Jean Vasca

Un chant dans l’épaisseur des mots, un chant de révolte et d’amour

 

 

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Il n'est que temps de rendre hommage à Jean Vasca. Par la force d'un texte de Bruno Ruiz cela est accompli.Cette présentation de Jean Vasca sera poursuivie par un autre texte,  afin que le cercle de son écoute s'élargisse de plus en plus, à sa juste mesure donc infinie.


Voici ce bel hommage de Bruno Ruiz.


 

 

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A propos de Jean Vasca

 

Jean VASCA est pour moi l’un des derniers phares qui éclairent par intermittence l’océan d’une chanson qui m’intéresse de moins en moins. J’aime en effet la lumière obscure de son univers de soleil et de viande. Sa langue organique. J’aime la durée de sa marge et son sens de la fraternité. La cohérence de son parcours. L’obstination qu’il a de réaliser une œuvre dans un art de plus en plus asservi aux lois du marché, de la compétition, de la posture et de la séduction médiatique. À défaut d’être un pont entre Chanson et Poésie, il est le navire qui les traverse. C’est pour cela que j’ai besoin de cet amer quand je navigue. Il m’aide à survivre dans la bourrasque.


Couvert des prix les plus honorifiques, respecté par la profession, il a chanté dans les salles les plus prestigieuses, enregistré plus de disques qu’il n’en faut pour être crédible aujourd’hui. Étudié par les universitaires, il est une référence dans la chanson respectable.


Qui peut rester insensible, en effet, à la beauté de "Ces heures d’or, les soirs d’été, entre amis, à la tombée de la nuit" ? Qui peut rester indifférent à « Écoute le chant », cette célébration de l’immense poète turc Nazim HIKMET, ou encore « Amis soyez toujours », cet hymne à l’amitié partagée ?


On n’écoute pas Jean Vasca. On fréquente une langue, la sienne, faite de nos mots. Ces mots, comme des métaphores, souvent les mêmes, qu’il réhabite, renouvelant à chaque fois des trésors d’invention poétique. Car Jean VASCA n’est pas qu’un chanteur ou un poète. C’est un trouveur de langue. Un cuisinier du verbe. Une méthode pour se relever quand on est à terre.
Quand je me promène dans ses succursales, je ne suis jamais seul. J’y retrouve un peu des raisons pour lesquelles je fais ce métier de vivre. Je fais le tour de ses cathédrales. Parfois j’y entre, fidèle à la foi en cette incroyance que nous partageons, et je vous assure que le chemin devient plus simple. J’y retrouve un souffle ami pour affronter l’incohérence du monde.

 

 

Bruno RUIZ, Toulouse, 28 juin 2005, pour la revue RetroViseur.

 

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De révolte et d’amour

 

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À l'étal en plein-vent sur la place publique/Oser haut son amour en donnant de la voix/Pressentir sous la plaie d'impossibles printemps/Quand poussent infiniment les ongles de l'hiver Se savoir désarmé peut-être mais vivant/Avec dans ses filons l'or de l'imaginaire. Jean Vasca.



Dans les cabarets de la mémoire qui regorgent de grains sous les poutres de la ferveur, Jean Vasca a mis au frais de la rivière des mots de grandes brassées de chansons (plus de vingt albums, le 21éme est déjà de 2003 « Le meilleur du pire ») et de textes (sept recueils de poésie au moins).
Homme debout il chante pour l’amitié et l’amour du monde.
« Depuis déjà plus un bon quart de siècle, quelque chose sur le cœur et dans la gorge, et loin, profond, palpitante pépite, la volonté de vivre « en chanson dans le texte ». » (Jean Vasca).


Après avoir dans les années 1970, avec entre autres Jacques Bertin, porté l’honneur de la chanson en redonnant du sens aux mots de la tribu, Jean Vasca aura chanté et vécu avant tout comme « citoyen d'un monde encore possible ». Il aura pressenti les chants qui se lèvent. Il est la belle jonction entre la poésie et la chanson ayant fait sienne cette phrase de Luc Bérimont :
« La poésie ne guérit pas de la chanson. Elle se console mal d’avoir été séparée, divisée comme au couteau, de la compagne qui réchauffait son souffle. »
Jean Vasca aura recousu, cœur contre cœur, les deux qui s’en vont consolées dans sa parole entre flamme des mots et feu blanc de sa voix. Il a cristallisé "la pratique poétique de la chanson". Lui « l’affamé d’infini » aura été face à face avec chaque fibre de la chanson. Il aura traqué « la clarté et l’incandescence » jusqu’à la plus infime palpitation de la vie, « désespérément la vie ». Vasca avec sa voix rauque porte haut le verbe et la flamme, l’humanité et la dureté de vivre. Pourtant sa timidité semble en faire un non-chanteur, et la scène semble lui paraître parfois comme une fosse aux lions dont il se protège par un rempart de musiciens. Il chante avec ferveur, comme il peut avec sa voix de train de nuit.


Qu’importe l’art du chant quand il faut sauver du naufrage du monde des grappes d’espérance. Il se jette à la scène comme on semble se noyer, il se jette en plein soleil comme un orage. Et passe alors l’émotion d’un homme vrai, haut en morale et en éthique. Ses hymnes deviennent des aphorismes de vie, des leçons de morale ardentes. Vasca est plus un poète qu’un chanteur, et quand il salue les bras en croix détaché de la cène de l'amitié, il sait que la grappe noire de ses cris a passé en nous, comme la vie. Il sourit rassuré sur la vie. Il sait que son soleil intérieur a débordé en nous. Expert en mots et en cuisine, il aura fait de la fidélité une religion, de l’exigence sa règle de vie. De son enfance à Charleville, il semble avoir gardé ce côté sanglier obstiné et solitaire. Dans le taillis et le maquis de la chanson, il a tracé sa route. Dès le début des années 60 il chante « bon gré, mal gré » dans les cabarets.
Son premier enregistrement date de 1963. Et puis la route aux chansons va dérouler les bornes de la mémoire pendant quarante ans. Jean Vasca porte une attention nouvelle aux expérimentations musicales de musique électronique ou autres. Il ne sera pas que le chanteur à guitare cloué comme un papillon de collection près d'un micro. Il ouvre des voies. Des voies d'eau pour que la mer entre enfin. Il est des chanteurs qui laissent des chansons, certains laissent des œuvres.


« Les chansons de Jean VASCA sont une des pièces fondamentales de la chanson d'auteurs, un astre solaire fou de poésie qui éclaire nos doutes avec ses textes et ses musiques parfois envoûtantes... De disques en disques, Vasca installe une œuvre qui a tout à voir avec la poésie cruciale de notre temps. Il est dans son espace, au jour le jour dans tous les interstices d'une création sans concessions, mais rutilante dans tous nos paysages. » (Christian Verrouil).
Jacques Bertin parle souvent de Jean Vasca, de « ce vieil adolescent, grognon » et essentiel. De cet homme tellurique qui a tant soif de fraternité.
« Rien d’un chanteur, tout pour la chanson. Affirmons ceci : Jean Vasca est dans sa génération, le plus important des poètes de la chanson… Dès ses débuts, vers le milieu des années 1960, il est allé vers un univers extraordinairement personnel… Un certain nombre des chansons les plus belles du siècle sont de lui. »
Jean Vasca ne se veut que « rémouleur de l’imaginaire » Jacques Bertin.
Vieil astre, vieil ours, ayant si longtemps chanté « le cul sur l’enclume », Vasca a cassé tous les miroirs de l’indifférence.


Non la poésie ne fout pas le camp Vasca, puisque tant que râblé et coléreux, tu sembles nous dire que dans l’épaisseur du temps il y a aura toujours des veilleuses qui tremblent.
Et les poings serrés son fier blason reste : « Où bon me chante, où bon me saigne ! ».
Avec Jean Vasca, cœur battant de la chanson, la vie n’aura jamais été bouclée à double tour. Ferveur, ferveur. Il va au bout : « si je chante ou crie, c’est à contre-mort, contre le silence et le désaccord ». Ses chansons ont cogné contre tous les murs et les murs se sont fissurés. Il reste pour nous un feu vivant, une torche allumée contre la glaciation du monde. Vivant ! Vibrant ! Vivant !
Jean Vasca s'est pour l'heure retiré quelque part dans un paysage loin de Paris et de la chanson. Il reçoit ses amis et devient Fée Mélusine des cuisines. Son dernier disque, « Le meilleur du pire », de 2003 n’a pas pour l’instant de petit frère.
« L’artiste le plus novateur est peut-être celui qui avance au plus loin dans son âme avec sa bougie à la main. » dit son ami Jacques Bertin. Jean Vasca tient très haut cette bougie.


Il demeure dans l’été de l’être.
L’été d’être, c’est la pleine saison.
Pleine saison de l’âge des artères.
Pleine saison du poème, qu’il soit dit, écrit ou chanté.
Pleine saison de l’incarnation en équilibre entre le oui et le non, entre la révolte et la célébration.
C’est ici, maintenant, que tout peut refleurir, une fois de plus, dans la lumière neuve et fécondante d’être au monde.

Jean Vasca

 

Gil Pressnitzer

 

 
 
 

 

 


 

 

Textes de Jean Vasca

 

 

 

Amis soyez toujours


Amis soyez toujours ces veilleuses qui tremblent
Cette fièvre dans l'air comme une onde passant
Laissez fumer longtemps la cendre des paroles
Ne verrouillez jamais la vie à double tour


Je suis là cœur battant dans certains soirs d'été
A vous imaginer à vous réinventer


Amis soyez toujours ces voix sur l'autre rive
Qui prolongent dans moi la fête et la ferveur
Des fois vous le savez il fait encore si froid
Le voyage est si long jusqu'aux terres promises
Je suis là cœur battant dans tous les trains de nuit
Traversant comme vous tant de gares désertes


Amis soyez toujours l'ombre d'un bateau ivre
Ce vieux rêve têtu qui nous tenait debout
Peut-être vivrons-nous des lambeaux d'avenir
Et puis nous vieillirons comme le veut l'usage
Je suis là cœur battant à tous les carrefours
A vous tendre les mains dans l'axe du soleil


le fou sacré


Je veux saluer ici
Ceux qui n'ont jamais trahi
Ceux que révolte l'injustice
Ceux qui rament dans les coulisses
Militants bleus des matins gris
Ceux qu'on méprise et qu'on oublie
Ceux qui n'ont pas baissé les bras
Là devant l'ampleur des dégâts Les sans-grade, les anonymes
Qui n'ont pas vécu pour la frime


Je veux saluer ici
Ceux qui n'ont jamais trahi
Ceux qui sont dans l'axe du chant
Toujours du poème vivant
Les fidèles qui restent debout
Qui résistent encore malgré tout
À colmater toutes les fissures
D'un rêve qui a la vie dure
Compagnon d'une rive à l'autre
Que cette chanson soit la vôtre

 

L'Ogre


J’ai faim de mondes infinis
Vieille soupe d’astres et de songes
De ce pain bleu des galaxies
Qui fume encore et me prolonge
J’ai faim d’îles et d’archipels
Où mijotent d’autres saveurs
Faim d’une faim originelle
Venue de l’espace intérieur
J’ai faim de ces couleurs qui crament
De cette lumière sabre au clair
Faim dans ma chair et dans mon âme
De tous les fumets de la terre
J’ai faim d’un vertige de femme
Pétrie de nuits et de marées
Quand le grand désir qui s’enflamme
Ouvre le sexe de l’été
J’ai faim d’une fraternité
Qui tremble de toute sa treille
Faim des vivantes vérités
Des évidences du soleil
J’ai faim d’une vie à ras bords
Qui dégorge sa sève noire
De cette vie qui se dévore
Dernière tablée du hasard
J’ai faim de cette éternité
De ce ciel vide qui me coiffe
Que la mort en meure bouche bée
À la fin de l’envoi j’ai soif.


Le cri, le chant, Le Cherche-Midi éditeur, 1988 Album L'Ogre, 1988



 


 

 

Discographie

 

 

2008 : Jean Vasca compilation 1967-1974

2008 : Jean Vasca compilation 1975-1980
2008 : Jean Vasca chanté par jean Vasca et Marc Ogeret Poètes et chansons

2007 : Un aller simple pour Mars

2003 : Le meilleur du pire

2001 : un plateau de fruits de mer

2001 : Serviteur

1999 : Le fou sacré

1997 : La machine imprévisible

1996 : En attendant les orages

1995 : Entres autres et pour mémoire

1994 : L’atelier de l’été

1993 : De révolte et d’amour

1990 : Ouvert la nuit

1988 : L’ogre

 

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Site sur Jean Vasca

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Date de mise à jour :29/11/2009