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Jacques Bertin

 

bertin

 

photographie de Claude Aubry, DR- photo parue sur Francopolis

 

la tristesse émerveillée

 

"Chanter en vérité est un autre souffle, Un souffle autour de rien, un vol de Dieu, un vent" (Rilke).

 

           Longtemps, longtemps il aura chanté debout pour que les hommes vivent debout. Les pieds dans la neige, la tête dans les étoiles. De Besançon à Santiago, des fleuves impassibles aux lampes en huile en chacun de nous.

Maintenant il chante assis, non que la bourrasque du temps l'ait emporté ou aigri, mais pour mieux faire élever sa voix, respirer large, reposer son corps. Le temps lance en creusant les fossés de la solitude, en éloignant les lucioles, mais la flamme est là.

 

           Et Bertin, honneur de la chanson française, chante toujours aussi haut. Malgré une chaude alerte sur sa santé au Québec lui montrant le fil ténu de la vie, il résiste au temps des imbéciles, à la vie qui plante une lance dans les flancs avec sa superficialité et son manque de valeurs. La France semble devenue un vaste préau d'écoles pour citoyens impubères et "la positive attitude" montre l'immense mépris pour les hommes qui régit ces jours de maintenant. Le mal de terre s'échange contre le mal de tête. La peur du chant et donc de l’enchantement

cantonne la chanson dans le divertissement, oubliant ses pouvoirs magiques.

          Loin des chanteurs domestiques qui mangent dans la main médiocre de la vanité, Jacques continue son chant essentiel et fraternel. Face aux autoroutes du binaire et des musiques "inactuelles", ses longs chemins donnent une ombre fraîche, une eau vive, une écharpe de mémoire. Devant le massacre de la chanson française perpétré dans les années quatre-vingt par la gauche au pouvoir, avec Jack Lang en bourreau à talons hauts la chanson s’est perdue. Devant le mépris distingué de l’élite face à la chanson, il ne restait que l’oubli, la résignation ou la résistance. Bertin est toujours debout. Il a survécu à la débâcle. Il ne se rend pas !
« L’homme survit, voyez, debout, plus beau de désespoir humain ! » (
Forteresse)

Cœur troué, il a chanté, il chante encore et dans l’avenir on entend ses paroles.

 

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             Les chansons de Jacques Bertin travaillent pour lui, très lentement. N'attendons pas pour lui faire place, pour le reconnaître, car les rossignols meurent souvent le cœur gelé.

 

« Je ne sais où, je ne sais où, dans quelle enfance

ou dans quelle nuit de quel futur j’entendis

ou dans quel continent perdu de l’espérance

cette voix murmurant dans l’entrée

.Tout est dit » (l’essentiel)

 

               Non tout n’aura pas été vain, il nous aura été donné de recevoir les chansons de Jacques Bertin, nous avons moins froids.

 

 

              Certes l'époque ne se veut pas tragique, elle l'est pourtant par trop de blessures. Ceux qui osent chanter à hauteur d'homme sont accueillis par un silence gêné. Sommes-nous devenus si peu présents au monde que la chanson pure nous effraie, que des mots simples à nous brûler du dedans soient vite oubliés. Quand cesserons-nous de fuir vers le divertissement futile ?

Honte pour ces "chanteurs-promotion" qui ne savent pas aligner deux rêves et un accord, et encombrent inutilement les couloirs de notre mémoire.

 

          Jacques lui revient du bout des "blessures sous la mer" qui ne se referment toujours pas. Seul avec le chant des peupliers, il nous parle de nous, de nos amours qui tremblent ou qui saignent, de la vie difficile qui fait nos cœurs plus vastes.

"Bon de la bonté des faibles", Jacques a écrit d'immenses textes, des chants obstinés qui passeront par-dessus les âmes lavables et amovibles, mais toucheront les autres : ceux qui savent, ceux qui se reconnaissent en Bertin leur semblable, leur frère.

 

bertin

 

              Ave un détachement apparemment quasi aristocratique, Bertin regarde l'écume de ces vanités, mais le coeur saigne. Car il ne faut par confondre l'exigence et la ferveur avec le dédain. Et Bertin a appris de par la vie, de par son père maçon, le juste travail artisanal sans cesse à polir et repolir mots et musique.

 

Dans le disque « La jeune fille blonde » il est dit "J'écris dans le ciel et vous n'y lirez rien".

 

            Grand Jacques tu te trompes nous lisons en tes chansons comme en nous enfin. Nous regardons les années mortes qui veulent sortir du miroir et les voiliers qui y retournent. Les femmes aimées sont là, couchées en chien de fusil, elles ne tombent plus juste dans nos dedans, elles sont autour de nous. Nous voici enfin rassemblés sur le quai des fumées, nous nous regardons partir les uns après les autres. Le cercle ne doit pas se briser avant nous, nous sommes nos clôtures, nous sommes nos chutes. Nous les simples nous confondons la douleur et la vie. Nous laissons nos amours pauvres jaunir entre des pages non vécues. Les oiseaux de passage qui nichaient en nous s’échouent un peu partout.

 

                     Tout cela passe ainsi dans les chansons de Jacques Bertin. On se demandera seulement pourquoi les hommes ne gèlent qu’à partir du cœur, puis on ne demandera rien. Jusqu’à la stupeur, la stupeur du silence. Mais Bertin nous oblige à reposer cette question sans cesse, et il nous enjoint ne pas se taire. Réveillez-vous ! souvenez-vous ! l’eau attend le feu, nous dit-il.

 

                Jacques, si proche de Cadou par sa limpidité, sa ferveur, son approche tout à la fois immédiate et complexe de la vie qui va. Avec aussi un sens du tragique de la vie et des domaines de la douleur qui lui est particulier. Jacques Bertin a fait sienne cette fière phrase d'homme : "Le tragique de la vie n'est pas que l'on meurt, mais que l'on meurt volé".

Et Jacques lutte jour à jour dans ses chansons contre cette dépossession. Les poèmes et les chansons sont des fragments d'existence, des choses usuelles de nos vies, "usuelles comme le ciel qui nous déborde" et toujours selon Cadou :

"Amis, plein de rumeurs, où êtes-vous ce soir ? Dans quel coin de ma vie longtemps désaffecté ? Pardonnez-moi de vous aimer à travers moi

crieurs de journaux intimes seuls prophètes Seuls amis en ce monde et ailleurs !"

 

            Jacques Bertin est un de ces crieurs de journaux intimes. Dans "Blessure sous la mer" à "Hôtel du grand retour", et « La jeune fille blonde », « No surrender » ses derniers disques, il sait des trahisons les mystères, et des amours les miroirs ternis, du temps l'usure et surtout cette vieillesse qui nous perd au creux de la vie.

Jacques Bertin est l’incarnation même du pouvoir du chant et il sait descendre au fond des ténèbres pour trouver l’espoir.
« Je suis l’âme de tout le monde et je suis toute
l’âme du monde : la braise qui dans la soute
chante. J’ai transformé le vieux doute en voilier

je suis l’oiseau blessé qui ne tombe jamais » Le pouvoir du chant

 

         L'homme, lui, chemine, vaille que vaille, dans la précarité des choses de la vie, et il n'a pas de trop de l'écharpe nouée des amitiés pour passer l'hiver.

Et ses mains tendues et coupées à la fois, les mouvements d'ombre de ses mots sont bien ceux d'un des rares voyants de la chanson face à la marée binaire du monde. Des textes comme "La femme triste", "L'or pur", L'aube à Cassis, "L'éternité à Denfert", "Une grange", « Dans la mort », et tant d’autres, sont parmi les plus beaux textes d’amour, donc de désamour, de la chanson française. Ses musiques montent doucement de ces mots, et se glissent dans l’haleine des autres.

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       Ces petites chansons entêtantes, ces petits manèges tristes tournant à jamais dans nos mémoires, finissent par être autant de petits feux, de lampes allumées au bord de la nuit froide et que l'on n'espérait plus. Jacques Berlin, de rage en blessure, de larmes suspendues en musique délivrée, transmue le peu d'amour en des paroles d'amitié pour les autres. Plus que de survivre dans les chansons, Jacques Bertin, chevalier des causes ferventes et belles, aura été avant tout fidèle. On ne lui avait pas donné la parole, il l’a prise au nom des sans voix. Par le chant il a rendu dignité au peuple et à la peupleraie. Il a nommé

 

« je crois dans le chant et qu’il faut croire dans l’homme

et qu’il faut nommer contre tous, l’homme, l’homme ».

 

                       Il chante à hauteur d'homme, à hauteur d'enfance. Pour nous, fraternellement il sait la gravité des mots ; les tressaillements des choses.

Devant les impossibles, il tente toujours l'envol de l'espoir, le sacrifice matinal de l'alouette pour annoncer des aubes improbables, et il attend des renforts illusoires qui ne viendront qu’à l’aube alors que la nuit sera infiniment longue. Les chats craintifs viennent y dormir parfois.

 

         Ce fleuve qui vient de si loin", ces mots nous traversent, pleins d'échos dans les forêts de nos mémoires. Alors que la vérité est plus fragile que les souvenirs, nos jours sont déjà chassés plus loin que les nuages : il est temps d'écouter Bertin. Dans la grange pleure le vent ou notre enfance. Seules les chansons de Jacques savent nous consoler de n'avoir été que nous-mêmes.

 

               Même si l’âge lance, même si la solitude est une mer qui vous noie, Jacques s’accroche à sa légende et dit merci à cette chienne de vie.

Cette vie comme un cheval perdu dans nos têtes et qui ne trouve plus le ciel et encore moins la prairie, cette vie qui nous laissera inconnu et fidèle, toujours fidèle.

Fidélité à l’enfance, à la mémoire des parents déjà dans le froid, fidélité aux amours ferventes et trahies.

« Ah comme j’ai chanté j’ai chanté j’ai chanté

je vous aimais je vous aimais je vous aimais ! »

 

 

               Ses chansons saignent encore doucement et, comme au premier matin, elles nous atteignent au profond de nous-mêmes, mélanges de goût d'enfance et de douleurs d'homme.

La poésie c'est sortir de soi-même et des mots, pour y faire entrer les autres, souvent les chansons de Jacques Berlin deviennent cette évidence intime qui nous manquait.

Jacques Bertin a aussi dû répondre à la question essentielle des chanteurs aux yeux ouverts :

Que faire quand les grands élans qui nous ont portés ont disparu ?
Certains choisissent le silence ou les bluettes, Jacques n'a pas eu à choisir, la vie l'a fait pour lui. Au fil du sang, dans les cailloux des larmes figées, une chanson sans fin monte vers nous, loin des eaux plates de la tristesse, des chemins d'herbe des amours mortes - une chanson d'homme, avec le temps qui frappe aux tempes, et cet espoir qui palpite encore.

 

           Jacques Bertin, nous accueille sous la grange de ses chansons. Bien sûr il y a des trous au toit par où passent les pluies des sentiments, mais les mots palpitent toujours. Et devant les chansons ferventes de Jacques, à nous de faire silence aux bruits du monde, d'allumer un fanal au fond de soi pour accueillir dignement un ami.

 

                  Milosz : écrit : "Ce sera tout à fait comme dans cette vie, les gens se réjouiront d'être là, qui ne se sont jamais connus et qui ne savent les uns des autres que ceci : il faudra aller ensuite dans la nuit, sans amour et sans lampe."
Nous nous rencontrerons comme jadis, pour entendre Jacques et son chant profond, profond. Demain il faudra recompter les fontaines et les enfants enfuis, maintenant il faut écouter Jacques.

 

        L'amour qui fait ce qu'il peut, le vide rongeant l'être, les feux et les flammes mal entretenus mais aussi l'aube et l'homme voici quelques-uns des thèmes des chansons. Les absents se pressent sur les chemins de l’absence, ils coupent au travers des vergers. La tête se vide par un petit trou d'enfance.

 

"J'aurai laissé des chairs aux ronces, des chansons", oui mais ces chansons sont notre chair. D'ailleurs le nouveau combat de Jacques Bertin est pour la défense du patrimoine de la chanson française. Il dénombre un bon millier de chefs-d'œuvre dignes de figurer au répertoire national, aussi Jacques Bertin a créé un atelier d'apprentissage et de réflexion sur la chanson, à partir de l'interprétation des chefs-d'œuvre passés.

 

"Nous avons été fidèles et nous avons vécu tellement ardemment" dit Jacques, et ses chansons y auront été pour beaucoup.

 

              L'amitié et la ferveur s'appellent encore Jacques Bertin et ses chansons entrent par toutes les portes de nos rêves d'homme. La pauvre écharpe de notre écoute ne changera pas le cours des choses mais au moins, le temps d'un feu de bois, que la chanson nous redonne courage et espérance même si la vie nous a souvent volés.

 

bertin

 

              Jacques ce soir, le repas sera servi, nous ne pouvons pas nous manquer.

Chez nous dans l’autre monde une lumière est encore allumée. Voilà les premières étoiles vont s’allumer dans la première nuit du monde. La première neige va tomber sur l’aube de l’enfance :

 

"Laissez une fenêtre ouverte à votre maison entre la voie ferrée et la rivière

Je vous entends, j'entends les bruits du repas, votre enfant,

Je vous entends murmurer dans votre premier sommeil,

Je viendrai tout à l'heure rôder dans la cour, les chiens seront calmes

Ils viendront à mes pieds

Vos rêves passent avec des mots épars ils s'en vont dans la rivière escortée de flambeaux

je veillerai sur vous dans la pelisse de la nuit et le museau des chiens

Au premier bruit de l'aube, je partirai
Vous pousserez le volet, vous ne saurez jamais que j'étais si près de vous
". (Jacques Bertin).

 


         Il est beaucoup de textes superbes de Bertin, grand poète selon moi, ils se trouvent pour la plupart dans le livre "Plein Chant, Pleine page" et dans « Blessé seulement »

Seuls cinq sont ici cités car ils sont inscrits sur nos écorces, à l'intérieur de nous-mêmes.

 


Le soir 

 

Ne t'en fais pas pour l'ombre ni pour la patience

Elles progresseront ensemble avec le temps

Ni l'or à quoi le beau soir dénudé ressemble

Et qui semble parfumer le pays d'encens

 

Ne t'en fais pas. Tout vient à son temps, à son heure

L'oubli viendra, comme un messager des lointains

Ailleurs s'étrangle à nouveau le cor du sonneur

Annonçant des rémissions proches. Tout est vain

 

Tout est vain : on ne voit plus, qui blessaient les vignes

Ces routes tracées dans la chair vive au couteau

Juste une buée montant des souffrances, on devine

Mourant, les formes féminines des coteaux

 

Avec le temps, les trahisons, les espérances

Qu'en reste-t-il ? Le parc oblique vers la nuit

Rentre, serrant sous ta veste ton peu de science

Tout vient à son heure, et le pardon de la pluie

 

Tout fut-il donc dépensé pour rien ? Tu protestes

L'escalier geint. Ce soir, personne ne t'attend

Dans le noir tu parcours ta galerie de gestes

Le fardier d'insomnie s'ébranle pour cent ans

 

Ne t'en fais pas. Toute chose à la fin fait cendres

Même l'oiseau dont les braises brillent encore

Et, dans la nuit sans oubli où tu vas descendre

Son aile implorante frémit, dans le décor


Les biefs

 

Le soir

Quand vous basculez dans le ciel

Vers votre aventure nocturne

Je voudrais retenir qui j'aime

 

Il est trop tard

Les biefs sont fermés

Serai-je aussi seul avec le chant des peupliers

Quand il n'y aura plus personne sur la terre ?

 

Le soir

Quand vous basculez dans le ciel

- Espoir ourlé de ses chagrins -

Je vous dessine de la main

 

Les biefs du cœur

Ne sont qu'assoupis

Le chant des arbres, c'est la vie qui nous tient réunis

Je suis partout, veillant sur vous, sur cette terre

 

Le soir

Quand vous basculez dans le ciel

Le front brûlé au lendemain

Je suis l'air et le vent dormant

Les biefs du cœur

Tremblent jusqu'au matin

Il me suffit que vous me sachiez attentif dans l'ombre

Je ne suis jamais seul. Vous ne m'oubliez pas


Le rêveur

 

J'étais l'enfant qui courait moins vite

J'étais l'enfant qui se croyait moins beau

Je vivais déjà dans les pages vides

où je cherchais des sources d'eaux

 

J'étais celui à l'épaule d'une ombre

qui s'appuyait, qu'on retrouvait dormant

Je connaissais les voix qui, dans les Dombes,

nidifient sous les mille étangs

 

Je fus plus tard l'adolescent qu'on moque

au regard vain dans la ville égaré

l'homme qui campe à l'écart de l'époque

tisonnant ses doutes pour s'y chauffer

 

Je suis monté au lac des solitudes

dans l'écrin gris des charmes sans raison

où de vieux airs palpitaient sous la lune

J'aurai laissé des chairs aux ronces, des chansons

 

La note basse des monts, les absences

les émeraudes du val interdit

toutes les belles ruines du silence

tout ce qui ne sera pas dit !

 

Si jamais tu t'accroches à ma légende

il faut que tu t'en remettes à mon mal

Ne trahis pas, vois la plaie où s'épanche

tout un monde animal

 

L'enfant muet s'est réfugié dans l'homme

Il écoute la pluie sur les toits bleus

Les cœurs sont effondrés, le clocher sonne

Que faire sans toi quand il pleut ?

 

Ma vie ne fut que cet échec du rêve

Je ne brûle plus, non : ce sont mes liens

Les sabots des armées m'ont piétiné sans trêve

J'écris dans le ciel vide et vous n'y lirez rien

 


Paroisse

 

Des femmes sont assises dans l'hiver

Le long de la radio, sur un dernier travail

C'est tard la nuit, il est déjà dans les dix heures

Depuis longtemps dorment dans les chambres glacées

Des enfants protégés du mal par un signe de croix

Des femmes sont assises dans l'hiver. Il fait grand froid.

 

A la gare on attend encore le train de Combourg et Dol

Dans la prairie les gitans guettent le sommeil des chevaux

Ils ont plié le cirque dérisoire et ils s'en vont. Demain

Les maçons ne travailleront pas sans doute à cause du gel

Demain il y a messe pour la jeune fille qui est en deuil

De Nantes vient le givre avec ses cuivres. Il fait grand froid.

 

Paroisse de l'année soixante. O périphérie de la paix

Femme posée comme une lampe à huile dans le silence

Rassemble dans cet écrin-là tous tes enfants. Emporte-les

Vers le bon dieu et qu'on ne nous sépare pas

Demande-lui si c'est bien demain que le payeur passe

Et quand va-t-on enfin goudronner la rue. Tu as froid.

 

Tu fermes la radio. Tu montes en faisant attention

Vers un endroit que je t'ai préparé dans ma mémoire

Et qui s'est détaché de moi pour vivre, comme une chanson

Où tu es bien parce qu'on ne nous séparera pas.

 

 


La nuit on ne peut ...

 

 

La nuit on ne peut vraiment plus échapper

On rentre dans une grange à la charpente

Inquiétante comme l’éternité

 

Les amis d’enfance dorment dans le foin, 

Quelquefois l’un d’eux s’éveille

Et me regarde, et se rendort.

 

Il y a de très jeunes filles, dont je suis éperdument

Amoureux

Un peu de leur neige sur mon épaule est restée

Il y a si longtemps et la neige est restée

La nuit on ne peut vraiment plus échapper ...

 

Je sors en douce de ma vie par la porte du fond

Ou êtes-vous, ou êtes-vous, la nuit vous découvre et  vous couvre ou êtes-vous

Est-ce que vous me cherchez aussi, dites si nous allions, 

Comme autrefois dormir dans des décors de hasard avec de bons feux d’odeurs

Est-ce qu’on nous permettrait d’y mourir

Enfant perdu, enfant puni, est ce que vous rodez autour du parc interdit 

Où le jour et la nuit Dieu vous accueille juste pour vous donner l’avant-goût du retour

 

 


 

Pour la discographie et tout le reste il faut absolument aller sur son site : http://velen. chez.tiscali.fr/bertin/index1.htm

 

 

 Jacques Bertin (suite) : lettre à Jacques Bertin


 

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