Pierre Léoutre A l'ombre des cadrans solaires |
Certes il tourne bien plus vite que les cadrans solaires du Gers auxquels il a consacré un livre et un cd-rom.
Certes il est toujours en mouvement, faisant éclore là un site nouveau, là une action humanitaire ou de partage nouvelle. Toujours sur les brèches des droits de l'homme (et de la femme souvent), il va sur sa moto comme sur sa Rossinante et sus aux moulins à vent! Tourmenté par l'écriture, il ne veut pas être réduit à son ombre sociale, mais à la traînée d'espérance qu'il peut laisser courir à côté de lui. Il court, il va vers les autres la fraternité en bannière, la générosité dans sa besace.
Souvent enveloppé d'un nuage de fumée qu'il semble faire monter de la terre pour se protéger de trop d'intime, il se tient au coeur de la vie immédiate. Donnant paroles et chairs aux projets des autres, il se tient souvent à l'ombre du mycocoulier qui jette son ombre jusqu'au profond du bar le Sylène. Dans les fumées prophétiques du café noir, il peut tracer les devenirs de nos utopies, donner des béquilles à nos rêves souvent boiteux.
Il écrit au raz du quotidien, promenant un miroir des mots de tous les jours, mais ces mots sont aussi le miroir de ses blessures. De ce carnet de l'intime, de ce carnet de bord dans les méandres de la ville, il tire son odyssée intérieure.
Il écrit vite comme il vit vite. Et passent des lambeaux de sa mémoire, des pans entiers de sa mémoire, et se souviennent ses amours qui furent et qui seront. Il se jette sur son clavier d'ordinateur comme on jette une boutielle à la mer. parfois son clavier prend peur et se cache sous les fils. Alors ce clavier tâche de faire refroidir ses doigts rougis autant que les yeux rougis de Pierre, il se cache au plus profond du silence et de la pénombre. mais Pierre se penche et d'un mot encore cascadant dans sa tête il l'appelle doucement par son prénom. Il lui demande de ne pas le laisser ainsi avec tous ces mots ainsi suspendus dans ce qui ne naîtra pas. Alors le clavier sort de sous le tapis, la souris vient aussi lapper quelques rosées de mots. Tout est prêt pour la petite éternité du virtuel. Les grandes noces des visites des amis lointains peuvent commencer. Un fort courant pousse Pierre a vouloir inscrire dans l'encre noire des mots une résistance contre le vent mauvais des temps actuels. Il déchiffre interminablement les noms oubliés, martyrisés, qui se sont levés un jour, pour que notre oubli ne les réenterre point.
Amoureux d'elles, il poursuit l'éternel féminin, celui qui le pousse tout autant à soulever les montagnes des jours, que les poitrines des belles. Dans son écriture se trouvent aussi bien des cartes postales de Fleurance, que des éclats diamantins des jeunes filles. Leur neige ou leur nuit noire s'est posée à jamais sur lui.
Il court le Pierre, le temps court aussi. aussi un jour ils vont se rencontrer, s'entrecogner. Chacun d'eux tentera de reprendre son souffle, chacun d'eux se reconnaîtra. L'alcool fort de l'amitié lui fait combustible. La forte flambée de l'espérance - et l'espérance est violente en lui-, fait un grand feu pour éloigner les loups et les hommes pire que les loups.
Relier les gens, débusquer les mots, tenir journal de notre passage terrestre, en allant toujours au bout de ses forces donne une étrange urgence à ce qu'il écrit. Vouloir protéger le pianiste, celui qui est encore enfermé en lui, celui du clavier de l'ordinateur, celui du synthétiseur, mais surtout les autres, les pianistes qu'il entrevoit dans ses amis les artistes dont il est le grand passeur en petites éternités informatiques. Son écriture est souvent clinique, refusant les images mensongères ou lyriques pour simplement redonner la chair vive des chiffons de nos jours, le battement affolé de nos horloges internes.
Il est torrent contre le temps, il court comme l'homme pressé de faire rendre gorge au futile, à l'inexorable. Ses notations sont celle d'un agenda qui veut se souvenir, mais par les quelques failles le fantastique est sur le seuil. L'esquive des femmes peut donner la présence des fantômes. Où est Anne, où est Muriel? Où sont les roses jaunes?
Pierre Léoutre se veut écoute mais il est aussi bourrasque, déjà inscrivant ce qui n'est pas totalement formulé. Se voulant un fleuve, il en oublie que lui est fait de crues, et que les méandres jamais ne pourraient le contenir.
Il marche dans la ville et la ville marche en lui. Il a des liens charnels avec Toulouse, la Garonne et Nougaro.
Les musiques des Rolling Stones résonnent au fond de ses poches, Miles Davis semble miauler sur le toit de sa tête, et le blues, le blues profond fait des claquettes quand il pleut en lui.
"Aimer pour tous" semble être son blason, son tatouage au coeur. Folle poursuite de l'éternel féminin, de l'odeur fondatrice de l'humanité, la course de Pierre lui fait dépasser les ombres et taire quelques moments seulement ses angoisses. Il masque le tout sur son côté d'humour acéré, dénigrant ses apparences et ses travaux. Inquiet, pris dans le doute, et souvent paralysé d'admiration devant d'autres qui ne le valent pas, il trimballe en courant sa petite valise de sentiments, sa trousse à pharmacie de la chaleur humaine, et de tendresse envers l'humanité. Providence des artistes qu'il aide au-delà de raison, passionné en amitié et en dévouement, il s'enfuit dans le service de l'autre afin de retarder sans doute le grand rendez-vous avec lui-même.
Un jour dans un café obscur, il faudra parler plus haut que le réel, écrire plus loin que les mots de chacun, il faudra entendre cette foutue radio intérieure qu'il lui demandera "Où cours-tu? Jamais tu ne dépasseras ton ombre, maintenant stop mon vieux, tous les deux il faut qu'on cause."
En attendant il court le Pierre, il court, il court. Fou de musiques, fou d'amitié, fou d'amour.
Il y a tant de pianistes à protéger.
Tentative d’écriture sur un vieux clavier
Casser les doigts du pianiste était certainement l’une des plus mauvaises actions qui puissent se faire. Nous n’imaginions pas une telle infamie.
Je devais envoyer un e-mail à l’un de mes amis motards, blessé à la suite d’une chute. Voilà à quoi je songeais en roulant sur ma propre moto. Je circulais dans les rues de Toulouse sous un soleil resplendissant. J’avais mal aux yeux, tant à cause de l’abus d’écran informatique que des pollens portés par le vent de cette fin de printemps. Une pluie légère allait certainement nous soulager dans les prochains jours, et nous retrouverions le soleil.
Le motard avait été abîmé, pas le pianiste, et nous allions le protéger par tous les moyens disponibles. On ne plaisante pas avec la musique, avec la souffrance en général, que ce soit celle du motard ou du musicien.
La tête protégée par mon casque, je voyais défiler les artères de la ville. Ce n’était pas la vision accélérée qui accompagnait une chute, plutôt une suite de souvenirs heureux. Toulouse était vraiment une ville étonnante.
Le but de ma promenade motorisée était tout à fait secondaire, l’essentiel était de protéger le pianiste. J’avais visionné hier le film de l’un de ses concerts, aux Jacobins ; beaucoup d’élégance. Nous étions vraiment à mille lieues de la brutalité. Je voyais les notes. Puis j’avais regardé mon propre clavier, mes claviers en réalité, celui pour écrire, celui pour jouer de la musique, transmissions humanistes vers la machine, messages égocentriques et solitaires, ou domestication de l’animal tapi dans les méandres numériques. Je cherchais l’avenir alors que le passé avait usé le pauvre sanglier que j’étais.
Assis sur ma petite moto, je voyais des gens, beaucoup de cyclistes, des autobus, de beaux immeubles, au loin, et bien sûr, un avion. Tout le monde a l’impression de se connaître à Toulouse, un air de famille. Nous sommes pressés, bien davantage que dans les jolies villes des autres départements de la région Midi-Pyrénées. Car le temps file plus vite à Toulouse, c’est entendu, il faut beaucoup travailler car tout le monde doit avancer. Des travaux partout, ceux d’une cité qui grandit. Carte postale d’un cœur qui bat, déambulations presque nostalgiques, mots pour peindre des impressions.
Je ne pouvais plus jouer au rugby ; trop vieux, et surtout, manque d’entraînement, de condition physique. Mais l’ambiance restait la même, superbe. Des vieux gamins se passaient le ballon ovale, le tournoi était réussi, le capitaine de l’équipe mécontent des résultats ; il fallait travailler davantage. J’avais véritablement apprécié cette journée. Je pensais avoir apporté peu de forces et de bons ballons à mon équipe, faute de souffle, mais les joueurs étaient contents d’être ensemble.
Seul sur ma moto, je continuais à avancer dans la ville. Les motards s’exposaient, protégeant le pianiste. Les motards, est-il bien précisé, car celui qui parle ne ramène pas tout à son guidon. Simplement, il faisait la synthèse pour que chacun y voit plus clair, et que le pianiste puisse continuer en paix. Dans ce dessein, la liberté est essentielle.
Tout en roulant, je pensais que tout ceci tournait autour de la domination du cerveau. Pas seulement le cerveau contre la machine. Nous pouvions en parler, bien entendu, mais j’avais l’intuition qu’il s’agissait d’autre chose, d’une recherche de méthode, voire même de sentiments, de pensées. C’était peut-être l’explication des risques encourus par le pianiste, symbole ultime de la liberté.
* * *
Je suis interrompu dans le déroulement de mes mots par un e-mail, surgissement offert d’autres mots que je peux ainsi intégrer presque directement, fantasme d’un esprit collectif, non totalitaire, pas totalement libertaire en raison des règles nécessaires, labyrinthe humain dans lequel je circule en musique, puisque j’ai trouvé ces radios sur Internet ; j’écoute depuis ce matin un canal exclusivement consacré aux Beatles, il s’agit simplement de repères personnels.
La règle me disait qu’il me restait 90 % de mots dans ce texte un peu désenchanté, qui aura une totale absence de lyrisme (je parlais encore la semaine dernière de la gifle à l’ouverture d’un livre d’André Malraux), mais qui se voudrait néanmoins une promenade littéraire sympathique, un chemin de traverse brouillant les pistes vers la cachette du pianiste, certes, mais aussi une main sincèrement tendue vers un chien qui n’aurait plus envie de mordre. Car après tout, tant de choses belles autour de nous, il suffisait de vouloir regarder. Des personnes âgées souriantes et généreuses, des jeunes femmes actives, dynamiques et volontaires, un cercle d’amis, motards, écrivains, poètes, musiciens, peintres, rugbymen, libraires, politiciens, philosophes, chanteurs, médecins et dentistes, militaires en goguette,
journalistes, professeurs, des passants et des fidèles, avocats, marchands de tabac, commerçants, syndicalistes, ouvriers, gens de robe, chercheurs d’or et savants, nous ne pouvons tous les citer, qu’ils se reconnaissent, merci à vous. Ce sont mes amis, et ils aiment tous le pianiste.
Requiem de Fauré ou de Mozart ? Sérénité avant la grande et dernière lueur, ou bien ombres amères et lumières joyeuses de la vie du musicien ? Nous avions entamé le débat avec l’ami Paul, à fleurets mouchetés, pour bien montrer qu’il était d’importance mais que l’essentiel, ah l’essentiel, était indescriptible.
Avant d’aller dormir auprès de ma femme, car le sommeil était là, vous comprenez, je notais que je n’écrivais pas sur le clavier qui avait servi au titre de cette nouvelle ; c’était encore impossible. Tentative vaine et désolante, rupture d’anévrisme du cerveau littéraire, mise en garde, il fallait faire attention. Le combat contre la machine était rude, pas vraiment loyal en réalité ; moi j’aimais le rugby même si j’étais trop vieux pour mon équipe. Désenchanté, avais-je écrit. Situation subjective alors que j’étais entouré de ces deux claviers, sans oublier le troisième, ce vieux clavier attachant. Le plus grand, le clavier noir et blanc, le musical, me fascinait. J’étais heureux de l’avoir auprès de moi, il me donnait le courage de protéger le vrai pianiste. Bien sûr, c’était une possession solidaire, mais il m’offrait aussi l’espoir de la musique. Je connaissais tant de musiciens ! Ce sont des gens passionnants. Les musicologues sont également intéressants. La musique a beaucoup d’importance, il suffit de lire mes livres pour s’en apercevoir. Je ne parviendrai probablement jamais à composer une mélodie, je n’ai pas le temps. Le week-end littéraire de ma maison d’édition m’avait permis de découvrir la Vendée, et puis j’avais vu mes livres posés sur une table, j’avais vu des écrivains, ce feu en eux, cette tendresse et cette passion qui les habitaient. Je pensais aussi, souvent, à cet écrivain aveugle de mes
amis. Comment faisait-il ? La peur de perdre ses yeux… Pouvez-vous imaginer de ne plus voir l’œil ? Bonne nuit.
* * *
Bonsoir, poètes, où êtes-vous passés ? êtes-vous passés ? À la terrasse du café, nous voyons circuler des moines en vélo et en soutane. Je les trouve ridicules, les religions nous ennuient. L’exercice du jour consiste à enregistrer en DVD des scènes de poésie. L’idée est belle, les poètes sont tentés par l’aventure. Je suis passé à la librairie, voir les livres, à la galerie, voir les peintures et les sculptures. Le soleil de plomb sur Toulouse transforme les vêtements des passantes en rubans joyeux et colorés. J’ai circulé dans la ville, juché sur ma petite moto. J’ai traversé la place du Capitole, les boulevards, la place St-Etienne, le quartier St-Cyprien, Sesquières et Ginestous, Purpan, Compans Caffarelli… Les gens étaient souriants, paisibles, Toulousains heureux. Une fille de musicien m’appelle, une graphiste, une historienne, une éditrice, une chanteuse, d’autres également. Je discute avec un jeune homme qui reprend un site Internet que j’ai créé. Je m’amuse.
En rentrant chez moi, je joue quelques notes sur le clavier noir et blanc, puis je reprends mon dur labeur. Ma femme me dit que je suis responsable de la pression que je mets sur moi, autodiscipline créatrice ou bien perte du rapport au temps qui passe. Je me rends dans une grande surface, une papeterie, chez un buraliste, je regarde le chat gambader dans le jardin, les feuilles malades du cerisier, les ronces vigoureuses que j’ai plantées et qui partent à l’assaut des branches mortes de la vieille haie ; je mangerai des mûres cet automne. Je vais sur Internet. J’avais un rendez-vous virtuel, mais elle se déconnecte au moment où j’arrive, tant pis pour elle. Je demande une dédicace à un ami poète, je suggère à un autre, écrivain, d’écrire une nouvelle. J’ai mal aux yeux. Je prends un ciseau et un maillet et je rédige l’épitaphe sur la pierre tombale, faisant ainsi preuve d’un manque total d’humilité – mais après tout, la vie n’est pas poussière, je ne suis pas un moine à vélo.
Sur la place St-Etienne, je croise un couple charmant qui me salue chaleureusement et m’achète un recueil de poèmes. Pour ma part, je n’avais jamais osé écrire des poèmes, j’adorais en lire, mais les écrire ! Baudelaire, Michaux, Lautréamont, Mallarmé. Cela suffira. Classique. Baudelaire était à l’ordre du jour. La défaite de l’homme face au temps. Dans ma journée, j’avais consacré quelques instants à contempler le sillon blanc de la course d’un avion dans le ciel bleu et pur.
Je compte les gens, comme l’on compte ses amis. Il faut laisser venir. Avec le risque évident de l’oubli, de la solitude, de la mélancolie et des regrets par manque d’action. Je photographie mes enfants, le plus âgé de mes fils a gagné une coupe dans son tournoi de judo ; je peux parler à ma fille au téléphone. Je reçois du courrier de France et d’Amérique Latine. Monépouse me prépare un bon dîner. Nous avons reçu de nombreuses invitations. Je songe à un ami qui habite au Mirail, Français d’origine algérienne, il veut une maison avec un jardin pour ses enfants, et un bon travail pour sa femme ; où en est-il ?
Claude Nougaro est mort, et j’ai pris un café avec deux de ses meilleurs amis. C’est idiot d’écrire « Claude Nougaro est mort ». Hier encore, j’ai regardé son site sur Internet ; j’ai du mal à accepter cette coupure. Aujourd’hui, j’ai acheté un livre, un petit ouvrage biographique sur Francis Cabrel, Gascon sympathique, un artiste. « La vie d’artiste », un texte écrit sur un peintre toulousain, sa vie, son œuvre, n’était pas encore publié ; la souscription ne marchait pas du tout. Pourtant je persistais, j’attendais, je ne baissais ni les bras ni la plume. Stylo à plume, élégance du clavier, compagnon indispensable pour rester humain et sobre, garder le contact physique et moral avec l’écriture.
En roulant dans la ville pour protéger le secret du pianiste, j’avais aperçu à plusieurs reprises, ce qui m’avait choqué, des hommes étendus à même le sol, dans l’encoignure d’une porte cochère ; hommes ivres ou malades, fatigués de vivre et de frapper à des portes qui ne s’ouvraient pas. J’avais remarqué trois de ces hommes en un laps de temps relativement court, vision insupportable qui laissait désemparé. Ce n’était pas mon rôle social de m’arrêter, de les relever, de leur rendre dignité et avenir, je n’en avais pas les moyens non plus. Ces individus échoués n’étaient pas gênants, ils étaient tristes à mourir. Je ne pouvais pas parler uniquement des jolies femmes, je ne pouvais pas simplement décrire la belle architecture de la Ville Rose ou capter la douceur de l’ambiance toulousaine, il fallait tout dire. La valeur de Toulouse est indéniable, incontestable, tout le monde l’affirme et c’est vrai. J’ai le temps, moi, avec ma petite moto, de voir aussi les vaincus. D’ailleurs, le pianiste aimait autant les vaincus que les vainqueurs, les gens heureux ou malheureux. Le maître de musique avait dit que tous les hommes et toutes les femmes étaient libres et égaux en droit.
Nous voulions faire un DVD avec un poète toulousain, vivant. Nous en avions déjà réalisé un. DVD. Le sigle est dur, phonétiquement, peu esthétique. Outil, point. Pari dangereux que d’enfermer dans une série binaire de codes informatiques la grâce de l’être humain en poésie. Ne pas trahir le poète, protéger le pianiste, faire dessiner, chanter, écrire, peindre, sculpter. L’esprit de création ne tenait que par un fil fragile et complexe qu’en bon scientifique, j’analysais avec délectation. Heureusement, lorsque arrive la nuit, j’aime contempler la lune et les étoiles. Je possède une totale conscience de l’infini, comme tout être sensé et raisonnable, je mesure et je ne comprends pas. Là s’arrête ma spiritualité. C’est un peu court, jeune homme ! Et je retrouve les chemins épicuriens, bordés de roses ouvertes, de collines douces ; les jupes des femmes s’envolent au vent léger et offrent au regard des jambes superbes. Ce n’est pas un plaisir de voyeur, croyez-moi.
Après trois notes hasardeuses sur mon clavier noir et blanc, je reviens vers le clavier blanc en songeant au conseil d’une amie : « Ne parle plus des femmes, tu en as trop dit, ils vont te détester, te jalouser ». Ainsi soit-il. Pourtant, le sujet est vaste et intéressant, non obsessionnel, mélange de plaisir et de sympathie vaguement égalitariste, qui n’interdit en rien une vision globale marquée du sceau d’un humaniste lucide, donc faible. Si je continuais à rouler en moto, c’était grâce à l’espoir toujours vivant d’éviter l’accident. Combien de motards allons-nous devoir sacrifier pour protéger le pianiste ? La question pouvait paraître choquante, mais je dis la vérité. Pas seulement pour me justifier, mais pour écrire qu’il existe un espoir.
Ce qui est fascinant dans l’écriture, la confection d’un ouvrage, c’est l’association d’idées, le mécanisme mental qui apporte sur un plateau le mot suivant. Pour l’heure, surgit « Phèdre ». Pourquoi l’amour contrarié par la volonté du père ? Le thème de la tragédie est que l’héroïne se sait coupable et lutte vainement contre sa passion. Quelle drôle d’idée. Culpabilité adorable, morale étriquée, imaginez un pianiste qui ne puisse improviser. Et quel est le lien avec le paragraphe qui précède ? Plusieurs niveaux de réflexion semblaient incroyables, lignes horizontales et verticales, lignes droites et pures, lignes d’horizon et échelles mystiques ou échelles de soie, directions qui finissaient par tracer une architecture belle et sereine. Tout à fait respectable.
Tu as pleuré en lisant le début de mon texte, petite amie, étonnée par un tel étalage indécent de souffrances réelles ou fantasmées. J’aurais pu te parler de mes misérables problèmes, ou mieux encore, de mes travaux tristes, des fiches de déportés juifs dans les camps nazis que conservait précieusement et douloureusement une amie. J’ai vu des photographies de résistants torturés par des bourreaux allemands ou français ; nous avons tous vu cela, nous avons tous accumulé sur nos disques durs ces images impitoyables. Et alors ? Soyons forts. Si tu as envie de vomir en contemplant cette haine, si tu as peur qu’elle soit toujours présente, il faut te poser légèrement dans l’herbe et contempler le ciel, ou alors te battre comme tu sais le faire.
Une amie quitte tout pour partir s’installer en Inde, est-ce une fuite ? Une autre me demande de ne pas me plaindre, puis plonge gracieusement dans la piscine, elle m’éclabousse, son maillot de bain met en valeur son corps. Je suis superficiel par moments, condition indispensable d’équilibre pour qui ramène tout à soi. Pourquoi cet individualisme ? Le conflit est certainementà cet endroit, entre égoïsme et générosité, mentalité petite-bourgeoise, je change de clavier car comme tout, ceci semble dérisoire. Paul se mettrait certainement à sourire avec son requiem serein, mais la piste est intéressante, le regard sur les éclairs qui traversent l’orage musical, la compréhension des méandres de l’expression humaine, la connaissance de l’être, non pour le juger, mais pour l’améliorer, c’est vraiment simple. Nous avons tout compris. Mais vouloir pour faire, comme m’a dit malicieusement une amie.
Je ne marche plus, puisque je roule en moto. Quand j’étais plus jeune, je traversais à pied la place du Capitole. Cette ville a vraiment compté pour moi, et j’en ai aimé les moindres recoins, les quartiers divers, l’architecture de St-Sernin comme les jolies et jeunes mamans bourgeoises de la place St-Georges, les immeubles de la Reynerie et la population multicolore du Mirail, Les Minimes de Nougaro. Comme tous les habitants de Toulouse, j’ai souffert des coups portés à la ville, et j’ai participé à l’espérance de reconstruction, d’oubli positif, au travail de deuil et au plan d’avenir, j’ai défilé dans les rues en militant politique et en joueur de rugby, j’ai beaucoup aimé. Amour non exclusif et possessif, je possède d’autres centres d’intérêt, autres valeurs et autres plaisirs, mais le clavier toulousain a véritablement joué pour mon existence.
Dans ce texte encore à écrire, que j’ai intitulé « quartier latin, mémoire trouée », j’aurais aujourd’hui des difficultés à oublier Toulouse ; il n’est d’ailleurs pas nécessaire de séquencer, ni même de raconter sa vie, cela n’a aucun intérêt. Il s’agit simplement d’écrire une nouvelle. Vous dire où nous en sommes. J’ai gardé somme toute un bon souvenir de Paris, même si, comme me le faisait remarquer une amie bibliothécaire, nous avions raté nos vies, ou ce qu’auraient pu être nos vies, et que j’avais manquée à Paris. Grâce à Toulouse, c’était devenu autre chose.
Autobiographie, parler de soi, croire en soi, narcissisme qui ennuie autrui, retrouver la confiance en soi, estime de soi, parler pour ne rien dire,écrire des nouvelles et non des poèmes, caresser les mots comme l’on caresse les seins d’une femme… Je m’ébats dans la catégorie rabelaisienne, je vous annonce que je vais raconter ma vie en trente ou quarante mille signes. C’est misérable, je me sens à l’étroit, j’étouffe. C’est alors qu’intervient le plaisir de la moto, cette sensation de liberté, pas aussi belle que celle du pianiste devant son clavier, qui joue avec les étoiles du ciel ; je ne résiste pas au plaisir de jouer quelques notes. Ce soir, je n’écris pas enécoutant la musique offerte par Internet. La musique y devient payante de toute façon, même en Europe, afin de pouvoir donner de l’argent aux artistes, ce qui est légitime. Souvent, mon ami peintre, dont la biographie sera publiée, me parle du manque de respect des gens ; ils ne paient pas suffisamment cher ses toiles. Il a pourtant beaucoup travaillé, énormément sacrifié pour être peintre, lutin des rues de Toulouse ; plus de métier, sauf celui de peintre, pas d’épouse et pas d’enfant. Van Gogh. La comparaison le gêne, mais le ravit.
Je garde naturellement du Quartier Latin un souvenir d’intelligence, cela n’étonnera personne. J’ai appris beaucoup, une excellente méthode, même si les bases furent données par un instituteur auscitain que je n’ai jamais oublié. Les noms de lieux résonnent encore avec plaisir : rue Mouffetard, rue Soufflot, Panthéon, Sorbonne, Henri IV, Grande Rue St-Michel, je n’ai pas perdu ces traces superbes, et j’ai essayé d’en faire quelque chose. Pour d’Artagnan et ses amis mousquetaires qui m’ont donné une enfance et veilleront sur mon dernier sommeil, pour mes racines ancestrales de Corse et d’Algérie, pour notre patrie la douce France et ses belles valeurs républicaines de Liberté, d’Égalité et de Fraternité, pour cette Toulousaine immense et troublante. Ce n’est pas compliqué.
En regardant mes livres posés sur une table, dans ce salon d’écrivains en Vendée, en écoutant ces femmes et ces hommes qui ont écrit et partagent uneémotion littéraire, je me persuade que j’ai raison de leur confier ce que je crois, ce que j’espère et ce que je peux donner. Ce n’est pas rien. Certes, ce n’est pas beaucoup, c’est même très peu, autobiographie d’un gâchis, tant d’efforts pour presque rien et je ne sais tout, « rien la vie », comme l’écrit Yves Charnet. Voilà, je suis en train de me présenter à mes collègues écrivains, ils comprennent mieux qui a osé frapper à leur chapelle. Justification dérisoire, maladroite et égocentrique d’un participant parmi d’autres. Qui écrit sait bien que la prétention affichée n’est que la protection du trésor fragile où s’encre la plume.
Le fait d’avoir étudié au Quartier Latin ne m’a pas tout appris, naturellement. Par exemple cathares et occitans de l’univers mental languedocien furent pour moi des découvertes d’homme mûr, que j’ai appréhendées sans a priori, avec une parfaite tolérance et une volonté de connaissance honnête et sincère, mesurée à l’échelle de mes valeurs, mon temps, mes goûts et aspirations, mon éducation et mes sentiments. Rien de particulier, hormis une force intéressante, des racines respectables, des valeurs parfois différentes et donc enrichissantes.
Justifications protectrices bien secondaires pour le clavier des mots, puisque nous savons que l’essentiel est de protéger la sensibilité du pianiste, beaucoup plus grande et fragile. La vraie nouvelle est là, bien entendu. La soirée des auteurs du Moulin de Frély en Vendée offrait justement le concert d’un pianiste, musique classique et improvisation, pas de jazz ; ce n’est pas ce pianiste que nous protégeons, mais sa présenceétait un signe fort, évident, incontestable, de l’union du livre et de la musique.
La nuit apaisante émousse l’inspiration de la composition ; ce soir, pas de lune dans le ciel, c’est l’heure exquise où plus rien ne bouge, des étoiles et des satellites humains, des chants de grillons, et plus lointains, les bruits et sirènes de la ville. Le clavier du piano s’endort, celui de l’ordinateur cliquette encore, les touches créent des mots et des phrases, le plastique, le métal et l’ivoire sont transcendés par l’esprit qui peut crier.
L’ombre ricanante de la gueuse passe puis s’envole. Je regarde cette accumulation de papiers personnels, j’imagine des visiteurs indiscrets et grossiers, rire d’une telle bêtise, misérables secrets, je chasse ces pensées paranoïdes, et je reviens vers Michaux. « Tu t'en vas sans moi, ma vie ». Quelle tristesse, que va-t-elle imaginer en publiant ce texte inséré dans un collier d’écrivains venus jusqu’en Vendée ? Elle va penser : « Qu'as-tu fait de ta vie, pitance de roi ? ».
Je repense à ce week-end ; je n’étais pas écrivain mais cinéaste ou reporter, l’une des trois organisatrices menait les débats ; je filmais. Godard, Fellini, oui, oui, rien ne m’arrête. Chantier nouveau et
passionnant. J’avais réclamé son adresse e-mail, que je n’avais toujours pas reçue, je ne pouvais pas communiquer. Autisme sentimental, du point vers cette destination ; jusqu’à quand ?
Toboggan fellinien, j’hésite de plus en plus souvent entre les deux claviers. J’ai rangé ma moto à l’ombre, j’ai arrosé tôt ce matin le nouveau rosier qu’il va falloir sortir de son pot et planter. Une amie passe me voir, je lui offre des livres et mon affection.
Puis je me consacre à des échanges virtuels, promesses et caresses, les regards et les espoirs vont-ils vraiment se détourner au dernier moment ? Je pense que non. L’envie passe la raison. J’espère la vie. Je place un fichier mp3 sur Internet, un éclat de rire, sur une page perdue, non pas un rire moqueur et imbécile, un rire franc. L’un de mes rires préférés, l’un de ceux qui font réfléchir, je l’ai déjà signalé, c’est celui de l’avocat traversant un pont. Je n’avais aucun mérite à admirer Camus. Mais il était vraiment un ami. Il n’était pas mort d’un accident de moto, mais de voiture.
Je compte les morts, culture qui s’étiole, temps qui passe, effet générationnel. Gainsbourg se serait adapté au fichier mp4 que j’ai regardé ce matin sur Internet, une publicité pour le constructeur américain
d’ordinateurs Apple. Un autre univers mental, les motards américains vont voter pour Georges Bush, la guerre, la paix, la violence, lassitude. J’avais commencé un texte, intitulé « Rosebud », vieux film là encore. Rosebud, je peux grâce à l’ordinateur en sauver facilement quelques mots. Un film noir et blanc qui passe à la télévision, quelques vieux papiers brûlés sur le gravier d’une allée, et les mots se bousculent sur le clavier de l’ordinateur. Le temps était venu de l’introspection socialement utile, du choix de l’âne de Buridan, du ricanement humble et constructif, du nettoyage au Karcher. Pour la bande son, j’avais cherché ce matin le disque optique compact de Bernard Lavilliers et sa chanson sur le poème de Kipling, « tu seras un homme, mon fils » ; il était temps, mais je n’avais pas retrouvé ce
disque, nous allions commencer sans lui.
Contre la violence des sentiments et des comportements, une page blanche sur l’écran, une belle page à remplir, cascades de mots qui viennent sans la moindre difficulté. Sans amertume ni ressentiment, les conditions météorologiques idéales pour l’écrivain du quartier. Dix kilos à perdre, tous ces mots portés et bloqués par interdits, débordements divers, questionnements stériles sur la responsabilité. Il avait fallu beaucoup d’amour pour résister à tout cela. Sans se plaindre, en serrant les dents et en ayant mal au ventre. Peut-être une souffrance, certainement du temps perdu. Nous allions arranger cela.
Rosebud. Par ce titre évident mais difficile, la piste était tracée. Toutétait simple, comme un travail de mémoire personnel, le tableau d’une petite comédie humaine, avec tous ces visages, ces histoires à raconter, ces gens qui cherchent un peu d’humanité dans un monde de brutes. Avec la pointe de lucidité pessimiste qui convenait, par élégance et modestie, se garder la possibilité, l’espoir ou la crainte que les feuilles de papier ainsi rédigées finissent, au-delà du mot FIN que me réclamait mon amie, par animer un joli feu de joie.
Grâce aux outils modernes, la méthode allait naturellement évoluer, il était possible, voire souhaitable, de comptabiliser les coûts, enregistrer les mépris, les suffisances, les croche-pieds et avec un stoïcisme qui forcerait l’admiration de mon amie. Comptabiliser presque en temps réel les perturbations, intrusions ou apartés, une psychologue qui me souhaite bonne nuit, un policier qui essaie de me faire rire, intégrer cela au fil de l’eau, puis laisser décanter, tamiser et trouver la pépite, chercheur d’or barbu et harassé, chevalier blanc, peu importe, du moment que les mots pouvaient trouver leur place dans la page et reconstruire la connectique cérébrale.
Préciser cependant qu’il ne s’agit pas d’un journal linéaire ni d’un autoportrait chirurgical et complaisant, au gré des petits bonheurs du jour, non. Il fallait écrire une nouvelle et retrouver le bonheur perdu, colmater les petites fissures, apaiser les petites angoisses et traumatismes du passé, relativiser, mettre en perspective, comparer, soupeser, se souvenir,élargir, et retrouver la danse des mots. Pour ce faire, parler de ce que j’aime, au passé et au présent (un morceau de blues en direct sur la radio Jazz de l’Université de Californie, juste à cet instant, simultanéité, parfait petit hasard qui allait permettre de construire ensuite ce roman que j’avais promis depuis si longtemps à mon amie. Elle m’avait réclamé une histoire d’amour, le plan avait été vite tracé, puisqu’elle me plaisait je m’en inspirais, tout brûler sur le papier, la grande synthèse, le plaisir de rassembler les bonnes idées, les bonnes gens, mettre en scène sans enjoliver, sans mentir, mais en rêvant pourtant ; ce sera un roman, pas la rédaction de mes mémoires).
Le plus difficile à obtenir était un feu de joie, pas de flammes noires, pas de mauvais souvenirs. Choisir les bons moments, les bons personnages, comme des lucioles douces et jolies. J’avais déjeuné à midi avec deux poètes, un qui gardait ses mots, l’autre qui les donnait, je leur ai dit mon admiration, car eux pouvaient en quelques phrases exprimer ce qui me prendrait plusieurs centaines de pages. La poésie pour les sentiments, je partais pour un autre voyage, j’aurais pu régler des comptes, me soûler d’amour, présenter un travail archéologique ou historique, mais je sentais un autre projet. Déjà, le titre que j’avais choisi, Rosebud, était assez drôle.
Rude journée perdue. Une pluie incessante, bonne pour les plantes. Mots stoppés, idées en route. Une musique omniprésente. Perturbation du téléphone, mots perdus. Il fallait attendre l’éclaircie, mais elle s’approchait à grands pas. La preuve, une nuit de sommeil, et le soleil est là. Le fond de l’air est frais, les mots sur la météorologie n’engagent à rien, ils peuvent juste signaler l’hypocondrie d’un état d’âme, et encore cela est-il subjectif, relatif, superficiel. La violence des personnages rencontrés s’estompe, ordre et chiffres, ogres. Tourner autour des mots sans refuser les obstacles, réfléchir et mettre de la distance, faire amende honorable des caprices et appétits des loups, mesurer, bien sûr, comprendre ou s’isoler, vivre ou se protéger. Constat lucide d’une agression, sans paranoïa ni mauvaise foi, garder la confiance dans la recherche du sens. La liberté a un prix de plus en plus élevé.
Sans se réfugier dans le passé, il fallait pourtant, vu le titre désigné, faire un voyage. Douce Gascogne, par exemple. Marcher en bordure d’un bois, terre humide de la pluie des jours précédents, choisir une petite plante, la déraciner sans l’abîmer pour la planter sur une terre voisine. Chênes, ronces sauvages pour une haie, les doigts recouverts de terre. Le silence du bois, un joli chemin qui part en contrebas vers un horizon peut-être magique, avec les cercles de la forêt qui ouvrent l’imagination. Amour de la nature ni rationnel ni irrationnel, le bonheur simple. Le ciel bleu vire au gris et au blanc ; au loin j’ai pu apercevoir les Pyrénées, signe de pluie à nouveau. Maisons éparpillées dans les champs labourés, vision champêtre classique loin du bruit de la ville où l’on vit, philosophie du labour contre action urbaine ; j’ai soigneusement rangé mes plants dans un sac en plastique, en me promettant de leur redonner la terre le soir même, la vie. Tout cela ne servait à rien, nous partageons cet avis, un bien-êtreéphémère, quelques regrets qui flottent, un avenir rêvé qui s’effrite sous les coups de la réalité dont je suis responsable, et des oiseaux qui chantent, qui pépient en réalité. La chance de pouvoir écrire en toute liberté. La sensibilité excessive qui nécessite ce calme campagnard pour retrouver une force n’a pas que des inconvénients, puisqu’elle permet de capter l’air du temps. La sensibilité fait rire, se manipule, se moque, s’utilise, se broie, est-elle une faiblesse ? Dans un certain sens, elle est désarmée face à la violence et aux cris, mais elle est aussi, surtout, une source précieuse. La sensibilité ne peut donc être victime, plutôt un fruit défendu.
Un exemple parmi d’autres est la fausse compassion qui me voit allumer une cigarette ; s’inquiéter ouvertement de ma santé pour en fait songer au cancer qui, peut-être, ravagera mes poumons, me semble une attitude moralement dangereuse. Mais l’anecdote ne mérite pas plus de quatre lignes.
Le temps d’écrire est diablement plus important.
C’était incroyable : une semaine pluvieuse, presque totalement pluvieuse, avait fait naître tous ces mots, une semaine de soleil accablant les avait intégrés sans la moindre gêne.
Amie qui m’entend, je t’idéalise, ce n’est pas nouveau, me servir de toi comme muse pour imaginer un monde meilleur n’est pas vilain. Muse, enlève la première lettre et tu sauras tout de mes forces. Elles sont pourtant nécessaires pour défendre le pianiste, nécessité absolue.
Car quel est mon rôle, si ce n’est protéger le pianiste ?
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