Vertus
Vertu des poubelles
Evangile
Si l'angoisse te frappe,
Si l'ennui, l'épouvantable ennui,
T'enlise,
Si le dégoût, si l'ironie cruelle, si l'exil t'envahissent,
Si ton esprit croule aux vices,
Si ton cour saigne sans signe,
Si l'amour n'est à aucun des rendez-vous,
Alors sors,
Va aux poubelles,
Soulève les couvercles, plonge tes yeux, tes mains, respire.
La première poubelle, peut-être, ne te guérira pas.
La seconde poubelle, peut-être, ne te guérira pas.
La troisième poubelle, peut-être, ne te guérira pas.
Peut-être faudra t-il une quatrième poubelle.
Peut être te faudra il une cinquième poubelle,
Mais la sixième poubelle ,
Ou la septième poubelle, Ou la huitième poubelle,
Ou la neuvième poubelle
Fendra ton angoisse.
A la neuvième poubelle, tu revivras.
Alors, tu marcheras vers la dixième poubelle, l'âme légère, le cour avide,
Et la dixième poubelle te conduira à la onzième poubelle,
La fameuse onzième poubelle, dont tu te souviendras,
Oublieux désormais de l'angoisse et du spleen,
Tout à l'espérance de la douzième poubelle,
Dont cependant tu sentiras qu'il ne faut pas l'ouvrir, qu'il ne faut pas la
fouiller,
Car il faut pas connaître toutes les poubelles.
Telle est la loi.
Tu passeras à la treizième poubelle,
Tu chanteras la treizième poubelle,
Tu lui un composeras un hymne,
Tu ouvriras devant elle le chemin sans regarder derrière toi,
Et puis tu reviendras au monde
Le labourer d'amour
Avec ta joie
Comme le soc clair du soleil.
Correspondances
Il est possible
Dans les poubelles
De trouver des correspondances
Par exemple entre un animateur-radio d'émissions de variétés
Et une femme de militaire.
Entre une vieille mère et sa fille,
Entre des amoureux,
Entre la Redoute et une cliente.
Dans les poubelles,
Il est possible de trouver des correspondances,
Parce que tout a une mort,
L'émission de variétés, la vie, les amours, et la fidélité à la Redoute.
Dans les possibles
Ile et poubelle s'accordent et dansent comme des cours du monde.
Dans les poubelles
Ma main de troubadour s'avance à l'aventure.
Voici la rencontre des restes.
Leurs archipels, quand la nuit vient, font mettre voile à mes cerveaux.
Dans les possibles,
L'oil aux poubelles, j'arpente les correspondances.
Ce sont les cibles, non pour la mort, mais pour la vie réelle.
Dans les poubelles, il est réel
Que des poèmes se composent.
Genèse
Dans des tas
Dans des tas
Dans des tas, tard,
Dans des tas sans tris, tard,
Des tas de pourris,
Des tas de tas
Des tas, des tas, des tas, tard,
Dans des tas
Dans des tas, tard,
Dans des tas de cris
Des rues,
Des mares à rats,
Dans des tas à rue, mare à rats
Dans des tas de poux, d'ombre,
Dans des tas de poubelles
Belles poules,
Belles
Belles
Dans des tas,
La poésie se fait.
Elle se fait.
Dantesque obligatoirement.
Dents et danse.
Dans le milieu de l'obscur,
Les poubelles,
Avec des chats sans queue, des chiens puants, des rats sans adjectifs, les
renards,
L'enfer,
Avec Grothendieck,
Avec la nuit des bergers des menhirs de Karraounch,
Avec l'astronome conducteur du métro parlant sous les lucanes,
Avec Marie, mère de Dieu,
Avec Dorca, qui peint son mur face à l'hôpital psychiatrique de Limoux,
Avec les chercheurs de tripes,
Avec l'écoute des déments,
Dans des tas
Dans des tas,
Dante au sang,
Ronsard au creux d'âme,
La poésie se fait comme les poubelles
Avec les mains,
Dans le jus des viandes vieilles,
Le verre des bouteilles bues et des miroirs,
Les journaux soleils de giclées
Les os de coq,
Les couleurs des publicités
Les oreilles désarticulées des lettres jetées,
Les mots des morts,
Les mots des papiers gras,
Les mots qui bouchent la bouche
Avec la nuit
Qui couve les poubelles,
La grande poule noire qui fait bander les lampadaires.
Action de grâce
Monsieur Poubelle,
Monsieur Poubelle, Préfet de France
Vous eussiez pu vous appeler monsieur Dupont,
Monsieur Durand, monsieur Dubois,
Monsieur Dubois
Vous eussiez pu vous appeler monsieur Martin,
Monsieur Thomas, monsieur Benoît, Monsieur Ronron,
Monsieur Concon,
Monsieur Le Pestipon,
Vous eussiez, monsieur Poubelle, vous appeler monsieur Lespinasse,
Monsieur Lespinasse,
Et l'on sortirait le soir
Le soir c'est sûr,
Sa durand, sa dupont,
Sa dubois,
Ou l'on irait vider ses lespinasses à l'égout,
Et les ramasseurs de lespinasses auraient du cour,
Ils chanteraient, les ramasseurs de lespinasses,
Ou les ramasseurs de lepestipons,
Ils verseraient les lepestipons
Les lepestipons dans leur camion,
Contents, pas contents, contents dans leur camions de lepestipons,
Mais monsieur Poubelle, monsieur Eugène-René Poubelle
Préfet de France,
Non pas pou beau,
Poubelle,
Belle, belle, belle,
Monsieur Poubelle de son nom a fait cadeau
A qui ? A qui ?
A nous.
A nous.
C'est acquis.
Nous parlons par monsieur Poubelle,
Poubelle, poubelle,
La langue l'a, le mot poubelle,
Les anglais ont trash can ,
Mais nous préférons poubelle,
A trash can,
Tout en a an..
Poubelle, poubelle, quelle douceur !
Vraie bedoucette de Toulouse.
Merci monsieur
Poubelle,
Merci papa de monsieur Poubelle
D'avoir fait un fils légitime,
D'avoir sauvé ce nom poubelle contre tous les dupont, tous les durand
Contre les Lepestipon, contre les Lespinasse
Contre les lespinon et lespestinasse
Merci
Pépé de Poubelle,
D'avoir fait un fils légitime,
Merci pépé du pépé de Poubelle
Merci pépé du pépé du pépé de Poubelle,
Merci pépé du pépé du pépé du pépé de Poubelle,
Merci monsieur Poubelle, / Merci monsieur Poubelle, /Merci.
Prière
Si je pouvais
Si je pouvais
Si je pouvais
Mais je ne peux pas
Mais je ne peux pas
Mais je ne peux pas
Si je pouvais pourtant,
Mais je ne peux pas,
Mais je ne peux pas,
Ce jeu ne veut pas de moi,
Si je pouvais,
Si je pouvais
Mais je ne peux pas, mais je ne peux pas,
Que belle, belle, belle, serait la vie,
Belle,
Si je pouvais, si je pouvais me faire
Oui
me faire
poubelle.
Poubelle, la vie serait belle, poubelle,
Si je pouvais me faire
Sans rien refuser,
Poubelle, belle,
Des épluchures d'étoiles,
Si je pouvais
Mais je ne peux pas,
Si je pouvais
Ouverte
Ouverte
Si je pouvais, poubelle,
Ouverte,
Oui, oui,
Ouverte
Dire oui
Même pas dire
Même pas oui,
Même pas comme la vierge Marie, oui
Si je pouvais
Mais je ne peux pas, mais je ne peux pas,
Poubelle, oui,
Poubelle des nuits,
Poubelle des merveilles
Poubelle merveille
Je chanterais, chanterais
Le seigneur fit pour moi des merveilles,
Merveilles,
Le Seigneur, les chiens autour de moi tourneraient,
Merveilles des choses abandonnées,
Chaussures d'astres, papiers de lunes, vieilles poupées,
Vieilles poupées,
Des chiens, des chats,
Je me tairais
Je me tairais
J'aurais toute chose dedans
Mais je ne peux pas, mais je ne peux pas,
Toutes choses, et les roses, et les cours cassés de signes,
Des déchets d'ange,
Si je pouvais
Des poux et des Christ,
Des grelots dans des boîtes brodées,
Tout en ma bouche, poubelle,
Mon corps bouche
Beau, belle
Ombre réelle, poème assoiffé d'accueillir,
Poubelle,
Eponge poubelle,
Poubelle, Poème
Ping pong éponge,
Poubelle,
Si je pouvais,
Mais je ne peux pas, mais je ne peux pas,
Etre trou,
Tout trou,
Avec dedans tout,
Avec dedans,
Mais je ne peux pas,
Mais je ne peux pas,
Parleur,
Parleur,
Haut-parleur,
Comment,
Comment comment
Comment dans la nuit
Comment dans la nuit, le jour,
Comment comment, sans mentir, comment sans mamam,
Comment sans mamam,
Comment sans mamam,
Comment se faire poubelle ?
Se faire poubelle,
Poubelle,
Belle ?
Cantique des voisinesPoubelles de la Providence
Vertes et bleues,
Poubelles,
Poubelles de la rue Lozes,
Qui monte et qui descend,
Poubelles de la rue Marie,
Où s'exprime une ancienne fontaine,
Poubelles du trente et un cinq cent,
Poubelles chères au retour des théâtres,
Poubelles de la Côte Pavé,
Poubelles de la place Pinel,
Dont le kiosque est le cour du monde,
Poubelles de la rue Labat de Savignac,
Poubelles, mes soeurs, du quartier où je meurs,
Poubelles tant visitées, jamais ignobles,
Putains gentilles de la nuit,
Si belles,
Si consolantes,
Poubelles poèmes, rue des Roses,
Poubelles de l'ombre et des soirées fraîches,
Chères poubelles des passages,
Poubelles berceau des débris de causes,
Poubelles délices,
Poubelles, allons voir si vous n'êtes closes,
Poubelles, cueillons le relief des choses
En vous, les putains où jamais l'on n'ose,
Poubelles, mes soeurs, quand me prendrez-vous ?
Vertu de l'ombre
L'ombre a besoin de l'ombre
Comme l'homme de l'homme,
Le ciel du cour.
L'ombre a besoin de l'ombre
Car l'ombre est le cour du ciel,
Comme l'homme est le ciel de l'ombre.
Comme l'ombre est le cour de Londres.
L'homme a besoin du comme.
Comme a besoin de l'ombre.
Comme a besoin du ciel.
Comme a besoin du cour.
La racine de l'homme en l'ombre a la vertu d'un ciel.
Rome et Londre
Sont noms qui s'accordent
A l'ombrte dans son homme 0
II ) La place Marius Pinel à Toulouse
A
La place Marius Pinel à Toulouse
Peu de gens sont convaincus qu'existe à Toulouse une place Marius Pinel.
Beaucoup, cependant, si on les interrogeait - mais on ne les interroge
guère - se signaleraient probablement comme disposés à croire qu'existe à
Toulouse une place Marius Pinel.Au demeurant, à la ronde, très peu accepteraient de souffrir géhenne pour soutenir que n'existe pas à Toulouse
une place Marius Pinel. La quasi totalité des humains, si on considère le monde, admettrait prudemment, jusqu'à plus ample examen, et pour ne fâcher personne, l'existence à Toulouse d'une place Marius Pinel.Ne s'entrouverait sans doute qu'un lot étroit, relativement à l'immensité du monde, avec ses mers et ses rémoras, sans même compter les étoiles et leurs exoplanètes, pour oser garantir qu'existe à Toulouse une place Marius Pinel.
Parmi ce plus ou moins happy few, entre tous ceux que l'on convoquerait des divers continents, des îles vastes, même des petites, et en allant jusqu'à supposer que des populations abondent sur Mars, Vénus, voire Titan, et qu'on y puise, seul, pouvons-nous croire, un groupuscule jurerait ses grands dieux qu'existe à Toulouse une place Marius Pinel.
Au bout du compte, un ou deux membres de l'espèce des fils d'Adam, peut-être, se trouverait-il au monde, et probablement dans l'univers, qui est vaste, tant est grande ce qui nous paraît l'infini, avec toutes ses fourmilières, et même ses supermarchés, et ses axes routiers, et la variété des plats de la cuisine chinoise, et les galaxies, pour accepter le martyre au cas où on demanderait d'affirmer hautement que n'existe pas à Toulouse une place Marius Pinel.
C'est donc sur un très petit nombre de cerveaux, prêts à mourir pour elle, que repose la certitude qu'existe à Toulouse une place
Marius Pinel. Une infime quantité de morts possibles garantit seule l' existence à Toulouse d'une place Marius Pinel. Si peu de morts envisageables font-ils à Toulouse une place Marius Pinel ?
A Toulouse, une place Marius Pinel ?
On vous le demande, étoiles, comètes, peuples des nébuleuses, Corses, Ossètes, citoyens du monde, chevelures surpeuplées des astres, à Toulouse, une place Marius Pinel ?
Des rares individus, suffisamment assurés pour en mourir, ou seulement paraître déshonorés, ou même perdre de leur salive ou sperme pour cette affirmation d'existence, l'auteur de ces lignes n'est pas assuré d'être malgré les raisons multiples qui lui permettent apparemment de témoigner del'existence, à Toulouse, d'une place Marius Pinel.
Or, nulle Gestapo n'interdit de marmonner qu'existe à Toulouse une place Marius Pinel. Aucun Savonarole ne tonne contre la croyance à Toulouse en une place Marius Pinel. Alors quoi ?
Pourquoi se tait-on ?
Et moi, en mon sein, quel silence mord ?
Un cour du monde
Place Pinel,
Un cour du monde,
On n'y peut rien, bat.
Pourquoi bat-il là
Place Pinel, et pas là-bas,
Aux ailes ?
La Croix,
L'entrecôte de Bourg
Ou moi, serait-ce pas plus classe ?
Il en bat là
Et par les champs,
Les îles.
Place Pinel,
Bouche qui lance
Au kiosque sonne et vit.
Les cris d'épines
Et les feuilles
Sans peine s'enlacent.
Le chant, le vide
S'accouplent d'ombre
Au ciel du kiosque.
Bat donc un cour
Contre le monde,
Place Pinel, notre poubelle.
Bat donc un pas.
Bat bas la nuit
Bat notre voix.
Place Pinel,
Le pis d'une aile
Est un cour plat.
La place Marius Pinel à Toulouse, pour avoir tenté de la décrire, jusqu'à présent, personne n'est mort.
L'humanité s'est montrée prudente.
On a parfois pu repérer des individus qui caressaient l'espoir de s'abandonner à tenter en quelques mots, avec un petit bouquet de phrases, une
mince constellation de métaphores, la description de ladite place, mais ils renonçaient avant qu'on ait pu être sûr qu'ils en caressaient l'espoir. Ces individus, à ce qu'on croit savoir, s'assoient de paisibles heures sur les bancs, au pied des tilleuls, ou des platanes, à moins qu'ils ne s'installent autour du kiosque, tandis que des enfants y essaient leurs voix.Rien ne les distingue des ordinaires autochtones qui promènent des chiens, ou s'exercent à l'art pédophilique au bord du carré de sable, ou - tant est grand le champ des possibles - préfèrent lorgner les joueurs de pétanque du boulodrome. On peut même les confondre avec l'employé municipal, vêtu de vert vif, qui vient vider la corbeille à papiers proche du toboggan au moyen d'un bâton équipé d'un crochet, et dont la sagesse est toute chinoise.
Quelques uns on cru - leur erreur est excusable - que ce personnage, quand il vaque, médite une hypothétique description de la place Marius Pinel à Toulouse. Mais non.
Sa bonhomie, les rapports des espions, la pratique des moralistes du XVIIème siècle permettent d'assurer qu'il ne fait rien d'autre de sa vie que ce qu' en fait un homme quand il n'entreprend pas de décrire la place Marius Pinel à Toulouse, tel le garagiste Gheusi dont le vice déguisé consiste à réparer efficacement toutes sortes de voitures, place Marius Pinel à Toulouse, sans qu'on puisse soupçonner qu'il consacre son énergie, déjà substantiellement absorbée par le dessous des capots de ses clients, à la description des lieux enveloppant son activité.
L'humanité, on finit par la comprendre.
On s'y habitue quand on l'observe, et qu'on se met à sa place.
On l'admire presque même si l'on s'efforce d'être à son point de vue,
douloureux, subi, sans gloire. Elle n'y est pour rien, sinon mourir, là engluée, boue en bouche. Elle ne fait pas de tourisme. Elle n'ose pas sortir. Il suffit de n'être pas Pantocrator pour comprendre. Même les rats ont assez d'humanité. Même les poulpes.
On comprend que l'humanité ne se risque pas à décrire la place Marius Pinel à Toulouse. On la comprend.
Les esprits vifs le regrettent sans doute. Ils peuvent bien protester contre pareille lâcheté. Ils peuvent avancer, et même étaler, les multiples
avantages que représenterait pour l'humanité la description complète de la place Marius Pinel à Toulouse. Ils n'ont pas tort. Ils ont même raison. Ils ont terriblement le droit de parler de sportivité, de renommée, de gloire, de surpassement moral. Ils ont la vertu pour eux, toute entière, et les
perspectives. On les comprend. Mais on comprend aussi le renoncement, sa vertu, l'effroi terrible de décrire la place Marius Pinel à Toulouse. On le comprend devant tant de monstrueuses difficultés.
III ) De l'impossibilité du poème à la solution par le chouNeuf heures.
Dans l'évidente tenue du temps
S'écrit secret ce dit.
Ciel bleu sur la rue, les toits,
Une auto passe,
Les doigts au clavier frappent.
S'agit d' un poème.
L'écran crâne.
Six lignes, et déjà sept, puis huit.
Neuf lignes.
Dix lignes.
Voilà l'exercice d'un ciel.
Fenêtre ouverte,
Un air frais fait frissonner
Dans l'évidente tenue du temps.
Rien n'est tenu, n'attend, naguère au cour, se crée.
Au puits
Au puits
Pas un mot
Ne monte.
L'oreille est morte,
Terre close.
Les pas sur la rive
Ne font tressaillir que des feuilles.
Nulle bouche ne veille aux braises.
Les mots sont seuls.
Un très grand gel tient les cours.
Marche un homme.
Quelques uns se souviennent.
C'était lui, là-bas, l'homme.
C'était lui : il parlait.
Le ciel a la taille du sel.
Les mains font un secret de leur chemin.
Un pays est offert.
En marchant quarante-trois minutes dans le cimetière d'Eyup,
Où l'on rencontre une cuisine.Au « o » de mort vertu se trouve E
C
Car vide ouvert suscite un ciel. N
O
Au cimetière, le plein s'éprouve,
R
Cuisine réelle des maux. Recel. V
N
U ........E
E
Tel le poème-compression - Sel
D
Multipliant - Lait de louve -
En ce champ des morts, par son miel, O
Inextricablement se prouve. D
R
E
Mer de Marmara
(vers et mouches)
Ane et vertu se retournant font aventure.
Des dés ou Dieu.
Comment taire ?
Rature,
Tout ajout à ce vers seul.
Ou pis chiure !
Indécent linceul
Des sens.
(En mer de Marmara, 27. 10. 2004.
C'est vers BBBB )
Sourit la mer de Marmara.
Vaste nature !
Mot incroyable.Vertu des voyages en mer,
Ces vers.
Vertu des vers (texte en prose)
La prose à la rose aujourd'hui n'ose se croiser, car un décret court contre
les vers. Or, leur vertu, qui reste grande dans les champs, malgré les
labours, n'est pas au fumier, toute. Mémoire. Les vers retournent mieux la
terre ques rêves
Le bon parfum des vers.
Le cercle.
L'humble métier dus vers.
L'oubli douloureux des vers.
Non que les vertues, les verfifient. Les vers vivifient.
Par eux se prend le poisson brillant, la truiite chramante. Et tout pécheur,
qui c'est à fire tout ^poète, car un poète est essentiellement un pécheur à
la ligne, grand grace aux vers l
Peche yoga du pauvre.
La poésie est une pauvreté. La poésie exige la poévreté. Et le sougffle.
La poésie a la vertu du yoga.
Vers le poisson brillant. L'éclat. Plonger la mémoire de l'eau. Plonger le
vif argent du poisson toute éclaboussé de mémoire au ciel.
Que fait le poème sinon plonger, éclaboussant de mémoire, le vif au ciel ?
Vertu des préliminaires
(quand un problème se fait sonnet).
Dans toute la suite du problème, on se place
Dans l'espace C (X) des polynômes à
Coefficients complexes. Nul Ptyx. Un blanc là.
Préliminaires. Soient P et Q. Quelle classe !Deux polynômes de C (X), mais plein de grâce,
De degrés respectifs p et q non nuls. Plat
Merveilleux ! Montrez que si p et q (Ah ! Ah ! )
Ont une racine commune - là, je passe -
Alors il existe - bien, quel soulagement !
Tout l'univers n'est pas perdu - deux polynômes
De degrés respectifs u et v - quels amants ! -
Tel que - Ah queue sait bien que perdurent des hommes ! -
U inférieur à q, v inférieur à p
UP égale VQ. Sonnet clos. Toupet !
Parallèles convergentes
Au centre de la nuit,
Nécessairement,
N'importe où,
Au deuxième étage de sa maison,
Seul dans le côté droit de son lit,
Peut-être près de sa femme,
Au centre de la nuit,
Sans lampe,
Les yeux fixés vers le plafond,
Un homme cherche un nombre premier.
Il en a 13000.
Il en veut un de plus.
Plus loin.
Le suivant.
L'extrêmement désiré.
Au centre de la nuit,
Au troisième étage de sa maison,
Seul dans le côté gauche de son lit,
Avec ou sans femme,
Au rez-de-chaussée peut-être,
Au centre de la nuit,
Les yeux fixés sur le plafond,
Un homme cherche une décimale de pi.
Il en a déjà 6000.
Il en veut une de plus,
Plus loin,
La suivante.
Il ne veut pas mourir.
Ces deux hommes ne se verront jamais sans doute.
Ils ne croiseront pas leurs ombres,
Ni leurs nombres,
Mais leur quête est semblable,
Celle de celui qui existe,
Celle de celui qui n'existe peut-être pas,
Celle de celui dont me parle Isabelle, sa fille,
Celle de celui que trame mon rêve,
Dans un carnet bleu,
Au centre de la nuit,
Au deuxième étage de mon cerveau,
Dans le côté vide de mon lit,
Et qui cherche un autre mot,
Le suivant,
Celui qui manque,
Donc existe,
Le diable en l'intervalle,
Qui aura la vertu infinie de la mort.
Vertu des lignes
Tant beau le monde,
Amours battant,
Apparemment
Sans besoin de ce texte,
D'ailleurs de moi,
Langue française
Que rarement tchèques, guatémaltèques, chinois,
Virgile,
Les animaux,
Et maints morts
Parlent,
Doigts au clavier,
Moi, leur maître,
Apparemment,
Comme possible, lui si beau, ma jolie voisine,
Ou Ithaque
Va sans.
Ithaque tient sa roche hors les douleurs d'Ulysse.
Chante ma voisine.
Pourtant non.
Sont là.
Nul hors,
Déjà.
Sans ces lignes
Ou d'autres,
Vagues bulles,
Lessive chair et ciel
La mort.
Bulles volent.
Sauvant au vent
Précieuses
Des points.
Fumée,
Mais met.
Réel
Sel d'aile
En langue.
Pour Jean Monod
I
Pas de mot.
Or trois là.
Et lors six.
Non neuf !Neuf.
Pas neuf.
Vieux, mais qu'importent
Le nombre, le temps ?
La terre est vieille,
Moins qu'étoile,
Et tu es fraîche, chair des mots,
Que l'ogre tête, grelottant.
II
Temps de taons,
Nuées de tentants,
Et toi ne t'étendant au champ de ta vie,
Que perdu, gibier
Blessé de fuites,
Le ciel multicolore comme un cirque sur toi.
Or tu t'acharnes au neuf.
Tu crois aux croix,
Roi,
Cloué saint seul.
III
Seul,
L'un seul au vent porteur des sangliers.
Au vent baisé d'aubépines,
Au vent sans dés,
Seul tel tout.IV
Tout est seul,
Ces trois mots,
Et trois hommes à trois croix.
Mais le ciel
Pousse entre leurs bras
Nuages,
Merveilleux nuages de l'air beau comme tout.V
Comme tout
Comme l'homme qui corne au vide,
Comme la comparaison qui pontifie,
Tu te tiens sur un trou,
Puis sur un crâne,
Et ce crâne est un trou,
Et ce trou est un puits,
Et tu pleures la source que pisse ton regard.VI
Regard,
Piège à ciel,
Les oiseaux sont ta proie.
VIIProie,
Prière à quoi tu cries,
Quelle paroi du cour ascensionner ?
Et où tenir,
Toi qui tiens à tout
Par mots et par voix, disant,
Ayant dit, t'étant arraché, donc tenant,
Poème exactement à l'axe inscrit en x ?VIII
En x, armé du malheur,
Inconnu,
Tu t'abandonnes,
Et d'immenses longueurs de crépuscules t'environnent.
Mais tu tiens,
Compte tenu des traîtres et du vent.
Tu oeuvres au neuf,
Le vieux carré du monde et ta main assemblés.
IXSemblaient-elles devoir
Avec leurs visages et leurs mains, venir,
Réunion rare,
Ou vivre en compagnie des fruits,
Choisir le vide,
Voir quoi ?
Présentes au seul.X
Seul seuil.
Seul deuil sauve.Seul l'oil loyal saura.
Seul linceul verra l'aube saoule des saisons.
Sans doute.
Promesse !
Le poème tient l'anneau de nos nuits au secret.
XI
Crée ce silence
Disais-tu,
Tel qu'au sillage les navires.
Crée ce tombeau,
Disais-tu,
Pour que l'ange racine.XII
Si ne rassemble pas les morts,
Le mot
Aux surfaces,
Erre.
Tes mots rameutent les morts,
Font ruer aux racines leurs cris,
Les signent.
XIII
Cygne,
Nécessaire au lac
Coincé, non sans coin-coin,
Tu fais référence,
Et casses, canard, non le miroir, mais ces poèmes.
Espéré exactement heurt.
XIV
Heurte la tombe,
La pierre roule,
N'amasse pas l'ombre,
Ne me touche pas,
Le corps s'enlève bonne nouvelle
Par les mots dans les mots vers les mots
Au moment des vers
Et se lève,
Se révèle,
Tel.Poème en voix s'honore
Tout poème accomplit sa vertu dans la bouche
Comme se déployant la verge y jouit fort,
Mais vers le peuple des oreilles, voire aux corps,
Il partage la joie orageuse, et qui touche.
Prolifique, la langue par la voix accouche.
Politique, l'accueil combine les dehors.
Pratique, Echo convoque la conque des morts.
Le songe aux souples sols des corps dès lors s'abouche.Homéopathie
Si peu,
Si peu de mots,
Le poème guérir
S'il peut de maux,
C'est par si peu parfois,
Si rien,
Sous rire,
Sans jouer,
En jouant,
Branleur de règles,
Car « tout est clos » s'inverse en aube,
Et si peu dit au noir n'est jamais trop bonne nouvelle.
M.
Matière au souffle, elle n'appelle.
Dame du ciel entière réelle,
L'ange l'atteint en son lieu d'un coup tel
Que s'échangent mots dont cours savent quels.
Son accord ne fuit le bruissement d'ailes.
Elle sait le vin, elle sait le sel,
Elle sait devoir embrasser le fiel,
La pierre qui roule où le temps se mêle ;
Si se croisent là l'amer et le miel,
Si le texte croît quand l'ombre révèle,
Sa main vient au sein sans trouble recel
Et l'accueil du tu multiplie les stèles.
Lors s'élève à sa gloire la vendange.
Avé à la feuille de chou
O et U et I et E,
Feuille de chou,
Havre humide aux insectes,
Immense, violente, tendre,
Accueillante aux piérides, trouée de multiples,
Pliante, apte à rouler les paysages,
Ouverte, secrète, nouvelle,
Oreille, voyelle abondante et nombreuse sur pied,
Sexe des potagers,
Traversé d'anges,
Traversant les putains,
Pensée des humbles vaches, farcissure à merci,
Douce et tant parfumée,
Berceau de nos vies,
Feuille de chou, travail de plis,
Architecture verte
Pour que monte le chou,
La joie du chou,
Oui !
IV ) Vertu des légumes
Navet, aux maux, va-t'en !N'avez vous jamais rêvé au navet ?
Gentil navet vêtu de rose et d'aube,
Que savez-vous de ses secrets névés
En lui plus purs qu'âmes sous tant de robes ?
Tendre blancheur du navet pour nos cours
Lointaine, mais par cuisson rendue proche
Si bien qu'épines d'amour et rancoeur
S'oublient en lui, navet où rien ne cloche,
Navet si plein, sans pépin, ni noyau,
Chair de terre promise entière aux lèvres,
Navet, navire où les sols sont loyaux,
Navet aux mots enfin fondant sans fièvre.
_____________
Je hume aux légumes l'homme
J'engage au langage le vent.
De l'homme au vent le jeu se nomme
Poème, et l'ombre va devant.
________II
Radicalité du radis ?
Faut-il se méfier du radis ?
Si doux, si rose ?
C'est dur à dire, mais peut-être.
Car il n'y a qu'au radical qu'on peut faire confiance.
Hors radicalité la confiance ne peut règner.
La foi s'enracine dans la radicalité.
La foi est radicale, la bonne foi. Mais le radis l'est-il ?Que dire du radis ?
Que le radis est radical.
Radions cette pensée.
Le radis n'est pas radical.
Non le radis n'est pas radical.
Car le paradis est radical.
Le paradis est radical. Sinon, l'enfer.
Qui ne cale à la pensée d'un paradis pas radical ?
D'un paradis pas radical, nous ne voudrions pas. Nous refuserions de mourir
si le paradis n'était pas radical. Grève de mort en cas de paradis pas
radical.
Honni soit pareil paradis à préservatifs, un paradis plein de parapluies.
Voilà un paradis pas radical : un paradis à parapluies. Qui voudrait d'un
paradis à parapluies. Même qui croit qu'un « coin de parapluie est un p'tit
coin de paradis » ne voudrait pas d'un paradis à parapluie. Dieu, c'est du
soleil. Donc de la racine.
D'ailleurs, et vu d'ici, Dieu est radical.
Car Dieu est à la racine et dieu nous éblouit. Moise, le coup du buisson
ardent, racine inversée solaire. Dieu, c'est radical.
Si Dieu n'était pas radical, Dieu serait juste milieu, douteux, un accord
louche, derrière la veste, traître. Impossible !
Donc dieu est radical, s'il est, ou, surtout, n'est pas. Dieu est un
alternatif radical.
Or le paradis est de Dieu.
Donc le paradis est radical,
Donc le radis n'est pas radical.
Toute dit du radis dénie donc au radis la radicalité. Le radis n'est pas
radical mais radieux, ou plutôt ravi, ou tout simplement radin. Le radis n'
est pas radical.
Mais le paradis du radis est radical.
Et qui dit qu'il n'y ait pas au paradis des radis ?
D'humbles, doux radis, si doux, si roses.
Tant immaculés
Des radis rayonnant radieux.
Ah radis du paradis !
Rêve !
Car le radis n'est pas radical. C'est net.
Mais le radis n'est radicalement pas radical.
Il est donc radical,
Car pas.
Donc le paradis n'est pas radical.
Qui voudrait d'un paradis radical ? En paradis radical, d'ennui, on
périrait.
On mourait au paradis.
On veut d'un paradis à rats, à rats rongeants radis,
Et radis disant la beauté des rats les rongeant
Un paradis pas radical, un paradis à raclures, donc radicalement pas
radical.
Donc radical,
Tel Radis,
Radical,
Donc pas,
Tel toupie,
Toupie de mots,
Toupet de maux,
Toute explosion de mots,
Tel Dieu, un et trois,
Un et quatre,
Quatre à huit, Dieu.
Un et trois font un, fontaine de nos vies
Dieu est un groupuscule radical, donc relation, donc sens multiples,
tournant tel radis,
Si dard du poème l'ébranle.
Rat Dieux.
Radieux,
Qui dira Dieu sinon radis ?
L'envers des bulles.
Bulle. Bulle ....
S'énonce ici le mot Bulle.
S'annonce. S'avoue, savoure, savonne le mot Bulle.
Le mot Bulle bulle....
Or, voici un pois. Deux pois. Trois pois. La mesure.
Et le mot pois.
Le mot pois pèse peu.
Peu de poids au mots pois. Peu de pull au mot bulle. ( Peu de bile au
mobile. )
Les mots bulle et pois sont, mais ne sont pas bulles ou pois.
Et bulle n'est point pois, pas plus que pois n'est bulle.
Et bulle à poil n'est pas possible.
Ciblons mieux.
Asperge,
Espérance en l'asperge.
Si j'asperge ces pois en ferai-je des bulles ?
Hélas, quoique non pis que tout, les pois sont pois et ne se font pas, par
l'asperge, bulles.
Point de mise en bulles.
Qui croit d'un mot changer la vie n'en change pas même un seul pois. Voire.
Nul dépit.
Vers les pois de concert revenons.
Les pois sont verts. Verts sont les pois.
Constat sévère
Car les bulles non, ni le mot bulle. Toujours close, la bulle ne s'ouvre
point au peintre en vert.
Mais les pois sont verts. Verts sont les pois.
Que sont alors les vers des pois ? Point n'est besoin pour les trouver d'
en être troubadour .
D'un oeil ouvert ou noir, creusons.
Le vers fore le pois, comme le monde, comme l'homme, et en forant passe à l
'envers.
L'inverse.
C'est l'oeuvre du ver heureux, son oeuf .
Ah, voilà un ver lent, nonchalant noctambule, et blanc. (docte en bulles)
Que doucement, forant son pois, vers l'an prochain il s'évertue.
Autre vers lent, point blancTu versais par ton poids tes heures à la bulle.
Elu bat la serrure et tue ta Tarentule.
Nul, mais beau. P'tite bulle.
Leçon.
Rien ne bulle comme un vers car le vers tourne envers et contre rêve, tout
contre, comme la bulle, le mot bulle, mieux que mobile, loin du pois tel un
pois sans la poisse .
Le vers creuse le pois et, Phébus, le fait bulle.
Vers de quatre. Pois. Pus. Pull. Bulle.
Vers de neuf. Pois. Vois. Voile. Ville. Bile. Bulle.
Vers de Douze. ALexandrin. ¨
Pois. Puis. Pis. Bis. Bas. Bus. Lus. Lulle. Tulle. Bulle.
"Pois" par la voie d'un ver si haut s'inverse et bulle.
Un verre verserions si nous avions la nuit.
Mais point,
Or, léger le vers libérant les gènes du poids des heures, s'élève.
Soit alors pour nous Ballade de bulle, ou Bullade de Balle.
Car le rondeau à la ballade doit coupler sa vertu pour que des pois perdus
se vivifiant d'eux mêmes en droit forent les coeurs et montent en bulles.
Bullade de balle.
Le trou de balle, vestibule
Par où perforent les pairs vers
N'est guère issue d'où sourdent bulles
Mais on y peut se mettre au vert.
Cette ouverture est à l'envers
Des savoirs doux que l'on trimballe
Mais pourquoi n'être point pervers
Rimeur de bulle à trou de balle ?
Le trou de balle amène aux bulles
Il nous a suffi de dix vers
Et ce nouveau qui déambule
En douze y porte sans hiver.
Donc, parlant pois, étions ouverts
Aux fleurs trouvères à l'envers
Qui mieux que flûtes et cymbales
Rendent le bal à maux couverts,
Rimeur de bulle ou trou de balle.
Ce trou de balle est noctambule
Décidément et galant vert.
Que du pois naissent mille bulles.
Que l'amour brille en tout travers
Que le chant vrille au pied de vair
Et par les tours de la cabale
Forant le poids dur des revers
Rime de bulle ou troue de balles.
Envoi envers
Balle de trou bas d'où hululent
Les hiboux morts et les faux vers,
Trouve l'aubade à la crapule,
Rime de bulle et troue de balles.Ainsi par bullade et boulets
Par voie des vers
Sans perdre pois,
Fleurant l'inverse de l'envers au volant de lents vers sans éviter même
merlan et l'emmerdant
S'énonce, s'annonce, se savoure, et se savonne cette vérité :
La racine des bulles est dans la bouche.Ode aux deux artichaus qui sont troisStrophe Strophe
StropheGros vert de Laon, Gros vert de Laon,
Gros Vert de Laon,
Violet de Provence, Violet de Provence,
Violet de Provence,
Que la langue danse L'ode se relance
Vos doubles silences
Au dit de vos noms. De vos noms violons.
Creusent nos raisons.
Antistrophe Antistrophe
Antistrophe
Violet de Provence Violet de Provence,
Violet de Provence,
Gros Vert de Laon Gros vert de Laon,
Gros Vert de Laon
Que l'art trame au long Savoureux chardons,
Fleur, légume, où sont
Vos fortes présences. Par vous, délivrance !
Mortes différences ?
Epode. Epode
Epode
Eplucher vos feuilles Sucer vos cent feuilles
Baiser sous vos feuilles
Pour atteindre au cour A lèvres, douceurs..
Votre ombreuse fleur,
Poilu où recueille Désir ne s'endeuille
Notre âme s'y treuille
La langue, bonheurs. Par vos saveurs sours.
Hors trappes et pleurs. IV
Strophe Double épode
Gros vert de Laon, Car dons sont en vous
Violet de Provence, Trinité qui danse
En vous Dieu se pense Camus de Bretagne
Multiple et cuisson. Laon, la Provence.
Antistrophe
Violet de Provence, Triple sexe chaud
Gros vert de Laon, Au delà de l'ode,
En France s'avance Délivrez nos maux
Cardinal breton. Des gods à la mode.VIIICourgette, épinard, poireau, salsifi
Patate, radis, carotte, aubergine,
Endive, avocat, mon Dieu, quel défi !
Salades, asperges, comme on s'imagine,
Pois chiche, haricots, scarole, concombres,
Tomates, chou-fleur, hibou, chou, genou,
Non, non, lentilles et fayots sans nombre,
Chou brocolis, laitues, à nous, à nous.
D'agualduce, Fribror, Granat, Giraumont,
Petrowski de Berlin, Rhubarbe pulpeuse,
Oignon doux d'Espagne, Gros vert de Laon, '
Epinar de Malabar, Crosnes nombreuses,Divers tant de noms que de chairs et goûts,
Cynara, Dioscorea, Tout langage,
Purole cape, Tah tasai, Fandango et chou,
Qui sinon chant dira votre éclatant hommage ?
AïlQue nul ne raille
L'ail !
Qui hait l'ail aille
Loin !
L'ail aux lyres
N'est guère admis.
L'art ne se mire
En ses semis.
Hors les Muses,
Il crée son pur
En soi qu'infuse
Son ciel blanc sûr.
Que mort ne baille
L'homme
Au fou qui raille
L'ail.
Hurle l'âme
Dedans sa nuit.
Orne sa lame
Langue qui fuit.
L'ail se cèle
En sol réel.
Il n'est pas aile
De source au ciel.
Que tout ange aille
Hors,
Que Dieu défaille
Lors.
Le feu vire
Au sol violent,
En l'ail, ma lyre,
Son crime blanc.
L'oil délivre
La nuit du sang
En ce blanc ivre,
L'ail indécent.
.V ) Stalles
Quelques poèmes pour L'art en Stalles, gallaerie de Pouzac, près Bagnère de
Bigorre, chez Silvio Brianti.
Salut des stallesI II IIISalut Stalle Soient
Toi Totale Trois
A Appelant Astres
La La Lucioles
Langue Lumière Lampadaires
Etrange Elan, Etonnés,Sombre Stalle Soit
Terrestre, Trouée Toute
Ange A Affection
Là La Léchée,
Lentement Longue Lambrissée,
Eclairant, Evidée Etonnée,Sois Stalle Sois
Toujours Tombeau Toi
Affamé, Accueillant Amour
Le Les Lentement
Lointain Loyales Livide
Extraordinaire. Etoiles, Etonné,Salut Stalle Soyez
Trembleur Tu Terrible
Assidu, Accomplis A
Le La La
Lancinant Liaison Lune
Eclat. Entière. Etonnée.
StancesLa chance de la stalle est en la stance
Car la stance innerve de chant l'étal,
Ouvre par rythme au clos fixe l'immense,
Amène le bal.
La stance danse au vide où mort s'installe.
Elle insuffle des joies souples l'instant.
Stance, tournante, elle exalte l'âme aux pales
Du moulin distant.
Quand la stalle s'inscrit dans le dédale
Sans envol, recueillant l'ombre du temps,
Figeant le moine à la flamme cavale
Du sexe irritant,
La stance entend soulever l'anse
Du puits de marbre où s'est tu tout signal.
La tension de la stance est en sa transe,
Vagabond cristal.
IciJuments
D'amants
En flammes,
Leurs âmes
Ont bruit
Ici. Ici
Les vits
Des pères
Lancèrent
Chevaux
Nouveaux.
Ici
Les cris
Montèrent
Vers guerre,
Tambour
D'amour. Toujours
Le cours
Des heures
Où meurent
Les nuits
Ici. Le sourd
Toujours
Silence
Relance
L'effroi,
La voix.
Revient
Divin,
Naissance,
Présence
Des traits,
Oil frais. Ici
Assis
En stalle
Cavale
Le feu
Nombreux. Le Dard
Que L'art
Implique
Haut pique
Les cours,
Ne meurt.
Ici,
Au cri
Des ouvres,
La Pieuvre
La mort
A tort. Etal
Graal
Sans peur,
Ces stalles
Installent
Le cour.ChevauxNe sont plus là, ni là, ni là, chevaux,
Ni là, ni là, ni là, ni dans la glace,
Ni dans la place, ou le cour en travaux,
Ne sont plus là, chevaux, éclats de races,
Ne sont plus là, pas même en stalle, et nous,
Pourtant ici, d'eux appelant le vide,
Ne sont plus là, et nous avec genoux,
Et toute notre chair, tenant, nos rides,
Et nous avec nos tremblés de vivants,
Et ces vers tournant par rythmes et rimes,
Nous constatant ne sont plus là devant
Ni là, ni là, ni là, et pour quel crime,
Sinon d'avoir vécu chevaux au temps,
En l'effaceur sans retour sauf parole,
Et chevaux en ces mots ainsi pourtant
Sont là sont là s'installent dans le rôle
Et bondissant les mots se font cheval
Cavale au val des vifs dessus la langue
Et s'harnachant les mots cassent le bal
Des morts et font qu'hors stalle la vie tangue.
VI ) MontolieuUn poème monte au lieu
Un poème monte au lieu
Un poème monte au lieu de « se taper un petit noir sur le comptoir », comme
Jacques Chirac, que j'aime pourtant tant.
Un poème monte au lieu de feuilleter les nouvelles
Un poème monte au lieu de faire de l'oeil,
Un poème monte au lieu de putasser dans les miroirs.
Un poème monte au lieu où ça s'étreint, baise, où vivre,
Un poème monte au lieu où jouir, monte au lieu où crier « mon père mon père
à quoi m'as-tu abandonné » ?
Un poème monte au lieu,
C'est une petite chose qui monte qui monte. Monte au lieu
Lundi, mardi, vendredi, dimanche. Monte au lieu.
A pas que rythme le cour
A pas que crée le cran,
A pas qu'accroît le ciel
Un poème monte au Dieu,
Mais, non odieux, le Dieu n'existe pas plus que le souffle.
Un poème monte au souffle,
Un poème monte au lieu d'aller en boîte.
Un poème monte au lieu d'étiqueter les poils,
Un poème monte au lieu de demander des subventions,
Un poème monte au lieu,
Un poème monte au lieu, pute impeccable, dieu amour,
Un poème monte au lieu où nul poète n'a mis patte.
Un poème monte au lieu des feuilles innombrables
Un poème monte au lieu d'enfler,
Un poème monte au lieu de se mettre en maladie
Un poème monte au lieu de monter,
Au lieu de monter,
Et monte, et monte,
Et tant il monte le poème que le monter en perd tout sens.
Si haut, si haut, le haut bée tant qu'il est tel bas.
A force de monter le monter n'en est plus.
Et monte hors monde tourne en trombe ou tombe
De natura rerum
Et un poème tombe au lieu
Un poème tombe au lieu
Désastre obscur, poème,
Un poème tombe au lieu mal armé des fleurs, au lieu des morts
Un poème tombe au lieu des cyprès
Tombe Cyprès
Si prêt à monter
Un poème tombe au lieu où il fait ombre,
Un poème tombe au lieu où il fait homme sur la terre,
Et un poème pierre tombe au lieu où bat pied de Serge Pey,
Et un poème tombe au lieu des bas de laine et des pommes,
Un poème tombe au lieu des commissions culturelles,
Tombe au lieu des claques,
Et tombe, tombe la pluie,
Et un poème tombe, tombe au lieu du chaudron, et là cuit, avec les patates,
les carottes, le gras double, les haricots,
Un poème tombe au lieu du cassoulet, du chou farci,
Et cuit,
Chaudron,
Et fume, oiseau,
Avec des ailes de corbeau, des bouillons de sorcières,
Fume, fume,
Poème,
Et un poème monte au lieu des fumées incroyables.
Un poème monte au lieu,
Et, tête contre pierre, Jacob rêve au poème qui par l'échelle monte et
tombe au lieu.
Un poème monte au lieu
Et même au lieu d'aisance,
Et me souviens des cabinets de mon enfance à Saint Affrique, juchés en haut
d'un escalier,
Fallait monter l'escalier pour chier,
Et l'on trônait, Dieu heureux, se vidant,
Et Jean-Pierre Nizet, Pasteur du Mirail, aventurier multicolore, peut
témoigner
Qu'il fallait monter au lieu,
Et combien c'était bon, poème, au haut, montant encore, vidant son bas,
Chiant sans jamais, tel Dieu, se faire chier.
Un poème monte au lieu,
Un poème monte au lieu ivre déployé, beau de l'air,
Oui, aux reins beaux et non vers laine, vagabond, un poème monte au lieu et
là formule
Et là formule :
« Plus loin, monte au lieu »,
Et
Anna Huc,
Anna Huc,
Femme de Montolieu,
Morte voici quarante ans,
Qui chaque jour montait à la butte Saint Roch et y cherchait fagot de bois,
Anna Huc, qu'un curé merveilleux fit briller au vitrail de Saint Roch dans
la chapelle,
Anna Huc dont inconnus violèrent le vitrail,
Et, malgré eux, et malgré mort, Anna Huc monte au lieu,
Anna Huc monte au lieu des cyprès
Anna Huc monte au lieu du poème qui monte au lieu d'elle,
Anna Huc dont le nom en latin dit ici,
L'ici même du poème,
L'ici d'aile,
Anna Huc, en a ici poème qui monte au lieu
Car un poème anaphore monte au lieu,
Pute et Christ, pierre et cyprès, Anna Huc,
Un poème monte au lieu.
Capitelle
Petite tête, capitelle
Petite tête, capitale
Petite tête, cour réel,
Petite tête où l'on s'installe
Petite tête où l'on prend source
Petite tête comme une figue qui reçoit la langue,
Petite tête par où parlent les pierres et le vent,
Petite tête d'où partent les yeux vers les paysages d'herbes,
Petite tête d'air bleu et de grillons,
Petite tête pour qu'on s'accueille,
Petite tête capitelle,
Petite tête sans capitaine mais pas sans vide,
Petite tête où l'on tète l'ombre,
Petite tête où l'on tend l'âme
Petite tête des collines
Petite tête capitale
Petite tête peau qu'on aime
Petite tête pierre poème
Petite tête aime prière
Petite tête musicienne.
Egalité du 18 février 2002
Février était froid, mais les cours étaient chauds.
Montolieu rencontrait ceux de Port la Nouvelle.
Les dirigeants anxieux, dont les yeux étincellent,
Se réchauffaient les mains dessous leurs paletots.
Tension extrême. Emile mouillait le maillot,
Et les Gharbi entraient dans le jeu de plus belle.
Et Montolieu, d'un cour oubliant ses querelles,
Vibrait pour ses joueurs engagés tout de go.
Furio, Bos, Umbost luttaient, équipe épique.
But, puis but, contre but, but, puis pour Montolieu
Trois à deux ! Dernières minutes critiques.
Ah, la victoire heureuse à la pointe des yeux.
Mais Port La Nouvelle marqua avant le terme,
Egalisant. Montolieu resta digne et ferme. Yves Le Pestipon
Envoyé poétique spécial
du « Fouteux » ___________________
Menhir de Guitard,Petit menhir,
Little menhir,
Petit homme délire dans la garrigue,
Menhir musicien,
Menhir patient de Guitard au bord du plateau de Montolieu,
Petit menhir de granit dans les fourrés,
Menhir sous les pins et les chênes nains,
Parmi les déchets de poubelles, les gravillons,
Menhir gitan que rien ne vante,
Petit menhir d'un pauvre mètre,
A peine bon pour que pissent les chiens,
Et quelques amoureux,
Petit menhir seul,
Petit têtu qui nous aimante,
Menhir de Guitard, la nuit, le jour,
Tu rends présents tous les menhirs.Avec le menhir de Malves
Petit menhir de Guitard,
Avec le menhir de Peirra plantada dont les cupules font Orion
Avec le menhir du Picarel dans les forêts de la Montagne noire
Avec le menhir de Roquefort,
Avec tous les menhirs de Karraounch qui accompagnent la rivière,
Avec le peuple de Carnac et de Lallapaca,
Avec les pierres de Stonhenge et les statues-menhirs de Brassac,
Avec la Cham des Bondoms,
Petit menhir
Menhir de Guitard,
Avec tous les menhirs,
Contre les fleuves d'Héraclite,
Tu fais appel.
Les pierres par toi peuplent nos pas célestes.
La traîne des astres branle nos cuisses.
Nous marchons et nous recueillons,
Puis nous voyons,
Quand ton repos par notre oreille élève échelle d'homme.
Nous cheminons dans ton appel vers notre crâne sobre
Qui est un vieux dolmen de ciel
Juché sur toi
Par des anges et par des gitans.
Présentation de Peyremale.
Voici une maison,
Voici des champs,
Des pierres.
Voici la joue des saisons.
Voici les pieds du chant,
Des mains fières.
Voici que disparaît la trahison.
Voici que s'empêtrent les méchants,
Que le fumier se fait lumière.
Voici la table ouverte aux horizons.
Voici des visages mûrissant, le sachant,
L'amitié, racinée dans l'amour, entière.
Voici des paysans marchant aux terres comme au ciel sans oraison.
Voici des chercheurs d'eau et de vertu jamais ne relâchant,
Des méditations buissonnières.
Voici des cargaisons,
Voici des océans,
Des frères.
Voici d'humaines déraisons,
Voici un troupeau de moutons marchant,
Le ciel sans prière.
Voici une maison,
Voici des champs,
Des pierres.
___________________________
Il y a là des pegmatites et des gneiss
Il y a là du calcaire et des filons de quartz.
Il y a là la côte ancienne d'un grand lac et un ruisseau qui a
soif.
Il y là des orchidées et des cistes
Il y a là du chêne vert et des assemblées de frênes
Il y a bien enfouis les fours anciens et la mémoire du métal.
Il y a là des amphores et des silex taillés.
Il y a là du cassoulet et de hautes statues de bois.
Il y a les variétés anciennes de tomates et des poules noires.
Il y a là Jean-Pierre et Annie Pautou,
Il y a là du vent et de grandes serres qui tremblent.
Il y a là des chapiteaux d'anciennes abbayes et une pierre sous la porte.
Il y a là des prairies humides et des cupules.
Il y a là du travail et des trésors.
Il y a là l'âme des chats morts et des jouets jeunes.
Il y a là des voyageurs et la tonnelle.
Il y a là de l'agneau bio et des parties de couinche.
Il y a là la veine ancienne des amitiés et peu d'argent.
Il y a là l'abondance et une cheminée.
Il y a là du commun et des failles d'oiseaux sincères.
Il y a là d'anciennes sources dans les buis et des yeux nets.
_______________________________
La répétition croise l'aventure
En ce lieu.
Les cheminements du troupeau se font archéologues.
La branche ouvre des sources au ciel commun.
La fraîcheur des plantes exige le retour.
Les enfants jouent dans l'enchantement des labours.
La répétition croise au poème
L'aventure.
Les cheminements du verbe se font archéologues
La langue ouvre des sources au ciel commun.
La fraîcheur des paroles exige le retour.
Les phrases jouent dans l'enchantement des vieux boustophédons.
Peyremale croise en tout temps
Le poème.
Les cheminements du cour se font parole.
Le tremblement ouvre des mains au rythme.
La fraîcheur des raisons exige le retour.
Les enfants jouent dans l'enchantement des vieux labours.
________________________
Claude Rive
De loin,
D'ici,
Dans le mensonge,
Je songe à Claude Rive.
Claude Rive est un homme
Qui aime sa rivière,
Sa femme, sa terre,
Et vit à Montolieu.
Claude Rive est un homme
Qui ouvre sa porte
A l'aventure secrète.
Il sait les sources.
Il sent trembler le coudrier depuis son ventre.
Il marche.
Claude Rive connaît les vertus des pas.
De loin,
Dans l'exact ici des issues fausses,
J'imagine cet homme
Sans miroir.
La clef du rêve est sa vraie vie.
--------------
Travail nécessaire
VII ) Suite jansénipascalienne angoisse. Nuit.
Un jour
Un soir
La nuit
Les nouvelles ne sont pas bonnes.
La fraîcheur des maisons doit accueillir la sécheresse.
Les mains se sont fermées sur les graviers.
On lave la peur avec des rides.
Reste un galet pour boire.
Reste un galet pour boire sa vérité de pierre.
Reste un galet pour faire voir.
Des mains caressent le galet.
Des lèvres l'humectent.
Quelques bouches le mâchent, puis le crachent.
Les langues s'aventurent.
On bat des mots, comme des cartes et du fer.
On fait du feu, la guerre.
C'est la première bonne nouvelle : la guerre.
Un jour,
Un soir,
La nuit,
Qu'un corps cogne
Un corps, le décor change.
Des cordes d'anges emportent la mort.
L'échelle fleurit.
Le ciel se prend pour l'océan avec ses cargaisons.
Gorgones,
Les corps cognent,
Se mangent, vengent l'ennui.
Le décor change.
Il y a du sang, des anges.
Le cour est chaviré comme un ciel.
C'est l'océan qui déménage ses sanglots.
Un jour,
Un soir,
La nuit,
Des crimes crient au corridor du cour.
On entend.
C'est fou comme on entend,
Et qu'on bouche !
Le ciel est un tympan.
On bouche
Le corridor. On bouche
L'aqueduc. On bouche
Nos hauteurs trouées.
On entend.
On entend impitoyablement.
Alors on bouche.
Et comme on n'a rien mieux,
On bouche à grandes louchées de bouches.
Bouche, bouche !
Bouches, bouchez.
Bout à bout, bouche à bouche, mouches faites choir ciel.
Ca bruit,
N'abrite pas.
On entend tout.
Le ciel est un terrible tympan.
On entend par le ciel.
Les bouchers bossent, et on bouche.
Les bouchers bouchent également.
Babel bouche
Ce soir,
Cette nuit,
Partout.
Babel bouche.
Mais ça crie.
On entend.
La nuit,
Un soir,
Un jour,
D'un taillis d'étoiles,
On détale.
Dans ce taillis, on a cru voir
L'oil d'une bête,
D'un oil,
Un noeud d'yeux.
Alors, on détale
Tel, tout à l'heure, dans la montagne de la mort, notre réveil.
Et puis l'on prie
Pour prendre ou peindre, on ne sait,
Car l'oil traque.
On veut son miel bleu comme les compagnons qui manquent.
__________
Un soir,
La nuit,
Un jour,
On attend.
C'est un paquet que l'on attend, ou un corps.
On ne voudrait pas un corps dans un paquet.
Mais on s'y attend.
On ne voudrait pas l'inverse,
Mais c'est possible.
Tant de paquets partent avec des corps sous le ciel,
Et dans la peau, cible ordinaire, se terrent des paquets.On attend
Un corps où vivre l'océan,
Ou un paquet qui contiendrait tout Pâques.
On attend,
Du moins,
Une pâquerette,
Dont le corps démembré soutiendrait notre amour.
A la folie,
Pas du tout,
Un peu, passionnément.Du ciel vient lécher l'ombre devant nous.
L'écorce où boire est à portée de nos étoiles.
--------------
Travail nécessaire
Tout le monde meurt,
Mais qui enterre ?
Les lèvres de l'hiver sont froides.
Un gros silence fume.
Manquent la main
Et le courage.
Or qui enterre ?
Qui enterre dans l'ombre demeure.
Qui enterre dans l'oreille chante.
Qui enterre dans la parole vit le terrible.
Mais qui enterre ?
L'homme qui enterre
Sans nom,
Non sans ciel,
Attend de reposer sa peur dans la paume des amis.
VIII ) Vers vifs
Brève et sans verbeVertu des corps, des cordes et des courbes,
Vertu des croupes,
Vertu des voux,
Vertu des cercles vicieux,
Vertu des marbres et des brames,
Vertu des trous rêveurs,
Vertu des lèvres,
Vertu des dons,
Vertu des savoirs cambrés, vertus des ambres,
Vertu des chambres,
Vertu des dés,
Vertus diverses,
Vertus ouvertes.
Vertu de l'un,
Vertu de lune,
Vertu de l'eau et de la loi,
Vertu du corps,
Vertu de ta bouche,
Vertu de ton ombre,
Vertu du couteau,
Vertu de ce jour,
Vertu de ce mot.
Vertus de la langue, des anges, des langues et du point.
_________________Le rut éveille t-il la vertu ?Il n'est mal
D'âme
Que le sexe
Excessif
N'avale,
Madame,
Dit, pensif,
L'exilé perpétuel des grands yeux sombres.
Or que vaut
Ce dire
Infâme
Ou pire ?
Que vaut
La came
De qui croit voir le ciel au miel des ombres ?
____________
Vertu du triton
(Pour Cidalise )
Sur la Quille,
Enfant,
Je monte chercher des tritons
Avec mon père à une source.
C'est un printemps,
Quand courent les cicindèles champêtres.
Je sais leur nom, comme ceux des pierres et des fossiles.
Je respire le ciel.
Il fait beau sur mon enfance.
Les tritons, je les conserve
Dans des aquariums, des bassins.
Je les observe,
Leurs dos crêtés, leur nage
M'enchantent.
Ils sont un de mes trésors.
L'inconvénient des tritons
Comme des salamandres
Que j'élève également,
Et des têtards qui montrent leur ventre d'or pour se nourrir,
Et des chenilles,
Et des limaces,
Et des dytiques,
Et des hydrophiles bordés de lumière,
Et des tourniquets,
Et des larves cruelles de libellules,
C'est qu'ils donnent aux enfants des boutons.
J'en ai.
Peu m'importe.
Il fait beau sur mon enfance.
_______
Les tritons nagent par mes songes.
Le temps passant ne les a pas mangés.
L'eau de la Sorgue
Et celle de Garonne
Et l'eau de Loire,
Et l'eau de Seine aussi,
Et les yeux d'eau de quelques femmes,
Emportent maints morts et maintes lettres.
L'oubli s'y perd,
Qui pourtant trie tout,
Les tritons vivent dans mon crâne.
____________Quelques tritons en La Fontaine,
Au char de Vénus associés,
«La suivant jusqu'au port de Cythère »,
Ou de doctes dictionnaires
Me teintent de mythologie.
Les urodèles de la Quille,
Montagne sur Saint Affrique,
Aveyron,
M'apprend-t-on,
Doivent leur nom à Triton,
Dieu Marin qui remit une motte
De terre à Battos,
Fondateur de Cyrène,
Puis à « la cavalcate des dieux marins ».J'avais donc, tel
Vénus, des tritons à l'entour
Quand je les transportais dans des bocaux.
Que plonge en l'eau de ma mémoire
L'oeil de mes livres,
Tout mon savoir,
Et que ma bouche vienne y boire
En dépit des mauvais boutons.
Je suis le palais des tritons,
Je suis leur trêve, leur grimoire,
Je leur tresse de tous mes rêves
Les harems où ils nagent souples.
Que le fondateur de Cyrène,
Même riche en mottes de terre,
Se croie moins heureux que moi,
Dont le cour tremble de tritons !
Les mares sont ma mémoire.
Souvent, je stagne aux bords de l'une.
Je me détourne des discours.
J'épie les eaux. Je suis les bulles.
Je m'accroupis.
J'observe les têtards, les hydromètes,
Je tends ma main aux libellules
Je surveille les araignées d'eau.
Je m'oublie aux noyades des feuilles.
J'écoute une grenouille,
Je scrute les larves de moustiques,
Mais je me perds lorsque paraît,
Toute en silence,
Sous la surface
La crête molle d'un triton.
C'est une vue si rare.
C'est une vue de telle préhistoire,
Tout ce passé,
Vif,
Cette queue, ces pattes, cet abandon à Archimède,
Qu'en raison des tritons,
J'aime profondément les mares.
____________
Par réseau d'heurts et de mémoire,
Non par miroir,
Cette fois,
Mare m'appelle à Marmara,
La mer de marbre, me dit-on,
Où je naviguais, fin octobre,
Parlant avec vous de tritons.
C'est ainsi que les mots avancent,
Dans la descenderie qui mène aux houles,
Portant vers l'oil les feux du souvenir.
Un matin,
Vous me dites : « Les sirènes,
L'avez-vous entendu,
Ont émis un triton » ?
Or moi, non, je dormais, et d'ailleurs quasi sourd
Aux subtilités musicales.
Puis notre ami Emmanuel, fervent des courbes,
Confirma
Le triton des bateaux chanteurs.
Depuis vos lèvres,
Dans mes oreilles,
Triton, la veille, était entré
« C'est diabolus in musica ».
« Quoi, diabolus ? » expliquez moi !
Et moi, d'apprendre des merveilles
D'Emmanuel, fervent des courbes,
Et de vous, fée de la canelle,
Chers musiciens
Qui devisiez de tons et de mathématique,
Rue Comballaci,
Aux bords de mer de Marmara.La queue du diable pointait à votre bouche..
Avant ce jour,
Le mot triton n'avait pour moi lézard.
C'était mot double
Dont les deux valves
Formaient cercle sur une source.
Mais vos propos créaient sens neuf.
Dans mon carnet bleu
Cet intervalle de trois tons
Fa, sol, la, si,
Qui crée désir perpétuel d'altérations,
Je le notais.
Le Moyen Age l'évita.
Les modernes aimèrent son diabolique.
Le désir joue de dissonances.
Quelque triton venant à vos lèvres,
Je lui trouvais précise vertu.
Si le diable nous donne la fièvre
Par l'appel d'un redoutable tu,
Alors le diable vaut étincelle
Sur le marbre des cours abattus.
Le Triton serait-il la nacelle
Par qui nos amours volent au ciel,
Loin de vie morte qui nous recèle ?
Ce joli coup de dés hors du fiel,
Mêle en poème les urodèles
Musique et le di-able réel.
Lors le mot par vos lèvres
Et celles d'Emmanuel
Mis sur la table de nos échanges,
Fit de moi un chantier.
Le triton m'excite aux rimes
Fausses, au chant dissonant,
Au bilan de ma vie ouverte,
A l'hommage pour sa vertu,
La vôtre, encore, et l'orient.
En quelque eau de mémoire,
Et dictionnaires,
Où il évolue,
Il ondule ses souples sens
Unissant en ses mouvements
Un satellite de Saturne
Le noyau d'un atome,
Et le plus gros Gastéropode de Méditerranée.
Depuis la source de la Quille,
Bateau inverse,
En mon cour vieux,
Par la musique et par les mythes,
Nageant par vous et Marmara,
- C'est là Byzance -
Triton déploie un triple monde,
Le ciel, la matière, et la mer.
Où s'envoler et se vouer.
Ce petit diable de ma mare
Que personne n'idéalise,
Eveille ici désir de l'aventure,
- c'est sa vertu -
Et donc poème,
Car l'art se joue
Dans la volute
Non d'un sexe (pitre excessif)
Mais d'un triton.Baise
Sexe à vif
Il crie qu'il
Meurt, mais non.
Ce lascif
Sex appeal
Sans raison
Vit.
Sexe ouvert
L'autre crie qu'elle
Aime, mais non
C'est l'hiver
Quand la belle
Trahison
Rit.
Sexes à trous
Font des rimes
Au canon.
Voilà tout.
Y a nul crime,
Hélas non,
Pis.Après un Vertu du vice ?
IX ) Rivières or vertu yves.
Or
En lettre et dans la voix
Car dans la voix de l'être,
Sans autre jeu de soi
Qu'un feu par les fenêtres,S'allume une aventure.
IIVent, non noué des cheveux d'ange, tu reviendras,
Non noué d'heures,
Non noué,
Vent,
Reviendras vif,
Sans adjectif, ni nids,
Mémoire, eau multiple des rivières à or.IIIHors là
s'ouvre la rivière
Où trempe son corps la jeune femme
Où noie son âme le vieil homme
Où la langue tremble
Car le tremblement de langue soulève le désir,
Celui du vieil homme,
De l'âme,
L'aventure,
La jeune femme, la rivière,
Le rêve inconnu du poisson.
IVPoisson sur l'or du fond sous soleil s'aventure,
Et l'oil le voit,
Eclat et ombre,
Fuyant, mouvant, criblé d'aurore,
Tandis que s'échangent de rive à rive les mots,
Rires aux rêves des chercheurs,
Pont surplombant.
V
L'on bannit l'ombre à l'or cueilli
Du doigt parmi le sable
Et les feux,
Telle l'image,
En avant jetée, distillée, chantée,
Poème, élan d'alambic musicien,
Etrange ici brillant au fond de la battée.
La foi, chez Claire, distillatrice de Sainte Croix
La mesure
Serre les aurores,
Cercle l'ombre,
Les filets ont tressé le vent dans les sapinières des cols.
L'éclat s'éteint, les doigts comptent.
Quelle heure ?
Or la rivière
Muse
Au feu savant de l'alambic,
Dans l'élixir,
Hors la mesure,
Ou le boisseau,
Vit.
Voltigeant secret.
Renouvellement de vertuPour Jean Pierre et Sandrine Nizet
Qui ont fait fondre en leurs alliances,
L'or que nous avions découvert
Un été sous le presbytère où vivait et priait Jean-Pierre.--------------------------------------A
Sainte Croix-Vallée-Française,
Cet été-là,
Tout oil restait aveugle à l'or de la rivière,
Quand l'amitié et le travail,
Par Vincent Taillandier, le précieux guide,
Dans l'eau multiple et fraîche
Ont fait paraître des paillettes.
Derviches et berceaux,
Les batées que les mains faisaient danser
Au Gardon,
Ont concentré l'obscur du sable.
De quels filons, ces grenats, ces tourmalines,
De quels rocs ?
De quelles catastrophes ?
Le tourbillon dans l'eau les triait selon leur densité,
Faisant parure d'ombre aux éclats rares,
Leur vertu.
C'est par l'oil
Que m'est venue
Cette aventure,
Mais dans l'oreille des amis,
Et à leur cours,
Elle se creuse
Encore.Sur le pont du Gardon
Des gens regardaient.
Sur le pont du Gardon,
Des gens rigolaient.
Jamais d'or en ces lieux,
Jamais d'or.
Mais un grand panneau « Gold »,
Vantant une bière,
A l'orée du chemin vers le sable et vers l'eau,
Réfutait.
C'est par l'oil
Que m'est venue
Cette aventure,
Mais dans l'oreille des amis,
Et à leur cour,
Elle se creuse
Encore.Eclat.
L'infime.
Promesse.
Quand les paroles premières,
Sorcières paillettes,
Ont paru,
La rivière s'est faite réponse
A notre cour.Quasi rien.
Pas de chose,
Là, sans pourquoi,
Presque hors substance,
Multipliant,
L'infime accueillait le jour.
Poème
Dans l'eau baptême
Depuis tant de siècles
En actes d'or
Comme la rose.Entre les herbes, dans les joncs,
Parmi les gros lourds et les petits légers,
Sous le presbytère du pasteur Jean-Pierre,
Faisant danser l'eau,
Trois jours de soleil,
Nos batées rythmiques
Ont accueilli l'or.Paillettes nombreuses des montagnes,
Vertus des filons,
Danseuses du ventre des quartz,
Sperme efficace,
Strass des orages,
Petits oiseaux d'aurore en vol dans l'eau,
Clavecin des sources,
Paillettes jolies accueillies dans nos fioles,
Nous vous observions chaque soir sous le verre,
Briller, briller, briller.
Rivière et prière,
Dans le presbytère,
Et dans nos voix,
Avec la joie des amitiés,
S'accordaient d'éclats.
C'est par l'oil
Que m'est venue
Cette aventure,
Mais dans l'oreille des amis,
Et à leur cours,
Elle se creuse
Encore.
Deux étés,
La roue du temps
A distribué les sables et les aubes,
Franchi les ornières des ciels,
Donné le vertige aux exils.
Deux étés, puis septembre, octobre,
Le Gardon a roulé ses pierres,
Et les paillettes d'or ont nagé dans les fioles.
Deux étés, nous avons préservé
Chacun pour soi les grains de rêves.
Lors, j'apprends que Jean-Pierre,
Qui aime Sandrine qui l'aime,
L'un l'autre se prenant ensemble pour époux,
Imagine
Avec elle
Par nouds d'âmes et de corps,
Fondre dans l'or industriel des alliances
L'or sauvage
De Sainte Croix.
Lors, j'apprends que l'aventurier
Offre ouvre neuve au secret des rivières.
Lors j'apprends que la fête aurifère,
Par l'effort de Labor,
Bijouterie rue Lakanal, Toulouse,
Qui fera le travail du soleil,
Cuira dans le moule des cercles.
Lors j'apprends qu'on lira dans la courbe creuse des alliances
Le carré magique
Que m'enseignait Raphaël Augustinus Kleweta,
Et dont est pleine ma maison
Comme telle église romane des Pouilles,
Que les époux visitaient cet été,
Et qui mène toujours le carré vers le rond :
Rotas
Opera
Tenet
Arepo
Sator.
C'est par l'oil
Que m'est venue
Cette aventure,
Mais dans l'oreille des amis,
Et à leur cours,
Elle se creuse
Encore.
Je sais le deuil de l'or multiple,
La nuit du « oui »,
Je sais le précipité des désirs,
Les baisers sous les cascades d'astres,
Les danaés,
Paillettes païennes,
Volages
Métamorphoses.
Je sais la nuit de l'un dans l'anneau simple
Je sais le dur métal où les lettres se gravent.
Je sais l'oil vide de la roue,
Je sais la voltige,
J'en sais le vertige.
J'en sais le satan.Entre vous,
Cependant,
Par un vou,
Un peu d'or ordonné renouvelle la foi.
Quelque grains de divin coulaient en la rivière,
Des amis l'ont trouvé,
S'en sont émerveillés.
Vous les transfigurez,
Et ce geste fait ciel.
Sa vertu est d'avoir rouvert
L'or vif de l'aventure en cercle à vos doigts réunis. Début
Novembre 2004.
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