Anne Marie
Attends moi sans espoir sur cette route où nul ne passe
Ne désespère jamais même si tu es désespérément
lasse
Ne désespère jamais tout-à-fait
Et crois-le : je te suis fidèle aussi, c'est vrai
Mais c'est d'une autre façon, dans un autre monde, sous l'écorce
Ah ! on ne la voit pas cette blessure qui me coûte de la force.
Rien ? Mais la blessure à l'intérieur est pas belle à voir,
Inguérissable, qui ne saigne plus, mais qui renaît le soir
Et me fait mal, et signale qu'il va pleuvoir.
***
la jeune fille à l'air farouche
celle qui ne flanche jamais
dont on ne saura surtout rien
belle moue à la belle bouche
***
ombre, où es-tu qui ne veux pas se faire aimer ?
ailleurs soudain toujours et toujours échappée
pour quel désordre te bats-tu
quelle blessure aura fermé quelle porte
quel souvenir quelle trahison quelle morte
quel interdit jeté sur ta beauté
quel sanglot bouche ton aorte
quel paquet de linge la porte
c'est donc toi l' île batailleuse
qui refusa d'être havre au vent
- mais si âpre au vent de l’hiver…
sans repos tu va vers la mer
ô la dernière des paroles
barque où es-tu
qui ne veux pas te faire aimer
et je t'aimais ô barque folle
enfant têtu
épis amer
***
Tourne à main droite après l'ancienne solitude
Monte une à une
Les marches des vieilles années
Et sonne ; ne crains rien
Sonne à la porte
Souviens-toi que je t'ai parlé
Dès le premier instant, je t'ai parlé
Dans le corridor froid de ta beauté
Je t'ai parlé
***
enfant parti en voyage
ne sais quand tu reviendras
je te garde dans mes pages
enfant parti au mystère
vers la rumeur des grands arbres
(quel nom gravé dans le marbre ?)
le nom que tu prononças ?
ta bouche est pleine de terre...
***
Sur un Fragonard
je voudrais être l'ombre sur ton cou de jeune fille
et placé là d'un trait et pour l'éternité
par le peintre comme un hommage à la beauté
être un détail être un valet et ta seule famille
et que tu caresses sans même t'en douter
d'un doigt. Je serai l'ombre et je serai
ce qui te magnifie et pour l'éternité
je serai cette ombre et tu es sauvée
*****
A une âme disparue (chanson en prose)
Désormais les grands froids, les grands fonds, les grands fauves,
les grandes frayeurs raisonnables, les grandes falaises bleues
où les ongles glissent, les grandes effraies - la mort dans leurs yeux
-,
la folie non plus avec sous le néon son atroce rictus mauve,
aucun mal ne pourra me prendre. Désormais, les maléfices
d'aucun sorcier ni plus aucun amour et même d'aucun dieu
la menace ; et je souffrirai sans me plaindre à leurs jeux,
ô immolée, puisque tu t'es ainsi donnée en sacrifice.
Vois-tu, toi qui alla dans l’enfer avec tant de grâce,
si fière dans ces flammes et comme aucun enfant,
on aurait dit que tu fusses allé dans la mort dès avant
tant sur ces braises tu marchais bien, comme sur tes propres traces,
enfant... Enfant de la douleur, du silence - de quel supplice...
Pour quelle cause t'es tu ainsi offerte, ou bien à quel feu...
A quoi servira cet éblouissement noir du bleu
de tes yeux, et qui hante la vie de fièvre créatrice ?
Dans quelle punition, pour quel péché que tu ne commis pas,
de quelle peur et, dans un certain étang gris, quelle noyade
témoignes-tu, et ton appel violé dans les années cascade,
de quel effondrement du ciel dont on ne revit pas ?
...Or je chante pour qu’enfin tu naisses. Ainsi avant l'aube
- comme un fil d'or indique un filon - l'annonce au ciel sa clarté
Mon chant dit que tu nais toujours et tu tiens le mal en respect
comme interdit par ta souffrance
je chante tu es la beauté naissante et je chante.
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