
Le feu, toujours, chez SAGUET.
Non celui qui réchauffe mais, lame bleue, flamme acérée, le feu tragique qui tranche dans l'ombre et le vif.
Feu violent de l'éclair et « colère de couteaux ». Et puis la ville, ses tourbillons –« les eaux violentes d'une chose brûlée »-, son air « sonore », ses spasmes et ses lumières heurtées. Des lumières froides, parce que lointaines : étoiles.
Elles « résonnent » comme les pas perdus dans un hall déserté : pour faire sonner le vide. Cette ville qui ne se connaît qu'à ses « contours embrumés » ignore tout de ce qui l'habite et l'agite, et jusqu'à son nom.
Mais elle a ses terriers. Car à côté du feu dévorant des villes inhumaines, il y a encore l'obscur. Des sous-sols dans nos vies et nos villes.
Lieux du langage –« paroles submergées »- de la mémoire, des dérives, de l'humain bafoué.
Cendres, oui, mais où veillent encore des braises. Car c'est bien dans ces caves que le feu prend racine.
Le feu sauvage nourri de cette « rage têtue qui nous brûle la voix en buvant le silence ».
Salvateur pourtant.
Ainsi, les « chaudières meurtries » des villes ne sont-elles que des paysages intimes, le reflet d'un « mal étrange » qui est la difficulté de l'homme à habiter sa vie : son feu intérieur.
Seilh, mars 1993.
M. BAGLIN.