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Michèle Bernard

 

bernard

"Ma fragile, ma fragile, ma copine".

 

 

             Comment écrire simplement quelques mots sur Michèle Bernard, quand on l'aime autant, et que l'a sait si fragile.

Quand on a reçu le choc consolateur parmi les forêts pluvieuses des jours, de ces "petits cailloux verts de la Durance", chanson élémentaire de tout le désarroi et de la tendresse du monde, on ose à peine parler de cette grande sœur si proche de nous.

 

              Et puis la grande présence de son absence, les quelques nouvelles éparses jusqu'à la lumineuse invite "Quand vous me rendrez visite". Auteur, compositeur, interprète et accordéoniste, Michèle Bernard est aussi comédienne. Chanteuse depuis 1978 elle a humblement tenté de remplir les nuits noires avec plein de monde.

 

              Parfois le découragement aussi et ses longs silences (depuis 1992 !), et nous étions orphelins de ses douces révoltes de cette envie inconnue. Puis en mars 1997, au café de la Danse, un nouveau spectacle soutenu par Anne Sylvestre est venu comme une pluie heureuse nous rappeler l'étrange douceur, l'étrange réalité de sa voix d'absinthe.

Maintenant l'on sait qu'il existe une boule de tendresse et de houle nommée Michèle Bernard. Son écriture est comme elle pugnace et profonde.

" Dans une année, je n'écris peut-être que quelques semaines. Mais j'y pense tous les jours. Comme un hamster, je stocke ce qui m'émeut. Je note tout sur un carnet et, au moment d'écrire, toutes ces impressions, toutes ces anecdotes ressurgissent. "
Belles sont les provisions de Michèle.

 

bernard

 

            Funambule entre le léger et le grave, entre le réaliste et le rêve fou, Michèle Bernard nous revient de façon inespérée, plus belle encore que dans nos souvenirs. Avec son accordéon, ses mots gris-gris elle "revient de si loin derrière son visage", dans le sang de ses mots et toute l'angoisse de l'avoir perdue s'évapore.

Quand "il devient trop étroit de vivre" il faut écouter Michèle Bernard. Drapeau qui bat et qui claque encore au vent des espérances. Mots de rage, mots de velours Michèle trace avec son accordéon un chemin d'humanité.

 

" Rien qu'une chanson qui t'fait du bien/Mais tout entière, couplet refrain... "

 

            Michèle Bernard chante encore et la fête viendra. Elle et son piano du pauvre, son accordéon comme une offense au goût des riches, elle semble cette chanteuse populaire qui chantait dans nos cours. Et quelque monnaie tombait parfois de fenêtres vite refermées.

Bien sûr elle sait encore le goût aigre du monde décalé, où tout se déglingue lentement, où l'on rate son train, où l'amour est en retard. Mais même si chacun est dans son désert, Michèle Bernard par la beauté de ses chansons (des "rêves réverbères"!) apporte de l'espoir à la volée, de la rosée sur les trous de la terre.

 

          Elle a pour voisins de palier tous les opprimés de la Terre, surtout sa chère Louise Michel celle qui est L'oiseau noir du champ fauve. Elle chante les chansons que Louise n'a pas eu le temps de nous dire, fauchée non pas par la mitraille, mais par le bagne infâme de la Nouvelle-Calédonie, et par la maladie enfin à Paris.

" Dans une époque désemparée et désenchantée, j'ai eu envie de réécouter la petite musique de ce personnage austère et fascinant qui a "jeté son cœur à la Révolution" alors qu'elle se rêvait poète et musicienne."

 

bernard

 

       La vierge rouge reprenait ses airs grâce à un tout petit bout de femme, qui est mille barricades contre la bêtise à elle seule. Quand Michèle Bernard s'avance sur scène c'est toutes les femmes libres et combattantes qui l'accompagnent. Tous les visages anonymes, ceux des petites vies des ouvriers sont sous ses fenêtres. Elle les aime et elle les chante avec sa tendresse solidaire, son ironie douce. Du haut de ses trois pommes qui font sa taille elle porte loin très loin. Son visage d'enfant soit en colère et rage, soit entre tendresse et larmes est illumination.

 

         Elle a "au cœur une plaie ouverte", et demeure pourtant une messagère d'utopie et d'espérance.

Petit bout de femme obstinée, ouvrière des mots quotidiens, elle est joie simple dans les clairs-obscurs. Elle est aussi la voix de la colère qui monte des faubourgs du monde contre les nantis repus. Elle reprend haut et fort les cris de la " Vierge rouge, la Bonne Louise »

Douce et sauvage, femme et lumière, voilà plus de vingt ans que Michèle Bernard a le dur désir de durer. Sa voix vibrante s'appuie sur la poésie des rues et des brins d'herbe, des amis trop lointains et des douleurs trop proches.

 

bernard

 

        Michèle Bernard croit à la puissance de la vie, à la fraternité des rencontres. Ces mots si justes, tendres ou amers frappent en plein cœur en donnant du sens à nos journées. Le "Temps des cerises" reviendra avant le dernier soupir de ton accordéon. Tes amis tous les opprimés le chantonnent derrière toi. Ils nous disent de nous rappeler ce temps si proche où tant n'étaient que "chair à pavé, chair à travail, chair à patron, chair à trottoir, chair à prison, chair à scalpel pour les savants, chair à fusils pour tous les va-t-en-guerre."

 

              Michèle Bernard s'est trouvé un territoire dans le chant et une tanière dans la géographie dans un petit village à une heure de Lyon, un village dans le parc du Pilât au sud de Lyon, Saint-Julien-Molin-Molette.

"En pleine campagne, c'est un village d'anciennes usines. Je vis dans une ancienne fabrique textile. Pour moi qui suis très sensible à la chanson populaire, au thème du travail ouvrier et des luttes, c'est un lieu qui m'inspire. J'y ai aménagé ma tanière. "

 

             Campée dans la fraternité elle revient nous le dire.

Te revoilà de retour, Michèle, ton absence a été lourde pour nous, mais voici enfin "l'enfant émerveillée, la vieille conteuse ridée, la femme amoureuse, la croqueuse cruelle"

 

Au coin de toutes nos rues, elle chante avec son accordéon, et toutes nos rues intérieures sont plus belles. Plus sereine, plus dans le vif de la vie :

"J'ai moins peur de la douceur et du silence. Je me sens moins comme un bazooka."

 

On boit à sa tendresse, on boit à sa lucidité.

 

            Et tout sera simplement comme dans cette autre vie, tu viendras.

. "Ma fragile, ma fragile, ma copine".

 

bernard

 

 


 Textes de Michèle Bernard


 

LES PETITS CAILLOUX

 

Au fond de la Durance

y a des ptits cailloux verts

tach'tès de gris

à c'qu'on dit

on n' en trouve que là-bas

de ces p'tits cailloux vert-là.

 

C'est tard les chiens vont s'endormir

pleins de grognements, de soupirs

après la chasse, après la fête

des rêves de chiens pleins la tête

 

Et mai je suis comme une pierre

au fond du lit ma rivière

ventre en l'air je n'sens plus mon corps

j'dérive avec les poissons morts

 

Tu m'as dit un jour

que le ventre de ta mère

sur son lit de mort

était lisse et doux

comme un ventre de petite fille

 

Offert a la mort

toute douleur effacée

et pourtant tu pleures

ce ventre que la mort seule

t'a permis de découvrir

 

J'peux pas dormir, ça tourbillonne

maint'nant j'ai peur du téléphone

corne de brume des mal-aimés

j'voudrais pas qu'tu t'mettes à sonner

 

J'suis cailloux au fond d'une rivière

qu'est pas notée dans l'annuaire

j ai fait vingt-mille lieues en silence

et les mots n'ont plus d'importance

 

Couchée sur une civière

je suis une vieille femme qui va mourir

deux hommes m'emmènent

indifférents derrière leur sourire

 

Ils me soulèvent

un peu au-dessus de la terre

balancement très doux

entre la mémoire et l'oubli

 

je pars pour une sieste infinie

Un voisin ronfle au-d'sus de ma tête

j'écoute monter la tempête

c'est un homme très distingué

qui m'salue pas dans l'escalier

 

J'imagine sa main posée

en signe de propriété

sur le sein d'une femme endormie

ça m'rend morose au fond d'mon lit

 

Oh j'aimerais bien

que tu me balances très fort

contre la vitrine

du magasin de porcelaine

ça f'rait chanter la sirène

 

J'f'rais un peu d' remue-ménage

dans les listes de mariage

ménage et vaisselle brisés

j'aim'rais bien être un pavé

dans cette mare d'médiocrité

 

J'entends plus mon cœur c'est la fin

non c'est l'réveil qui marche pas bien

demain j'le porte a réparer

mais 'crois bien qu'son heure a sonné

 

J'vais m'endormir jusqu'à demain

mais c'soir prends-moi dans l'creux d'ta main

 

j 'suis un p'tit caillou vert de la Durance

et je pèse mon poids d'espérance

 

 


QUAND VOUS ME RENDREZ VISITE

 

Quand vous me rendrez visite

Oh, n'arrivez pas trop vite

De votre pays si loin

S'il vous plait, quoiqu'il arrive

Mon ami de l'autre rive

Surtout prévenez moi bien

Annoncez votre venue

Il faut que je m'habitue

A l'idée de vous revoir

C'est si bon de reconnaître

L'écriture sur la lettre

Que l'on vient de recevoir

C'est si doux de la relire

De la respirer, de rire

En tournant dans la maison

Et s'asseoir soudain plus calme

Pour approcher de la flamme

Ses ailes de papillon

Je regarde la fenêtre

Où vous allez apparaître

J'y cogne comme un oiseau

Un bruit de pas qui approchent

Et soudain contre la cloche

Vos trois coups comme un cadeau

Tout cela que j'imagine

C'est un ruisseau qui chemine

Dans le désordre du coeur

Permettez que j'en profite

Après tout ira si vite

Quand viendront le jour et l'heure

S'il voue plaît quoi qu'il arrive

Mon ami de l'autre rive

Surtout prévenez-moi bien

Non, n'arrivez pas trop vite

Quand vous me rendrez visite

De votre pays si loin

 


LA FETE VIENDRA

 

Soufflez les bougies croquez les gâteaux

La fête est finie et dans son cratère

Un volcan s'endort et dit à bientôt

Je reviens dans quelques années-lumière

Dans le ciel s'en vont cochons et chevaux

Ils ont laissé là leur trop vieux manège

Partir avec eux chausser leurs sabots

Oublier le sang tombé sur la neige

Quand revient la guerre on entend des cris

Et le long des routes on les voit qui marchent

Hommes affamés, loin du paradis

Enfants aux pieds nus, fleurs que l'on arrache

Quel espoir viendra cocher au hasard

Le calendrier près de la fenêtre

Où l'on voit des lunes et des saints bizarres

Des prénoms d'enfants qui vont bientôt naître

Soufflez les bougies croquez les gâteaux

La fête est finie et dans son cratère

Un volcan s'endort et dit à bientôt

Je reviens dans quelques années-lumière

 


 

REVES REVERBERES

 

Rêves rêves réverbères

Beaux enfants de la misère

Les lend'mains qui chantent

Ont pris des coups

Dans leur vieux binious

Rêves rêves réverbères

Beaux enfants de la galère

Mon lit cette nuit

Un vieux carton

Une bouche d'égout

J'vends d'la lumière à la criée

Criez criez

Criez pour moi

Y'a d'ia poussière dans vos idées

Vos idéaux placés si haut

Qu'vous n'osez plus me regarder

Clodi-clodo

Marchand d'journaux

Le Père Noël est un vendu

Fait plus d'cadeaux

Rêves rêves réverbères

Beaux enfants de la colère

Les lend'mains qui chantent

Ont avalé Leurs bell's dents de loup

Rêves rêves réverbères

Beaux enfant de la fourrière

Les mômes à Poulbot

Sont toujours là

Qui grattent leur poux

Je vends d'l'espoir à la volée

Volez volez

Envolez vous

Petits homm's en trop dans l'décor

Même dehors on nous dit "dehors"

Fausses notes au milieu du Bal

Clodi clodo

Marchand d'journaux

L'av'nir ça m'fait

Un drôle d'effet

Où j'vais aller?

Rêves rêves réverbères

Beaux enfants de la misère

Les mômes à Poulbot

Sont toujours là

Qui grattent leur poux

Rêves rêves réverbères

Beaux enfants de la galère

Mon lit cette nuit

Un vieux carton

 

Une bouche d'égout

 


UN FOIS QU'ON S'EST TOUT DIT

  

Une fois qu'on s'est tout dit

Tout crié

Qu'on pleure assis au bord du lit

Tout miné, les yeux bouffis

Le nez bouché

Comme la trompette

De Chet

Baker

Le coeur

En miettes

Qu'est-ce qu'on fait ?

On s'jette ?

Non, on va boire un verre

A la santé

De l'amour qui s'était

Un instant

Absenté

 


 

Discographie

 

* Le nez en l'air (2006)

* L'oiseau noir du champ fauve (2004)

* Une fois qu'on s'est tout dit (2002)

* Ses premiers vinyls (2002)

* Voler...(1999)

* Quand vous me rendrez visite 1997

* Nomade (1997)

* Des nuits noires de monde (1992 )

* "Lala et le cirque du vent", (1993) avec Anne Sylvestre

* En Public (1988 )

* Bar du grand désir (1982)

* Paroles & Musique No 14  (1980)

* Le kiosque (1978)

 


 

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- Mise à jour : 4 Juin 2007 - En cas de problèmes de consultation, contactez le Webmestre