retour à la page "Littérature"
retour à l'accueil d'Esprits Nomades
IL, livre publié au Tournefeuille en 1992.
I
La besogne de la mariée
Quand il se mariait, il exigeait que sa femme le suce.
Parfois elle émettait quelques réserves, mais il les balayait.
"Si tu veux être tout pour moi, douce moitié, suce-moi". Vite à bout
d'arguments, elle commençait. Ce n'est jamais trop tard pour bien faire.
Elle le suçait avec zèle du soir au matin et vice-versa. Il lui refusait
toute autre activité. Quand elle prétendait repasser, ou cuisiner une
choucroute, il le lui interdisait fermement.
"Tu es ma moitié, tu me suces, ou je me tires". Comme elle aimait son
intérieur, elle s'exécutait, et suçait jusqu'à plus soif... Il ne s'en
trouvait pas diminué pour autant. Au contraire, ça avait l'air de le
revigorer. Elle avait beau le souligner, espérant ainsi échapper aux
succions pour lui faire une choucroute garnie ou un marmot, ça ne
l'ébranlait pas.
Il se montrait inflexible : "suce-moi".
A force de sucer, la pauvre dame s'usait. Poumons ballonnants, lèvres
pendantes, teint glauque, elle se vidait tandis qu'il restait plein de
santé, solide, décidément inébranlable.
Il finissait pourtant par comprendre : "Je suis vraiment insuçable,
clamait-il, ou tu suces mal"._________________
La pluie
Rien ne lui aurait plus plu que de pleuvoir sur la ville. "Tiens, aurait-on
dit, il pleut". Et en effet, il aurait plu, que ça déplaise ou non.
Il aurait plu sur les places, sur les marchands de fruits et sur les
essuie-glaces. Il aurait plu sur les foulards. Avec un peu de veine, malgré
les pépins, il aurait plu sur des chairs de femmes jolies. Il serait
descendu par leurs cous entre leurs seins.Mais où aurait-il plus plu que sur les toits ? Et le voilà dégoulinant dans
les gouttières, les caniveaux et, pour conclure, vidant les lieux par les
égouts. On lui aurait donné force tuyaux pour s'évacuer. Les gazettes n'en
auraient soufllé mot.
Une pluie pas méchante, plus qu'une bruine mais pas un orage.
Non pas d'orage, de désespoir, une pluie-plaisir.
Il aurait mouillé le linge sec des ménagères, fait déborder d'imprévoyants
les abribus et rempli d'aise les jardiniers.
Comme elle fondait en larmes, pour ne pas la désespérer, il l'autorisait à
passer l'aspirateur. . .
retour à la
page "Littérature"
retour à l'accueil
d'Esprits Nomades