Lucian Blaga

Un simple porteur de chants de la terre et des étoiles

 

 

 

 

Blaga

Combien amère est toute parole
c’est pourquoi, laissez-moi
marcher en silence parmi vous,
et venir à votre rencontre les yeux fermés.
(Aux lecteurs, Blaga)

 

Lucian Blaga est un des plus grands poètes roumains, mais qui fut autant un philosophe considérable, au moins l’égal de son compatriote plus connu, E.M Cioran.


Il aura été également un auteur dramatique important et un romancier. Mais il restera aussi comme un prisonnier politique du régime communiste, qui va le contraindre au silence et le conduira à l’épuisement, puis à la mort.


Très marqué par sa Transylvanie natale, il a élaboré au cours des années trente une métaphysique de la culture et de l'inconscient qui fait du village, de ce lieu de vie, la prise de conscience de soi, prônant l'idée que l'histoire et le folklore sont des domaines fondamentaux pour affirmer l'individualité d'un peuple. Le facteur spirituel est, selon lui, l'élément essentiel de la structure de l'âme paysanne.


Il veut restituer cet « incomparable et inaliénable patrimoine ».
« L’univers familier du village natal est synonyme des profondeurs intimes de l'âme, le refuge, le repère et le repaire, le berceau, la source dans laquelle le poète puise sa sève vitale et créatrice. »

Il va défendre sans cesse la langue roumaine, car « La langue est le premier grand poème d'un peuple. »

Il n’est pas un théologien proprement dit, quoique fils de pope, ni apologiste de l'orthodoxie dont il se détache, car pour lui Dieu n’est que silence. Mais il reste fortement marqué autant dans sa philosophie que dans sa poésie, par la problématique et la sensibilité chrétiennes, tout en étant miné par le doute, et la force des mythes primitifs.

 

« Père aveugle, sois tranquille, il ne se passe rien.
Seule là-haut une étoile
Se détache de son ciel avec une larme d'or. »

 

C’est son œuvre poétique entre mysticisme et sorte de force primitive qui sera ici évoquée.
Il avait d’ailleurs écrit : « Je crois que l’éternité est née au village »
Et dans son Éloge d’un village roumain, il fait de ce lieu l’antidote de la vie dans les villes, sources de vie « dans le fragment, la relativité, le concret mécanique, dans une tristesse constante, et dans une superficialité lucide ».
Le village a donc une âme qui permet de se fondre dans l’infini, dans la spiritualité collective et anonyme.


« L’âme du village palpite près de nous
Comme une odeur timide d’herbe coupée,
Comme une chute de fumée des avant-toits de paille… »

 

Lucian Blaga, comme collaborateur de la revue Gandirea, (La pensée), la principale revue roumaine dans l'entre-deux-guerres cherchait, à cette époque, à revigorer l'esprit national roumain en revalorisant les particularités nationales et la spiritualité du peuple.
Lucian Blaga s’est impliqué dans la construction d'une idéologie nationale recherchant la « spécificité roumaine, dans le prolongement des courants traditionalistes, sur l'idée que l'histoire et le folklore sont des domaines importants pour affirmer l'individualité d'un peuple. Lucian Blaga a ajouté le facteur spirituel qui serait, selon lui, l’essence du monde paysan.
Mais contrairement au climat ambiant en Roumanie très nationaliste, mais fortement antisémite et raciste, il restera ouvert et tolérant, homme pur en somme. Et, à plusieurs reprises, il vient en aide aux ressortissants de cette communauté juive.
Lucian Blaga se démarque comme « un esprit libre, humaniste qui rejette toute forme de violence, verbale ou physique, dirigée contre Autrui. » Il porte des convictions profondément humanistes et démocratiques sans le moindre chauvinisme et antisémitisme.


On ne saurait pas en dire autant de ses compatriotes Ionesco et Cioran, qui sombrèrent dans le nationalisme antisémite.
Il est aussi particulier, car il va refuser l’exil, comme tant d’autres intellectuels roumains, juifs ou non, comme Fondane, Voronca, Brancusi, Tzara, … car la plupart des intellectuels roumains qui se sont fait une renommée mondiale, a quitté la Roumanie avec son milieu culturel si conservateur. Lui croyait changer son pays de l’intérieur, mais entre l’étau académique et celui du communisme, il sera contraint au silence.
Il était un grand admirateur de l'artiste roumain Constantin Brancusi, parti lui aussi d'un petit village roumain pour conquérir le monde.

Se taire et contempler simplement la terre face aux questions existentielles sans réponses sera sa réponse. Et il chantera humblement :

 

Nous ne sommes que des porteurs de chants
sous le noir terreau des cieux,
rien que des porteurs de chants
devant la fermeture des portails,
mais nos filles enfanteront Dieu
ici même où la solitude aujourd’hui nous tue.

(L’étoile la plus triste ; traduit du roumain par Sanda Stolojan)

Blaga

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Muet comme un cygne

 

Lucian Blaga

Autoportrait

 

Lucian Blaga est muet comme un cygne.
Dans sa patrie
la neige de l'être tient lieu de mots.
Son âme est en quête,
quête muette et séculaire,
depuis toujours,
jusqu'à l'ultime frontière.

Il va cherchant l'eau où boit l'arc-en-ciel.
Il va cherchant l'eau
où l’arc-en-ciel
boit sa beauté et son néant.

(Dans le grand passage, traduction Jean Poncet)

 

Lucian Blaga naît le 8 mai 1895 dans le petit village transylvanien de Lancràm. Fils de pope, l'enfant ne prononça pas, dit-on, un seul mot jusqu'à ses quatre ans. Dans son poème "Autoportrait", il dira encore : "Lucian Blaga est silencieux comme un cygne."
Sa famille comprend un père prêtre instruit dans la culture allemande, sa mère enracinée à la terre, et huit frères et sœurs. Il est le neuvième et dernier enfant, tard venu au langage.

.
« Le penchant pour la philosophie, je l'ai hérité de mon père, un homme qui a lu énormément, qui connaissait parfaitement la philosophie allemande, un homme qui avait de très vastes connaissances autant en musique qu'en mathématiques. Le penchant poétique et la vigueur, la productivité, je les ai hérités du côté de ma mère. C'est elle qui m'a transmis aussi le sens profond de la superstition, du conte, du magique et de la religion [ ... ] Par ma mère, je me sens attaché à la terre. »

 

Son enfance est donc placée sous le signe de « l'incroyable absence du mot. », qui lui fera se méfier des paroles vaines.
Après les années de primaire dans sa ville natale, il entre au collège Andrei Saguna de Bragov. Il y reste de 1906 à 1914 et, quand éclate la Grande Guerre, entame des études en théologie à Sibiu.

Il publie ses premiers poèmes à 15 ans.
Diplômé en 1917, il publie son premier article philosophique sur la théorie de Bergson du temps subjectif.

Pendant trois ans encore, il assiste aux cours de philosophie de l'Université de Vienne avant de passer son doctorat en philosophie en 1920, avec sa thèse « Kultur und Kenntnis », culture et connaissance.
Il avait déjà publié en 1919 « Poemele lumini »,   les poèmes de la lumière ) et un recueil d’aphorismes « Pierres pour mon peuple ».

 

De retour dans une Roumanie réunifiée, il travaille pour différents journaux transylvaniens et tient notamment une chronique pour Culture à Cluj.

D’abord journaliste, il entre dans la carrière diplomatique en 1926, il est successivement en poste à Varsovie, Prague, Vienne (1932), Berne et Lisbonne (1938). Élu à l'Académie roumaine en 1937, il y prononce, comme discours d'entrée, son célèbre "Éloge du Village Roumain."
Deux ans plus tard, il devient professeur de philosophie à l'Université de Cluj. À partir de 1943, il est rédacteur-en-chef du magazine Saeculum.
En 1948, Blaga, qui a refusé d'apporter son soutien au nouveau régime communiste, doit démissionner.
En 1948 il est exclu de l'Université et de l'Académie Roumaine.
Ses livres sont sortis des bibliothèques et des librairies, et il est interdit de publication.

De 1949 à 1959, année de sa retraite, il travaille comme chercheur à l'Institut d'Histoire et de Philosophie de Cluj, puis comme conservateur à la Bibliothèque de l'Académie de Cluj.


En outre Blaga a été interdit de publier son travail universitaire, étant seulement autorisé à publier des traductions, dont celle du Faust de Goethe en 1955, la première en langue roumaine, avant qu'il ne soit finalement envoyé dans les prisons communistes .
Le régime communiste le réduit donc à l'isolement, en allant jusqu'à s'opposer à ce qu'il puisse obtenir le prix Nobel en 1956 par l’Académie Royale de Suède qui l'a nominé. Le régime fait fortement pression sur le jury, en envoyant des émissaires à Oslo, et lâchement l’académie Nobel cédera, nommant Ramon Jimenez à sa place.
Lucian Blaga avait été proposé pour le prix Nobel par Rosa del Conte, Mircea Eliade et Basil Munteanu.
Il va vivre en exil intérieur à Cluj, épié, marginalisé, parfois emprisonné.


Lucian Blaga décède à Cluj, le 6 mai 1961, des suites d'un cancer, et aussi de fatigue, peu après sa dernière libération quelques années plus tôt. Il a été enterré dans son village natal, Lancràm.


Ses poèmes seront enfin autorisés de parution en Roumanie l'année suivante.

Sa poésie est surtout publiée dans son recueil Poèmes de la lumière (1919) et dans un choix de poèmes publiés après sa mort L'étoile la plus triste.
Ses derniers poèmes datent de 1960.

 

Chanter la grande traversée

 

 « Après avoir découvert que la vie n'a aucun sens, il ne nous reste rien d'autre à faire que de lui donner un sens. » Lucian Blaga.

 

Et Lucian Blaga a tenté de donner un sens  avec sa vision presque panthéiste du monde et son immense humanisme.
Lucian Blaga accorde dans son œuvre (essais, poèmes et surtout pièces de théâtre) une place spéciale à la mythologie nationale roumaine. Il essaie de consolider la communauté roumaine autour de valeurs « éternelles ». Il veut montrer que l'identité nationale se fonde sur des constructions plus anciennes, comme les mythes, la tradition, les coutumes.

Il sera le poète lyrique et désenchanté de « L’étoile la plus triste. »


Écartelé entre le rêve et le néant, Lucian Blaga veut franchir le grand passage. Celui vers les étoiles, et l’intérieur de soi-même.
Porteur de chants, porteur de chagrin, il élabore une poésie originale qui joue avec la langue roumaine. Il la rend à un certain mysticisme primitif, en désarticulant les formes habituelles : phrasse souvent disloquées, images sans épithète, sujets souvent non déterminés…

 

Alléluia, aujourd’hui plus que jamais
je suis le frère fatigué
du ciel d’en bas
et de la fumée tombée de l’âtre.
(Fumée penchée, l’étoile la plus triste)

 

Il arrive parfois aux rives de l’expressionnisme, et ses images saisissantes ne sont là que pour appréhender le grand tout. Se méfiant des paroles « poétiques » il interroge la terre, et son village natal est souvent en filigrane. Le village devient le seuil du monde, le lieu où s’abaissent les étoiles. Il semble habité par « une mélancolie cosmique », et les étoiles sont omniprésentes dans ses poèmes.


«L’éternité, vois-tu, est née au village.
Ici les pensées viennent sans se presser,
et le cœur frappe des coups plus espacés,
comme s’il ne battait plus dans ta poitrine,
mais quelque part au fond de la terre. » (Âme du village).


Lucian Blaga affirme que « Le chemin du poète le conduit toujours aux sources. »
Il semble se réfugier par les mots dans un village archaïque et mythique, en fait son enfance taiseuse.
Et  il recherche une sorte de plénitude vitale, lui qui est bordé de tristesse et de doutes. La réalité de la terre, l’infini de l’éternité sont les deux bornes de son chemin, de sa grande traversée. Celle qui va lentement vers la mort, comme une procession mystérieuse, vers les ancêtres.
Taraudé par le sentiment des origines et par le sentiment de tout un monde inconnu en lui, Lucian Blaga écrit une poésie mystérieuse, striée de silences, de non-dits.
Sa poésie est aux aguets, à l’écoute anxieuse, en attente de révélation sur les énigmes du monde.

On vit pour comprendre le tout
et où un jour on s’y perdra.
Un Dieu profond, profond et bleu,
c’est la mer qui nous engloutira. (La caravelle)

 

Sa poésie souvent à mi-voix, est frémissante d’absence, oreille collée aux frémissements des mystères. Elle est contemplation, silences souvent. Elle est hantée par un dieu caché, retiré, à jamais muet.
« Dieu enfermé dans son ciel comme dans un cercueil. »
Il a en fait une approche négative de Dieu, et sa poésie n’est pas religieuse, mais cosmique et métaphysique, autant chrétienne que païenne.
Et le sens de sa poésie, il le définit ainsi :
« Deviner intuitivement les sens cachés des choses, les traduire en images qui expriment en les résumant des pressentiments profonds . »

 

Lucian Bagla nous apprend à nous pencher sur nos énigmes. Et « l’ombre du monde a passé sur son âme. »

 

Tes oreilles ont-elles retenu une seule parole ?
Laisse là le dit du sang
tourne ton âme vers le mur
et tes larmes vers le couchant.

 

Gil Pressnitzer

Source :L’Étoile la plus triste, traduit et présenté par Sansa Stolojan.

 


 

 

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Choix de textes

 

Nous les chanteurs lépreux

 

Consumés par nos blessures secrètes nous traversons le siècle.
Rarement nous levons encore nos regards
vers les rivages verdoyants du paradis,
ensuite nous baissons la tête encore plus tristes qu’avant.
Pour nous le ciel est verrouillé et verrouillées sont les cités.
En vain les chevreuils viennent boire dans nos mains,
en vain les chiens s’agenouillent devant nous,
nous sommes désespérément seuls au mitan de la nuit.
Amis qui m’accompagnez,
buvez du vin, réchauffez-vous,
répandez vos regards sur les choses.
Nous ne sommes que des porteurs de chants
sous le noir terreau des cieux,
rien que des porteurs de chants
devant la fermeture des portails,
mais nos filles enfanteront Dieu
ici même où la solitude aujourd’hui nous tue.

 

(L’étoile la plus triste ; traduit du roumain par Sanda Stolojan)

 

Fin

 

Frère, tout livre te semble une maladie vaincue.
Mais celui qui t’a parlé est sous terre.
Il est dans l’eau. Il est dans le vent.
Ou plus loin peut-être.

 

Avec cette page je ferme la porte, je pousse le verrou.
Désormais je serai ailleurs, en haut ou en bas.
Toi, éteins ta bougie et interroge-toi :
où va le mystère des choses vécues ?

 

Tes oreilles ont-elles retenu une seule parole ?
Laisse là le dit du sang
tourne ton âme vers le mur
et tes larmes vers le couchant.

 

(L’étoile la plus triste ; traduit du roumain par Sanda Stolojan)

 

Psaume

 

Ta solitude cachée m’a toujours fait souffrir
Seigneur, mais que pouvais-je faire ?
Enfant, je jouais avec toi,
je te démontais par l’imagination comme on bricole un jouet.
Plus tard ma sauvagerie l’emporta,
mes chants périrent
et sans t’avoir jamais senti proche
je t’ai perdu pour toujours
dans la terre et le feu, sur les eaux et dans les airs.

 

De l’aube au crépuscule
je ne suis que fange et blessure.
Toi tu t’es refermé dans ton ciel comme dans un cercueil.
Oh, si tu n’étais plus apparenté à la mort
qu’à la vie
tu me parlerais. Où que tu sois,
au fond de la terre ou dans les contes, tu me parlerais.

 

Seigneur, montre ta face dans les épines d’ici-bas
afin que je comprenne ce que tu attends de moi.
Me faut-il saisir au vol la lance envenimée
jetée d’en bas par ceux qui cherchent à te blesser sous l’aile ?
Ou ne réclames-tu rien ?
Tu es l’immuable, l’identité muette
(arrondi en soi a est a),
tu ne demandes rien, pas même une prière.

 

Vois, les étoiles font leur entrée dans l’univers
en même temps que mes interrogatives tristesses.
La nuit est sans fenêtres sur le monde.
Seigneur, désormais que vais-je devenir ?
Laisse-moi me défaire en toi, me dépouiller de mon corps
comme d’un vêtement abandonné en route.

 

(L’étoile la plus triste ; traduit du roumain par Sanda Stolojan)

 

La grande traversée

 

Le soleil au zénith tient la balance du jour.
Le ciel se donne aux eaux d’en bas.
En passant, les bestiaux aux yeux sages
regardent sans épouvante leur image dans les rivières.
Les feuillages profonds referment leur voûte
sur une longue et ancienne histoire.

 

Rien n’aspire à être autrement.
Seul mon sang crie à travers les forêts
après sa lointaine enfance,
comme un vieux cerf
à la recherche de sa biche perdue dans la mort.

 

Peut-être a-t-elle péri sous les rochers,
la terre l’a peut-être engloutie.
J’attends en vain de ses nouvelles,
seules les grottes résonnent,
et les ruisseaux demandent à couler en profondeur.

 

Sang muet,
oh si seulement les bruits se taisaient, comme on entendrait
les pas de la biche à travers la mort.
J’avance hésitant sur mon chemin –
et comme l’assassin qui bâillonne
un cri vaincu,
je ferme avec mes poings toutes les sources
pour qu’elles se taisent à jamais,
à jamais.

 

(L’étoile la plus triste ; traduit du roumain par Sanda Stolojan)

 

La poésie (Poezia)

 

Un éclair ne vit
à lui seul, dans sa lumière,
qu’un instant, ce que dure
son chemin du nuage jusqu’à l’arbre
désiré, avec lequel il s’unit.
La poésie – pareille s’avère.
Seule, dans sa propre lumière
elle dure ce que dure:
la distance du nuage jusqu’à l’arbre,
de moi, jusqu’à toi elle dure.

 

Traduit du roumain par Veturia Draganescu-Vericeanu

 

Silence au milieu des vieilles choses

 

Ma montagne est toute proche, ma chère montagne.
Entouré de vieilles choses
couvertes de mousse depuis le commencement du monde,
dans le soir aux sept soleils noirs
porteurs de bonnes ténèbres,
je devrais être heureux.
Le silence règne en suffisance dans le cercle
qui tient ensemble les douves de la voûte.
Mais il me souvient du temps où je n'étais pas encore,
comme d'une enfance lointaine,
et j'ai grand regret de n'être point resté
au pays sans nom.
Pourtant je me dis :
les étoiles dans le ciel ne font pas de tapage.
Oui, je devrais être heureux.

 

(Dans le grand passage, traduction Jean Poncet)

 

L’âme du village

 

Enfant, pose tes mains sur mes genoux.
L’éternité, vois-tu, est née au village.
Ici les pensées viennent sans se presser,
et le cœur frappe des coups plus espacés,
comme s’il ne battait plus dans ta poitrine,
mais quelque part au fond de la terre.
Ici la soif de rédemption peut s’étancher,
et si tu sens que tes pieds saignent
tu peux les reposer à même la glaise.
Le soir venu,
l’âme du village nous effleure.
Elle passe pareille à la senteur discrète des foins,
à la fumée tombée d’un auvent de paille,
au jeu des chevreaux sur des tombes plus hautes.

 

(L’étoile la plus triste ; traduit du roumain par Sanda Stolojan)

 

Le secret de l’initié (Taina initiatului, 1924)

 

Dernier jour. Homme, c’est vrai :
De tout ce qui a été,
Rien n’a changé.
En haut, tourne le même ciel,
En bas, s’étend la même terre.
Mais un chant a surgi, au large,
Profond et mystérieux, au large.
On dirait que, dans les profondeurs, les cercueils
Ont cédé et que s’en sont envolés
Vers le ciel d’innombrables alouettes.
Homme, le jour du jugement
Est pareil à tout autre jour.
Fais plier tes genoux,
Tords-toi les mains,
Ouvre les yeux, étonne-toi.
Homme, je t’en dirais bien davantage,
Mais c’est en vain…
D’ailleurs, des étoiles se lèvent
Et me font signe de me taire.
Et me font signe de me taire.

 

Dans la grande traversée (In marea trecere, 1924) – Traduit du roumain par Philippe Loubière.

 

Mémoire (Amintire, 1924)

 

Où es-tu aujourd’hui, je l’ignore.
Autrefois les vautours volaient plus haut que Dieu au-dessus de nous.
Je sombre dans la mémoire, tout cela est si loin !
Sur les vieux sommets où le soleil sort de terre,
tes regards d’azur montaient jusqu’aux dernières altitudes.
Une rumeur de légende s’élevait par-dessus les sapins.
Le lac sacré était l’œil souverain.
Au fond de moi jusqu’à ce jour on parle encore de toi.
Des eaux mortes s’écoulent de mes cils.
Je devrais faire place nette,
oui, je devrais faucher l’herbe là où tu as passé.
Sur mon épaule pèse la faux du négateur
et la dernière tristesse me ceint les reins.

 

(Dans la grande traversée (În marea trecere, 1924) – Traduit du roumain par Sanda Stolojan.

 

Silence (Liniste, 1919)

 

Le silence est si grand tout autour, qu’il me semble
entendre les rayons de lune se heurter aux fenêtres.

 

Une voix étrangère
s’est éveillée dans mon cœur
et un désir chante en moi une nostalgie qui n’est pas mienne.

 

On dit que des ancêtres morts avant l’heure,
malgré leur sang jeune,
leur sang passionné,
leur passion ensoleillée,
viennent,
viennent vivre
en nous
leur vie manquée.

 

Le silence est si grand tout autour, qu’il me semble
entendre les rayons de lune se heurter aux fenêtres.

 

Qui sait — ô mon âme, dans quel cœur,
aux douces cordes du silence,
à la harpe des ténèbres tu joueras
par-delà les siècles — ton feu étranglé
et ta joie de vivre brisée ? Qui sait ? Qui sait ?

 

Poèmes de la lumière (Poemele luminii, 1919) – Traduit du roumain par Paul Miclau.

 

Un homme se penche

 

Je me penche :
suis-je au-dessus de la mer
ou bien sur la margelle
d’une pauvre pensée ? – Je ne sais.

 

Mon âme roule jusqu’au fond
telle une bague qui glisse
du doigt émacié par la maladie.
Viens, ô fin ! répands ta cendre sur toutes choses.
Il n’y a plus d’appel pour m’étourdir,
ni de chemin qu’il me tarde de parcourir.
Viens, ô fin.

 

Accoudé une fois encore
à ras de terre je me soulève,
l’oreille à l’écoute.
Il me semble entendre au loin
une eau frappant un rivage.
Autrement rien, rien,
rien.

 

(L’étoile la plus triste; traduit du roumain par Sanda Stolojan)

 

Je tiens le grand aveugle par la main

 

Je le conduis par la main à travers les forêts.
Nous laissons derrière nous des lieux peuplés d’énigmes.
Au hasard des chemins nous prenons du repos.
Dans l’herbe violacée et bourbeuse
des escargots humides remontent dans sa barbe.

 

Je lui dis : Père, la marche des soleils est propice.
Lui se tait – il craint les mots,
il se tait – car chez lui toute parole se fait aussitôt acte.

 

Sous la voûte de chênes drus
un essaim de moustiques lui pose une auréole.
Plus tard, lorsque nous repartons
je le vois tressaillir :
Père aveugle, sois tranquille, il ne se passe rien.
Seule là-haut une étoile
se détache de son ciel avec une larme d’or.

 

Sous les ombrages nous avançons toujours,
tandis que derrière nous des bêtes obscures
flairent nos traces
et dévorent doucement la terre
où nous avons marché et reposé.

 

(L’étoile la plus triste ; traduit du roumain par Sanda Stolojan)

 

BIOGRAPHIE

 

En quel lieu ni en quel temps je parus à la lumière, je ne sais,
seul dans l'ombre je me convaincs de croire
que le monde est un chant.
Je m'y accomplis étonné
un sourire étranger aux lèvres, en une ascension magique.
Parfois je prononce des mots qui ne sont pas les miens,
parfois j'aime des choses qui ne me répondent pas.
Mes yeux sont pleins de vents et de prouesses rêvées.
Je marche comme tout le monde :
tantôt pécheur sur les toits de l'enfer,
tantôt innocent sur les monts où croissent les lys.
Enfermé dans le cercle du même foyer
j'échange des secrets avec les aïeux,
peuple sous les pierres par les eaux purifié.
Le soir il m'arrive paisible d'écouter en moi
l'ininterrompu débordement
des contes d'un sang depuis longtemps oublié.
Je bénis le pain et la lune.
Le jour je vis ballotté par la tempête. La bouche emplie de mots éteints
j'ai chanté et je chante encore le grand passage,
le sommeil du monde, les anges de cire.
Sans rien dire je fais passer d'une épaule sur l'autre
mon étoile comme un fardeau.

 

(Dans le grand passage, traduction Jean Poncet)

 

Terre

 

On s'est allongés dans l'herbe : toi et moi.
L'air fondu telle la cire sous les flammes du soleil coulait dans les champs comme une rivière.

 

Un silence sourd dominait la terre
et une question tomba jusqu'au fond de mon âme .
La terre, n'avait-elle rien à me dire ?
Cette terre trop immense dans son silence meurtrier, rien ?

 

Afin de mieux l'entendre j'ai posé mon oreille sur l'herbe -- incertain et soumis --

et sous la glèbe j'ai entendu les battements sonores
de ton cœur

 

la terre répondait

 

Traduction Paul Miclau

 

Le désir (Dorul, 1919)

 

Avide je bois ton parfum et je prends ton visage
entre mes mains comme on serre
en son âme un miracle.
Si proche l’un de l’autre, tes yeux dans mes yeux, que c’en est brûlure.
Et pourtant tu murmures à mon oreille que je te manque.
Mystérieuse et hantée de désir tu m’appelles comme si je vivais
exilé sur une autre planète.

 

Femme,
quelle mer portes-tu dans le cœur et qui es-tu ?
Ô, que s’élève encore une fois le chant de ton désir,
j’écouterai ta voix
et chaque instant sera comme un bourgeon gonflé
où fleurit en vérité – l’éternité.

 

Poèmes de la lumière (Poemele luminii, 1919) – Traduit du roumain par Jean Poncet.

 

Chanson pour l’an 2000

 

L’aigle qui fait des cercles tout en haut
sera alors depuis longtemps terreau.

 

Près de Sibiu, près de Sibiu, dans les vallées
il n’y aura que les chênes pour vous parler.

Et le passant me rappellera-t-il
à un étranger, dans leur heure subtile ?

 

Parler de moi, quelqu’un, je ne crois pas
Car mon histoire commencerait comme ça:

 

Par ici se promène et il revient toujours silencieux,
contemporain avec les papillons et avec Dieu.

 

(1943) Traduction Antonia Ilescu

 

Epilogue

 

Je m’agenouille dans le vent. Demain mes ossements
se détacheront de la croix.
Il n’y a aucun chemin de retour.
Je m’agenouille dans le vent :
près de l’étoile la plus triste.

 

(L’étoile la plus triste ; traduit du roumain par Sanda Stolojan)

 

Traductions personnelles

 

Charrues

 

Toi l’ami qui n’as grandi que dans la ville
sans compassion possible, comme un géranium dans un pot,
Toi l’ami qui n’as encore jamais vu
la campagne s’enlacer au soleil sous les poiriers en fleurs,
allez donne-moi la main,
viens avec moi, je vais te montrer les sillons du siècle.

 

Voilà que tu découvres à nouveau toutes les collines, sur elles
becs plantés dans le sol fécond, vois
les charrues, les charrues, les innombrables charrues,
immenses oiseaux noirs
descendus du ciel sur la terre.
Prends garde de ne pas les effrayer -
il faut t'en approcher en chantant.

 

viens avec moi- tout doucement.

 

(Dans le grand passage)

 

J’attends ma nuit profonde

 

Dans la voûte étoilée, là nage mon regard -
mais je sais que je porte aussi moi en mon âme
de multiples étoiles
et des voies lactées innombrables,
splendeurs des ténèbres.
Mais je ne les vois pas,
j'ai trop de soleil en moi
et je ne peux les voir.
J'attends que mon jour se couche
et que mon horizon ferme ses paupières,
j'attends ma nuit profonde, nuit et douleur,
que dans mon ciel tout s’obscurcisse
et qu'alors en moi se lèvent des étoiles,
mes étoiles,
que je n'ai encore
jamais vues.

 

(Dans le grand passage)

 

Point ne piétine la corolle de merveilles du monde

 

Point ne piétine la corolle de merveilles du monde
et point ne tue
de mes raisonnements les mystères que je croise
sur mon chemin,
dans les fleurs, dans les yeux, sur les lèvres ou sur les tombes.
D’autres avec leur lumière
étouffent  le charme impénétrable caché
au profond des ténèbres,
mais moi,
moi avec ma lumière j'amplifie du monde les mystères -
comme les blancs rayons de la lune
ne masquent point, mais au contraire
ravivent l'obscur frémissement de la nuit,
de même moi aussi j'enrichis moi aussi l'horizon ténébreux
des vastes frissons du mystère sacré
et tout l'incompris
devient énigmes plus grandes encore
sous mes yeux -
car j'aime tout à la fois
les fleurs, les yeux, les lèvres et les tombes.

 

(Poèmes de la lumière)

 

Mélancolie

 

Un vent solitaire essuie ses larmes aux fenêtres froides.
Il pleut.
et me viennent des tristesses indéfinies, mais toute la douleur,
que je ressens n’a aucune réalité en moi
ni dans le cœur,
ni dans la poitrine,
mais, dans les gouttes de pluie qui coulent.
Et à moi greffé le monde sans limites
avec son automne et sa nuit
me fait mal comme une blessure.
Traversant des montagnes des nuages aux mamelles pleines.
Et il pleut.

 

(Poèmes de la lumière)


Chanteurs malades

 

Nous portons en nous, sans larmes
une maladie dans nos chants.
Nous marchons à tout jamais
vers un soleil couchant.

 

Notre âme est épée de feu,
éteint dans son fourreau.
Ah, encore, encore, encore
les mots sèchent en nous endormis.

 

Un vent éternel résonne toujours
dans les branches des mélèzes
et courant de par le monde
nos ballades sont des passerelles.

 

Des lys blancs à la bouche
nous traversons des crépuscules.
Nous renfermons en nous-mêmes
notre fin sous une armure.

 

Nous portons en nous, sans larmes
une maladie dans nos chants.
Nous marchons à tout jamais
vers un soleil couchant.

 

Des blessures ouvertes portons
qui jaillissent sous notre veste.
Nous augmentons l’infini
d’un mystère, d’un chant.

 

(L’étoile la plus triste)

 

Sommeil

 

Nuit d’un seul bloc. Les étoiles dansent dans l’herbe.
Les sentiers se retirent dans la forêt et les grottes,
le garde forestier ne parle plus.
Les hiboux gris s’asseyent comme des urnes sur les sapins.
Dans le noir sans témoins
s’apaisent oiseaux, sang, pays
et les aventures où tu retombes sans fin.
Une âme s’attarde dans les brises,
sans aujourd’hui
sans hier,
Avec des rumeurs sourdes parmi les branches
s’élèvent des siècles chauds.
Dans mon sommeil le sang me quitte
comme une vague qui se retire de moi
et reflue vers les ancêtres.

 

(L’étoile la plus triste)

 

Mémoire (Amintire, 1924)

 

Où es-tu aujourd’hui, je ne le sais pas.
Autrefois des aigles au-dessus de nous traversaient Dieu.
Je glisse dans la mémoire, tout cela est si loin !
Sur la vieille terre où le soleil sort,
tes regards étaient bleus et montaient très haut.
Comme une légende une rumeur de légende s’élevait des arbres.
Le lac sacré était l’œil qui savait tout.
Au fond de moi aujourd'hui encore on parle de toi,
En moi des eaux s’écoulent ma mort.
Je devrais couper l'herbe,
Je devrais couper l'herbe que tu as été
la faux du reniement sur mon épaule
et la dernière tristesse me saisit.

 

(Dans la grande traversée (În marea trecere, 1924)

 

Crépuscule d’automne

 

Du haut des montagnes le crépuscule
aux lèvres rouges
souffle dans la rosée des nuages
et attise
la braise cachée
sous leur voile fin de cendre.

 

Un rayon
accouru, de l’ouest,
replie ses ailes et se pose, tremblant,
sur une feuille :
mais trop lourd la charge –
et la feuille tombe.

 

Oh, mon âme !
Cache-toi bien dans ma poitrine,
Au plus profond,
qu’aucun rayon de lumière
ne t’atteigne
tu t' effondrerais.

 

C'est l'automne

.

(Les pas du prophète)

 

Signal de l’automne qui tombe

 

Hier une voix profonde est venue  de haut
amère, amère, amère.  
Les anges meurent et ont laissé
beaucoup d’argile dans le pays.

 

Un signe sous le ciel hier
est passé sous le cercle de la tromperie.
Puis vent et martinet
ont disparu vers Saturne.

 

1931

 

Le mois de Mai s’abandonne

Nous nous souviendrons encore une fois trop tard
de ce simple hasard,
ce banc même où nous sommes assis,
Temple chaud près du temple.

 

Des étamines de noisette tombent comme cendres
Blanches sur les peupliers comme braises,
et au commencement veulent être fécondes,
floraison évanouie.

 

Le pollen tombe sur nous deux, 
petites dérives
 en cendres d'or,
Il se forme autour de nous en or fin, et il tombe
sur nos épaules et dans nos gènes.

Quand on parle il tombe dans nos bouches,
sur les yeux, vous ne trouvez pas le mot.
et nous ne savons-nous pas pourquoi
nous dérangeons la poussée peu profonde.

 

Nous nous souviendrons encore une fois trop tard
de ce simple hasard,
ce banc même où nous sommes assis,
Temple chaud près du temple.

Dans les rêves, dans les nostalgies, nous pouvons voir -
latentes dans la poussière d'or,
ces forêts qui peut-être auraient pu être,
mais jamais ne le seront, jamais ne pourront grandir.

 

(Poèmes de la lumière)

 

Nous et la terre

 

Tant d'étoiles tombent ce soir.
Le démon de la nuit tient la terre entre ses mains
et souffle des boules de flammes sur la Terre,
violentes, brûlantes.
Ce soir, alors que tant d’étoiles tombent,
votre corps de jeune sorcière
brûle dans mes bras
comme s’il était entre des flammes ardentes.

Dans la folie,
Je tends mes bras comme des pinces,
faire fondre la neige de vos épaules nues
et boire, de dévorer goulûment,
votre force, le sang, la fierté, votre printemps, tout.

À l'aube, quand le jour déclenche la nuit,
lorsque les cendres de la nuit sont parties, emportées
par le vent à l'ouest;
à l'aube, nous souhaitons également être
seulement des cendres, nous-mêmes,- la Terre.

 

(Poèmes de la lumière)

 

Aux lecteurs, « Catre cititori »

 

Ici c’est ma maison. Au-delà le soleil et le jardin avec ses ruches.
Vous passez sur la route, regardant au travers des grilles de ma porte
attendant que je parle. - Par où commencer?
Croyez-moi, croyez-moi,
on peut parler de tout et de n’importe quoi:
du sort, du serpent du bien,
des archanges qui labourent avec leur charrue
les jardins des hommes,
du ciel vers lequel nous nous dressons,
de la haine et de la chute, des tristesses et des crucifixions,
et, avant tout, de la grande traversée.

 

Mais les mots ne sont que les larmes de ceux qui auraient tant voulu
pleurer, mais n’ont pas pu.
Combien amère est toute parole
c’est pourquoi, laissez-moi
marcher en silence parmi vous,
et venir à votre rencontre les yeux fermés.

 


 

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Bibliographie

 

MeisterEn français

 

Éloge du village roumain et autres textes, Paris, L'Aube, 1990.
Les différentielles divines, Paris, Librairie du Savoir, 1990.
L'étoile la plus triste (choix de poèmes), Paris, Orphée-Éditions de la Différence, 1992.
Trilogie de la connaissance, Paris, Librairie du savoir, 1992.
Trilogie de la culture, Paris, Librairie du Savoir-Fronde, 1995.
Manole, maître bâtisseur, théâtre, Paris, Librairie bleue, 1995.
Lucian Blaga ou Le Chant de la terre et des étoiles (choix de poèmes et dossier réunis par Jean Poncet), Marseille, SUD, 1996.
Poezii / Poésies (édition bilingue, trad. française de Jean Poncet), Bucarest,1997.
Au fil du grand parcours, dans la traduction de Philippe Loubière, Ed. Paralela 45, 2003

 

En roumain

 

OEUVRE POETIQUE

 

Poemele luminii (Poèmes de la lumière), 1919
Pasii profetului (Les pas du prophète), 1921
În marea trecere (Dans le grand passage), 1924
Lauda somnului (Eloge du sommeil), 1929
La cumpàna apelor (Au partage des eaux), 1933
La curtile dorului (Au deuil du mystère), 1938
Nebànuitele trepte (Les marches insoupçonnées), 1945
Vârsta de fier (L'âge de fer), 1962
Coràbii cu cenusà (Navires de cendres), 1962
Cântecul focului (La chanson du feu), 1962
Ce aude unicornul (Ce qu'entend la licorne), 1962
1982 - 3 Poèmes posthumes

 

OEUVRE DRAMATIQUE

 

Zalmoxe (Zalmoxis), 1921
Tulburarea apelor (Eaux troubles), 1923
Daria, 1925
Fapta (L'action), 1925
Mesterul Manole (Maître Manole), 1927
Cruciada copiilor (La croisade des enfants), 1930
Avram Iancu, 1934
Arca lui Noe (L'arche de Noé), 1944
Anton Pann, 1965

Meister

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Date de mise à jour : 25/12/2013