers
faits de rouages, de grillages et de pièges à loup,
ou Les gardiennes du parfum essentiel.
Dans
une attitude hiératique,
ses poupées semblent garder l'entrée du Temple où les
rites sont célébrés,
l'entrée d'un monde interdit.

Il crée un langage plastique caractérisé par un
dessin ample et racé et une palette chromatique de bruns dorés.
Il marie « une pâte d'une
richesse inouïe, d'une précieuse beauté, où le
moindre reflet coloré fait chanter en mille nuances l'harmonie
brune de l'ensemble » telles L'idole et ses servantes, Les
poupées magiques ou La leçon
de tambour de la poupée.

Par
une dorure accentuée et un
style ancien, les toiles La dame au miroir et L'enterrement de la poupée
font penser à des enluminures.
Dans
un style totémique et monumental, dans un décor architectural
indéfinissable
et intemporel, de bijoux, de fleurs et d'animaux, les personnages de
Robert Thon imposent leur présence par leur immobilisme et leur
regard fixe presque effrayant).

Ces
poupées sont placées soit dans un retable de bois polychromé noir,
or et rouge, comme Les orgues pour la lune soit dans un décor
de colonnes "à la grec",
striées et couronnées d'un chapiteau. Entre ces colonnes,
des niches. Robert Thon les dépeint de la même façon,
avec un visage rond, un corps trapu nu ou habillé de
vêtements anciens.

Connaisseur du sacré,
Robert Thon crée ainsi un univers magique qu'il explique de la
façon suivante : « Peindre pour moi, c'est chaque
fois partir à la découverte d'un trésor. [...]
J'aime m'émerveiller. Et en peignant, je voudrais étonner.»
Garance Thouzellier