Tim Burton

L'étrange cinéma de Mr Tim


"J'ai toujours été intrigué par les images et les idées qui se dégagent des contes de fées..." Tim Burton.


"J'ai sauté à pieds joints dans le chaos!" et Tim Burton, jeune enfant quadragénaire, (il est né le 25 août 1958 à Burbank en Californie), qui a refusé de grandir une bonne fois pour toutes, nous envoie des films qui préserve à jamais notre enfance.


Ces visions d'une drôle d'Amérique, où burlesque et génie du mal se côtoient, ont déjà donné des monuments hybrides, condensés de toutes les nuits d'Halloween possibles:
"Beetlejuice", "Edward aux mains d'argent", "Pee wee","Mars attacks", "Les Batman" le dessin animé "L'étrange Noël de Mr Jack" et "Ed Wood Jr".


Tout cela fait une oeuvre cohérente, déjà perceptible dans ses courts métrages("Vincent"), où le gentil apprenti-animateur des années 70 chez Walt Disney, s'est révélé le créateur de mondes obscurs et délirants.
Nourri d'une overdose d'hémoglobine des films fauchés d'horreur (ah sa vénération pour Vincent Pride!), des bandes dessinées à deux sous, des romans noirs et fantastiques, Tim Burton est le premier metteur en scène gothique, comme il y a un roman gothique vers la fin du 19ème siècle. Zombies et de morts-vivants viennent vous taper sur l'épaule dans son univers.

Que de vieux cimetières, de coqs, de revenants, de moulins hantés, de paysans en furie,de brouillard maléfiques ont poussé dans sa tête. Il sera toujours du côté des déviants, des fantômes, et non du côté des vivants. Les monstres sont ces frères non leurs victimes.

L'univers de Tim Burton, car il y a un univers personnel imprégné de contes, de frayeurs enfantines, de fantômes qui passent en tirant la langue. Toute la magie de Tim Burton vient de qu'il vit à l'intérieur d'histoires fantastiques, celles qu'il porte ne lui et qu'il parvient à faire revivre sur un écran. Des cavaliers sans tête courent dans la sienne. De joyeux carnages se mettent en marche.

Il fait se cogner le monde sombre et le pastel des vieilles légendes. Mais surtout ce sont ses éclairages bleutés et souvent inquiétants qui se retrouvent de film en film. Tim Burton apporte un soin maniaque à l'esthétique de ses films.


Et il nous renvoie l'image en creux de l'Amérique, une Amérique fantôme, immense cité traversée de clowns-tueurs, d'objets vivants, d'hommes animaux quêtant la reconnaissance humaine. Cette cour des miracles où le mal s'engouffre par les caniveaux,et le bien tente de prendre l'air, cet immense pandemonium où grouillent des univers incohérents, semble un mauvais rêve éveillé.

Des milliers de références circulent d'élucubrations en élucubrations pour servir de soubassement à l'édification de ces cauchemars. Tout s'élève et puis tout s'écroule.
Que d'influences dans la tête, emplie de morts facétieux, de pingouins-hommes, de héros mollassons!

Lui-même semble être physiquement un personnage de bandes dessinées.Il vit dans les "toons", "les comics books"et les magazines de science-fiction, de bizarres et sa vénération des films d'horreur. Il est le croisement des films expressionistes allemands et des cartoons américains. Il voudrait toucher le réel et ne le peut. Comme son héros aux doigts d'argent:

"L'idée m'était venue d'un dessin que j'avais fait il y a longtemps. C'était juste une image que j'aimais. Elle était venue inconsciemment et était liée à un personnage qui voulait toucher mais ne pouvait pas, qui était à la fois créatif et destructif."

Burton est bien à la fois créatif et destructif. Des mythes de Frankenstein il en fait des contes poétiques. Cet enfant introverti au possible qui toujours refusera le monde adulte, se libère par ses films immatures et splendides.


"C'est fascinant de voir à quel point les gens sont sinistres!".Et tous ces monstres viennent hurler à la pâle lumière du jour: aimez-moi!
Tim Browning, Roger Corman, Vincent Pride bien sûr hantent ce metteur en scène, fils prodigue d'Edgar Allan Poe.
Pourtant au-delà de l'imagerie infernale, c'est bien une vision d'un grand créateur qui se dégage, et les impasses politiques de notre monde, la corruption des dirigeants, la passivité dangereuse de la foule, le besoin d'homme providentiel, en disent plus que bien des films politiques dégoulinant de bons sentiments.

Tout est "incorrect" dans le monde de Tim, tout est fascinant et paradoxalement pur sans la perversion vénéneuse d'un David Lynch, la Cinémathèque Française vient de lui rendre un vibrant hommage en projetant l'intégralité de son oeuvre.
Ce cinéaste est aussi photographe et il expose d'immenses photos au polaroïd et les mêmes fantasmes à la Jérôme Bosch apparaissent.

A ceux pour qui la vie n'est pas du cinéma, le cinéma de Tim Burton ouvre grand ses torrents esthétiques, ses contes de Noël à lui où cognent toutes les enfances maltraitées,ses morts-vivants qui tentent d'exister.
"Burton est obsédé par l'inconscient de l'Amérique, ce surmoi sombre enfoui sous une mince surface rose bonbon" (Samuel Blumenfeld).
Edward taille des rêves, Batman plane dans l'ombre de la lune, le Joker et le Pingouin souffrent de n'être ni vivant ni mort, et dans "l'Etrange Noël", en kidnappant le père Noël, Jack se venge à tout jamais de ces Noëls sucrés, en déclenchant une fête macabre échevelée.

Ce film de près de 72 minutes, réalisé plan par plan, par les Studios Walt Disney, est en fait le sabotage de tout le monde mièvre et bien pensant distillé depuis des siècles par la maison Disney.
Tout explose dans un délire bordélique, et le "Roi Lion" n'apparaîtra plus que comme une carpette vide.


Qui osera encore après regarder les sucres d'orge de ces messieurs, quand on a vu Jack célébrer ce conte de Noël sulfureux.
Tim Burton est d'un autre monde, celui des recueils des contes, des cryptes ténébreuses,des meurtres vécus comme des oeuvres d'art, des séries B voire Z projetées dans ces salles miteuses de banlieues, de ces films de monstres taillant en pièce cette jeunesse bouffie et sans espoir.
Baignant dans le pop corn et le coca, les doigts tachés de ces revues débiles et merveilleuses à la fois, Tim Burton vient nous dire que nous vivons mal. Il hurle contre le quotidien des jours. Il a le débit d'une mitraillette quand il parle, et ses mains semblent lui échapper pour devenir des moulins à vent. Il passe son temps à dire des choses extrêmement vraies puisqu'il les a totalement inventées.


Devant le vide et la bêtise, le conformisme de nos cités, la fausse harmonie des sociétés repues, un mal s'installe : la déshumanisation. Et les créatures hideuses, elles, ont des sentiments humains ; elles souffrent, elles hurlent et surtout elles mettent par terre l'ordre établi, par un chaos salvateur. Elles aiment aussi et par-dessus leur monde macabre elles incarnent la pureté de l'amour jamais compris.

Et cette invasion des petits hommes verts qui mettent d'abord en pièces le confort des familles américaines et surtout la maison Blanche est sa réponse grincante et délirante à l'étouffement de la culture américaine. Ce qui sauvera la planète sera un air imbécile, contre la violence la pureté du vulgaire.

Dans Big Fish Tim Burton se lance dans son père et fils à lui, mais toujours regardé au travers de la lorgnette du merveilleux et de l'humour et son cortège de doux monstres (géant,, sorcière, loup-garou, la ville des Spectre s...). Mais une nouvelle tendresse apparaît avec cette tendresse pour la passage de la transmission orale du père mourant au fils. Tim Burton deviendrait-t-il romantique?

Ou bien son amour des croyances va-t-il jusqu'à l'amour humain?

Obsessions de gosse, les films de Tim Burton au-delà de leur poésie flamboyante, de leur esthétique ciselée, de leur mise en scène raffinée, tentent de mettre par terre le monde des adultes. Gotham City c'est Métropolis.

"Je suis d'un autre monde", semblent dire des héros de Tim Burton exilés solitaires dans un monde hostile.Tim Burton cultive en son jardin intime des statues qui grandissent et s'échappent en cauchemars. L'araignée qui lui sert de sonnette nous dit d'entrer.


"Ces somptueux cauchemars féeriques et anarchistes" que sont les films de Tim Burton, nous font, enfin passer de l'autre côté du miroir, dans la liberté de l'imaginaire.
La neige tombe à flocons doux, le ciel est noir à jamais, le père Noël Tim Burton vient nous voir avec ses films cultes.
Il était une fois...

Nosferatu se penche sur nous et nous dit sa berceuse, nous dormons beaucoup mieux et nous tendons notre cou.


Filmographie


Vincent (1982)

Frankenweenie (1984)
Pee Wee's big adventure (1985)
Beetle Juice - (Jus de cafard- (1988)
Batman (1989)
Edward aux mains d'argent (1991)
Batman Returns (1993)
Nightmare before christmas (1993) réalisé par Henry Selick
Ed Wood (1994)
Mars Attacks! (1996)
Sleepy Hollow (1999)
La planète des singes (2001)

Big Fish (2004)


un lien http://www.ecrannoir.fr/real/us/burton/

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