Aharon Appelfeld invité du Marathon des mots 2006

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Des fragments de plusieurs romans d’Appelfeld ont été lus pendant le deuxième Marathon des Mots en juin 2006. La dernière rencontre s’est tenue au centre Hébraïca, le centre culturel juif de Toulouse le 18 Juin 2006 .

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Aharon Appelfeld 18/06/06

La joie communautaire

Aharon Appelfeld fait part, de façon un peu surprenante pour lui qui vise à l'universel, de son attachement communautaire et quasi viscéral :
« Je suis content d’être avec des juifs en nombre. Je suis très ému. J’aime les juifs car j’ai un destin commun avec eux. Un destin particulier qui est une incompréhension à laquelle se sont ajoutées la méchanceté et la haine. Lorsque je rencontre un juif, je suis heureux de le rencontrer.
Il porte cette transmission juive à la fois merveilleuse et maudite. Le destin juif n’est pas un destin sentimental ; il est dur, cruel et sec.
Je n’idéalise pas les juifs. Il y a en eux toutes les faiblesses qu’il y a en l’homme. Je m’intéresse aux faiblesses des êtres humains. La faiblesse, la fragilité, c’est notre essence.
J’étais né dans une famille juive bourgeoise et assimilée et j’étais fils unique.
J’ai vécu au ghetto puis dans un camp dont je me suis enfui à l’âge de 8 ans et demi. Et jusqu’à l’âge de 13 ans, j’ai vécu dans la forêt, auprès des prostituées et des bandits ».

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Aharon Appelfeld 18/06/06

Le silence…

« J’étais un enfant et personne ne voulait m’accueillir J’étais blond aux yeux bleus et je parlais couramment ukrainien, je n’avais pas l’air d’un juif. Cette apparence m’a sauvé. C’est un groupe de criminels ukrainiens qui m’a accueilli. A la maison j’avais terminé ma première classe. Ma deuxième classe a été ce passage de ma vie avec les criminels. J’ai connu tous les crimes et délits possibles. Je suis passé d’une bande de criminels à une autre bande de criminels. J’étais petit. J’étais maigre. Les voleurs de chevaux me faisaient entrer dans les écuries par la petite lucarne. Ensuite je devais aller ouvrir la porte. C’était terrifiant : imaginez ce qui se serait produit si le propriétaire de l’écurie m’avait trouvé là ! Ces années m’ont enseigné ce qu’est un non juif et ce qu’est un criminel ».

« Mon éducation a ainsi été une éducation large et variée sous différents aspects. Ma famille ne m’avait rien transmis de mon identité juive. Puis j’ai vécu avec les criminels. A 13 ans et demi, j’étais sans culture, sans éducation, sans proches. J’avais une identité de peur et pas une identité de connaissance. Je savais que j’étais juif et que si l’entourage découvrait cette identité on me tuerait.

Seul dans la forêt, je me demandais : mais qu’y a-t-il de mauvais en moi ? Pourquoi veut-on me tuer alors que les autres peuvent marcher librement 
Puis, je suis arrivé en Israël. En 1946, en Israël, on voulait créer une nouvelle race, un juif blond, grand, aux yeux bleus.
Une nouvelle race qui ne soit pas juive. C’était une illusion, un fantasme, la volonté d’être ce que vous n’êtes pas. On voulait oublier l’identité juive, l’histoire. Il m’a fallu du temps pour comprendre que je ne voulais pas être quelqu’un de nouveau mais quelqu’un d’ancien. L’ancien juif, le vieux juif qui a tant vécu, tant connu qu’il est merveilleux. Et j’ai envie de le connaître encore plus ».

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Aharon Appelfeld et Valérie Zenati sa traductrice

L’hébreu

« Ma langue maternelle est l’allemand. La langue maternelle est comme le lait maternel, elle est le lait de la vie. Mais l’allemand est aussi la langue des assassins et je n’aurais jamais imaginé écrire en allemand. Avec les criminels j’avais appris à me taire, à parler le moins possible et à écouter le plus possible. Les criminels parlent peu et écoutent beaucoup.
En Israël, j’ai appris l’hébreu. La langue hébraïque est une langue ancienne, merveilleuse, faite de phrases courtes et de silences. Elle n’a pas d’adjectifs. C’est une langue qui ne décrit pas. Dans la bible, on ne sait pas si les personnages sont grands ou petits, s’ils ont des lunettes, des yeux bleus ou s’ils sont chauves. L’hébreu invite à penser ».

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« Oh la belle juive » se souvient Imre Kertesz, lorsqu’il raconte sa première rencontre avec sa femme. Et plus loin, il retourne l’argument : « je ne suis pas juif » pour reprendre son identité, pour se dégager du monstre qui l’appelle « juif », pour ne pas être défini par l’autre. Et d’ailleurs qu’est-ce qu’un juif ? Moi-même, je ne suis pas juive, et  d’ailleurs qu’est-ce qu’une femme ?
Appelfeld au contraire dit « je suis bien avec les juifs ». Il parle de l’identité d’un peuple et non pas d'un enfermement tribal. La tension et l'angoisse des survivants peuvent se reposer comme il se repose au sein de son peuple.

Appelfeld nous aura dit ce qu'il a déjà maintes fois écrit dans ses livres, ou livrés dans ses interviews. Mais ce qui ne pouvait pleinement être perçu, nous inonde par sa présence réelle: son immense générosité, son amour de la vie et des humains. De la musique aussi, le cadeau de la Neuvième de Mahler l'a replongé dans cette Europe Centrale si lointaine et si proche encore dans ses souvenirs. Et le tragique de cette musique prolonge ses questions.

Propos receuillis par Denise Marty

 

 

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 Aharon Appelfeld 18/06/06

 

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Aharon Appelfeld et sa femme

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