Gil Pressnitzer

Poèmes

 

 

 

gil pressnitzer

 

 

Entre le temps des hirondelles
Et le lever des chauves-souris
J’ai vécu toutes mes maladies d’enfant
Dans mes lignes de la main
J’ai vu passer au loin les routes du poivre
Et le futur de tes draps traçant les parallèles des instants
Un bol de lait dans la cuisine
Des guêpes contre la fenêtre
Je n’en sais pas plus maintenant que j’ai rejoint
Des chevaux absents sous les feuilles
La vie aura été cette salive
Pourquoi cette eau qui se fige
Cette mort fabriquée souffle dans souffle
Ces hannetons ivres de mai
Ne savent rien de toi
Entre la grange et le pré les paroles sont à sécher
Ma peau arrachée aussi
Et ma mère dans le sommeil fatal
Je reste dans l’haleine de mon ignorance
Je sais si peu sur moi
Entre l’ombre et la terre
Je cherche où m’oublier

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Les murmures


Nous les murmurants nous sommes murmures
murmures de notre sang mêlé et qui tressaille
abandon au fleuve des jours et leurs fils de laine douce
et puis cette sensation d’être seuls et vivants
entre nous


La mort sommeille à nos côtés
et nous ne la réveillons pas
nous murmurons
trop à faire
à épeler tous nos noms
et les répandre en poudre magique autour de nous
bivouaquer avec l’amour sorti du sac
rosées des longues nuits
ce qui était vain est devenu pain
la voix rauque écharpe de soie
murmures du front bas des cieux faisant escorte et sentinelle
les mains se nouent
paix sur nous
les choses inutiles sont versées
nous les regardons flotter comme papillons perdus
au temps ôté, au temps compté


Les murmures de tous les enfants qui sont en nous
bercent jusqu’aux nuages
apaisent nos tremblements
bientôt nous serons nous aussi murmures
nous les murmurants
si imbriqués qu’un seul souffle
passera à la surface de la terre
face aux grands vents se cachant
pour nous laisser place
urgence supérieure de notre paix
l’herbe pousse tendrement entre nous
nous murmurons
et le monde résonne

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Automne en marge

 

La pluie de mon enfance a voulu grandir
elle s’est éloignée de moi
les parapluies des jours se sont dressés
les chiens sont rentrés muets pour fuir les nuages
il cogne du temps sur mes épuisements
maintenant adulte la pluie ne me reconnaît plus
elle tourne en rond
et moi je fonds dans l’immanence
je neige comme je peux

entre mémoire et frontière
j’attends le laisser passer
je manque à l’appel
les barbelés du temps sont mes tremblements
les traces de pas mènent vers le fossé
ne pas se retourner
visages fermés comme écluses

la grêle est intacte
l’automne est sans raison
il pleut il pleut
ces pluies tombées par cœur
grandies trop vite

il pleuvra souvent mais je ne reconnais plus la pluie
moi enfoncé dans les pluies d’autrefois
on ne reconnaît que l’invisible
même délavé ce matin

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En souvenir de moi

 

En souvenir de moi
Laissez votre fenêtre ouverte
Il se peut que je revienne
Porté par la pluie traversière
Dans l’amitié des nuages
En oubliant les échardes de la vie d’avant
Et votre si incertaine tendresse
On ne sait la patience du vent
Qui vous tient la main
Et notre poids d’oubli
Et puis là-bas je n’attends plus la musique

 

En souvenir de moi
Laissez cette hirondelle sur les fils des jours
Elle n’ira pas plus loin
Et les jours raccourcissent
vous souvenez – vous de mon front plein de brumes
il ne voulait que vos genoux
par la porte du fond j’ai glissé
je pourrais revenir dans les trous des larmes

 

En souvenir de moi
Ne cueillez plus les coquelicots
J’en fais partie dorénavant
Au chant des acacias
Mes lèvres modulent leurs feuilles

 

Et puis là-bas j’ai trop froid de vous
La nuit n’est plus la nuit
Sans vous

 

Souvenez-vous de moi
en souvenir de moi
Comme odeur de terre après orage
Feuille morte tremblante juste avant le sol
Herbe folle dans vos têtes

 

En souvenir de moi
Restez ouverts
Je reviendrai peut-être

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Traverse-moi

 

Porte-moi dans tes bras jusqu'au néant
coule-moi profond dans l’eau sans appel du monde
jusqu’à l’oubli sidéral
Caresse-moi jusqu’à m’éparpiller
traverse-moi plus fort que le vent
mélange-moi comme fleuve et mer
blé à la terre
sang contre sueur
sois cette migraine de part en part
cette vrille qui retrace mes frontières
lâche-moi dans tous les fossés
plus loin que leurs pièges
viens cogner tes os contre les miens
tes dents contre mes échardes de verre
passe par-dessus mes douves de chair en colère
secoue mes fagots de mots inavoués
mes mensonges en moisson fanée de mes greniers secrets
je n’ai plus à entretenir mes mystères
j’étouffe dans mes prisons tissées de peurs lourdes
sois l’orage qui casse mes vieilles tuiles
fais claquer mes voiles jusqu’à la déchirure
lézarde les murs et fend les portes
fais de moi des éclats de poussière montant très haut
brise-moi avant que je ne me désagrège
traverse-moi traverse-moi
mais
Porte-moi dans tes bras jusqu'au néant
 

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Sur les rails des guirlandes

 

Sur les rails des guirlandes

la demi-lune fait un pas de trop

et tombe à plat

 

au bout de mes bras

je porte ta tête siège de gravité

je n’ai plus que cela de toi

 

le reste m’a échappé

dans le foulard de ton corps

d’autres se sont blottis

 

il me reste à jouer contre les murs au rebond du temps

et surtout ne plus perdre

ne plus te perdre

 

dans ce cercle de douleur il n’a plus personne

forgés par le feu

nous préférons nous éteindre

 

au bout de mes bras

je porte ta tête ornement des rues bleues

une radio en bois fait refluer les ondes en toi

 

au bout de mes bras

je porte ta mort

au bout de mes bras

je porte ma mort

elle pèse moins que nous

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Invitation

 

Rejoins-moi
Si je meurs
Dedans notre ailleurs
Là où la lumière est brisée
et l’étoile pâle
Échos des fêtes au creux des blés
Et du reste des murmures
des consciences penchées dans les fossés
Je te promets si tu viens
que nous serons toujours chutes de feuilles
Allongées dans le bleu
Avec les herbes du passé qui sifflent entre les doigts
Les jours sont partis juste après nous
Ils avaient tant attendu
sur ton ventre chaud ma tête enfin posée
Dans notre petite chambre désertée
une lampe toujours allumée
pour que les passants nous croient toujours vivants
Dans quelques bars près du port
Nos mémoires en terrasse pour un café éternel
Tous ces orages encore à venir
seront nos soleils
Nous aurons chaviré l’un dans l’autre
Tant pis pour l’oubli du nom des hommes et des étoiles
Celui de la neige nous suffit
Ce vent sur les survivants
Cette tranche de pain sur notre sang
Au tournant dans l’attente
nos chiens sont morts
viens
efface mon passage
prépare le tien
remonte les draps des nuages sur nos têtes
il faut dormir maintenant
pour chaque ombre laissée là-bas
pour nos tombes dans les yeux de ceux qui restent
nos destins étaient nos tatouages
la peau ne nous sert plus
juste par un trou secret pourront venir les chats
et nous veiller
enfin
nous pouvons dormir ensemble

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Retrouvailles

 

Un jour un jour

Nous serons l’un contre l’autre dans la même goutte d’eau

À nous raconter tous nos sortilèges

Serrés l’un contre l’autre nous verrons le temps tomber dans une cruche bleue

Une cruche d’eau, une cruche de lait

Et les frontières contre le mal sont dressées

Il n’y aura qu’une seule nuit pour tout partager

La soif sera loin et le pain contre nous

De ta robe chanteront les grillons invisibles

De lèvres en lèvres de bouche en bouche

Passeront nos mots de passe

Il faudra faire attention

Quelques larmes de plus et tout déborderait

Et l’on noierait la libellule bleue qui partout nous accompagne

 

La boîte à secrets est tombée par terre brisée

Lentement s’écoulent des pianos et des mains d’enfant

Je vois le déluge de lune entre tes genoux

La lumière devient lucide et me parle de toi

Tu ne regarderas pas derrière toi dans la vitre d’eau

Mort et miroir ont le même espace

Ne lâche pas cette main qui s’emmêle en toi

Un seul faux mouvement et l’ailleurs tournera en rond et viendra le rien dans un autre rien

Un jour un jour nous vivrons ensemble dans cette goutte d‘eau

La vie vue de ce vitrail sera jeune

Et fera trembler nos peaux

Le trou fait par mégarde dans le ciel laissera passer nos envers

Sous la voûte de tes reins je poserai un bouquet d’asphodèles

Sur tes seins quelques coquelicots

Nous entamerons alors la grande battue dans la forêt de nos corps

Suis-moi dans la goutte d’eau le bleu coule déjà en nous

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Gardez


Gardez pour moi un arbre seulement
le plus loin de vos routes
mon chemin passait ailleurs par les vergers d’étoiles
les transhumances des mains

Les lents balancements secrets des coquelicots
entre terre de sang et ciel affolé feront le reste
eux savaient pourtant

le monde mal recousu
gardez-le
d’un étage à l’autre je l’ai si mal parcouru
Je n’en ferai plus rien maintenant
le legs de mes étincelles fera juste un feu
quelques cendres contre l’oubli
ne les remuez plus
gardez-les
Sur le dos courbé du temps j’ai vacillé
tentant de faire du silence une très ancienne légende
avec la durée glissant entre les mains vides des absences
et moi toujours en suspension de mes poussières
érodé par le concret

je n’étais donc qu’une ombre passante qui parle
entre pierres sifflantes et inaccompli
nostalgie ouverte de part en part
ainsi j’ai avancé sur la mer et le désir
l’eau a coulé
le corps a fatigué
la nuit n’en finissait pas de mentir

des brumes d’enfance se lèvent encore
les cris des hirondelles seront là bien après moi
je n’ai toujours pas appris à voler
malgré la promesse des ailes d’un autre ciel
je n’aurai fait que semblant de partir
j’aurai juste tenté de devenir plus léger que la lumière
gardez-moi
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Si d’aventure je meurs


Si d’aventure je meurs
Par distraction ou besoin de redevenir simple goutte d‘eau
Afin de passer en profits et pertes tourments et songes
et ne plus vouloir répondre au vent

Il faut bien passer son chemin
même celui qui jamais n’aura touché terre
oublier l’amour avant même le repos
yeux grands ouverts sur les lèvres qui me furent tendues
Doigts gourds voulant faire des colliers d’étoiles
nuits vidées comme coquillages après ma mer
partir sans savoir ses traces
Mains nouées  sur des ombres
Ni maintenant, ni plus tard


Il fallait partir léger nuage entre les nuages
je pars lourd de seins endormis contre moi
de regards qui ont fait veiller mon existence
et puis je ne croyais plus en mon enfance
ni que le jour revienne
et personne n’a su redire mon passé
je vois trop de sang dans chaque sourire


Si d’aventure je meurs
il faudra déclouer mon ombre en laisse
les vôtres aussi
le vent sous cette pierre
les aubépines sous vos corps
alors qu’est-ce qui sera plus proche de l’éternité
que mes mots inutiles
comme la nuit
comme la pluie
Ni maintenant, ni plus tard
Si d’aventure je meurs.

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Passagers du givre

 

Passagers du givre nous faisons halte sur l’épaule des arbres

Essoufflés par nos abîmes

épuisés par nos amours de fumée

Meurtris d’avoir laissé nos corps se meurtrir sur d’autres corps

Depuis nous voyageons sans eux

Plus légers mais sans appui sur la terre veule

un léger vent et nous allons n’importe où

nous regrettons souvent notre glaise et votre sueur

les caresses incertaines et les mensonges enveloppants

Un jour nous pèserons à nouveau

et laisserons nos griffes sur toutes les peaux

alors le givre fondra et brisera notre château de glace

une flaque derrière nous pour vous souvenir qui nous fûmes

D’ici là créons nos cristaux nos nervures

emprisonnons une feuille en témoin des saisons

le temps s’égouttera peu à peu

nous aussi.

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L’eau courante

 

Quand la mort viendra par-dessus mon épaule
je n’aurai pas tari toute mon eau
toute ma sueur
il restera bien des flaques de désir
de peurs inconsolées
d’éclats de lune tombant de mes poches
mais la menue monnaie de mes sentiments
aurait encore pu racheter la terre
ton image feu follet de ma vie
dansera même après moi
là au bout de mon ombre
mes mains cesseront juste de trembler en pensant à ton visage
elles auront eu le temps de tracer de lents signes silencieux
nous irons habiter là-bas plus tard

L’eau courante qui coulait entre nous
ira se jeter en toi
elle dira longtemps ma trace et mon odeur
les brins de paille seront tirés au sort
pour savoir qui devra chercher l’autre
sous tes écorces se cachent mes étoiles
je ne serais pas parti
juste devenu cours d’eau
et sur ton front cette fraîcheur est encore un peu de moi
n’ajoute aucune larme
j’étais déjà tout prêt de déborder
plus léger que vous les pesants
je flotte au-dessus de la brûlure des bougies
m’oubliant contre tes tempes

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Au fil de soi

 

Le monde était couchant

les hirondelles en braille sur les fils

l’absence n’était plus à plaindre

je ne pouvais plus être aussi soudain que mon enfance

et la terre empoignée n’avait plus de vérités

alors sur mon nom je faisais couler des fontaines

puis je les posais par les cheveux

par les mailles

par les cendres

je me tenais à distance de moi

À bout de bras

un ciel dans un coin d’ombre

un infini dans l’oubli

dans l’armoire aux linges pliés d’obscurité

le parfum de très vieilles femmes penchées sur mon sommeil

en nouant des présages dans les draps

Le bois qui craque sous les jambes nues en désordre

la solitude qui monte la rampe

le bol de lait glissant entre la table et les mouches

Je veux redevenir une seconde de mon souvenir

au fil de soi

au fil de l’eau

ne plus avoir peur des larmes non partagées

ne plus refuser de voyager sur la poussière

être la tendresse du puits et du seau

à nouveau premier venu

rien d’autre

et ce châle de la pluie qui va effacer le monde

rendre à chacun ses blessures

ses fables d’enfant

 

à qui répondre de sa patience

des arbres existant avant nous les déracinés

toujours en allées et venues vers l’ailleurs

on reste on n’est que bruissements de feuilles

pierres dans la tête ne sachant plus nommer les hirondelles

draps sur les nuits corps ouverts à l’insomnie

mains non ouvertes

 

et puis hier est tombé là où meurt tout pressentiment

depuis je suis mort et je vous aime

 

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Sous le piano

Sous le piano de ton corps
des notes abandonnées d’hier et de demain
des chemins creux faits des herbes folles de l’attente
des cicatrices qui résonnent encore
des entailles inconsolées
et qui ne doivent pas être refermées

tu ne pourras guérir dans le terrain vague de l’oubli
note à note il faudra remonter la boite à musique du passé
se souvenir de la dernière étoile
de la dernière caresse
côte à côte nous détournerons la mort véritable
vers le fleuve des autres moins vivants que nous
nous savons que la mort recommence
mais entre l’éclair et le tonnerre
il y aura quelques secondes
d’amour

Sous le piano de ton corps
les jouets que nous n’eûmes pas vraiment
le cheval à bascule de tes reins
la toupie de ta bouche
la marelle de ton sexe
et les soldats de plomb des heures lourdes

il reste les touches d’ivoire de ta peau
une musique revenue de toi parle encore
ton enfance passée dans des fleurs écrasées
des parfums de toi jadis et que je reconnais
nous respirons en secret tes comptines
Sous le piano de ton corps
nous sommes tous deux et nous pleurons

 

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Moineaux

 

Moineaux de ma jeunesse

Dans les interstices des châtaigniers, de leur état originel

plus vieux que les pierres

je pouvais frôler l’espace et vous regarder en vibration

faisant mouvoir l’air autour de nos états de matière

moineaux de l’absence

essentiel de mes limites de respiration

vous étiez l’entre - d eux de mes séparations

moineaux plus libres que moi

sans étoile jaune au cou

la conférence sur les fils électriques parlait de frontières

là-bas sans doute l’Espagne

ici la boue et la dénonciation rampante

épure du ciel vous étiez mes questionnements

ma fronde vers le ciel

moineaux hors de la nasse des solitudes

de quelle nature étiez vous ?

instants suspendus dans l’éclat du silence

mon passage étroit vers l’enfance

moineaux limite entre toutes choses

ma jeunesse fut par vous assemblée

ma fin circonscrite

le monde à nouveau palpable

Moineaux mon infini virtuel

en équilibre sur le feu de cheminée

 

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Le point du jour

 

Balancement des enfances au milieu des orties

Jusqu’à faire trembler le ciel sur sa tige

C’était la menthe qui courait le long de nos genoux

Le préau de notre vie étendue à sécher sur les fils à linge

Et ces dimanches à la lumière répétitive

Sans aucune promesse d’invisible

Aujourd’hui où tout m’échappe

Je n’ai pas trahi ces matins aux herbes folles

Et l’odeur tenace de l’inachevé

Sous les fougères passaient les indifférences

Dans la forêt la tension de la vie qui grimpait aux arbres

Tendresse du lait sur la table noire

Et le craquement contre les dents des groseilles volées contre le quotidien

C’était le temps des halos de lune

Et de nos amours à feu doux

Nous étions devenus buée

et farine sous les mains

fruit et bouche à la fois

Et j’échangeais les dieux mortels contre une figue

Et l’araignée faisait le point du jour

 

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Histoires non dites

 

Nous linges pliés devant la porte de nos jours
dénouant les heures vouées aux draps d’oubli
nous attendons que l’on vienne avant la pluie

nous verre brisé
Claquant aux rêves comme fenêtres sous le temps adverse
nous portons notre peau pour inventer les passants
et leurs histoires d’ombres doubles
Course flottante vers demain
gué vers la salive des mots des histoires non dites

et ces pierres qui ont poussé entre nous
avant je voyais ton corps à perte de vue
imposture du dedans
imposture du dehors
ton corps pour vêtement

Le presque a mangé l’encore
le miroir se prend pour l’au-delà
et la lumière doit être ravaudée jusqu’à la chair
rejoindre alors les
flaques de mémoire
en sautant par-dessus la marelle du silence

silence dans les rangs de l’enfance
vu de notre vie tout est oblique
les morts ont plus de recul
Fumée du milieu de nous qui trace son alphabet incertain
le réel était dans ces histoires non dites
un peu d’eau sur les os 
Nul ne nous protège de nos ombres         
Voix blanches ricochant sur la lune étendue
buée verticale de nos nuits
les histoires se disent sur d’autres planètes
là où l’on dort replié sur les nuages

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On passe et le temps nous regarde
ancré dans l’indifférence polie
Nous aurions du traverser la lumière,
caresser la tête des arbres et leurs souvenirs bleus
Mais nous n’étions qu’en équilibre incertain
dans le certain des jours qui coulent hors de nous
nous n’avons rien fait pour nous lover dans l’espace et la rumeur du vent
on est resté que pour quelques visages
quelques corps comme pierres chaudes
alors les oiseaux ne nous comprennent plus
Pas plus la mésange que l’hirondelle
les instants de vos noms ne reviennent pas vers nous
brèves sont vos mains sur nous
ombres ajourées d’oubli
on reste pour ce qui va venir
on le croit mais on passe
on rouvre les yeux et on n’a plus de nom ni de formes
c’était quand déjà votre épaule contre nous ?
il va falloir tout ranger
sang et lait
étoiles et poitrines de femmes
dévétu de chaleur
d’existence même
on passe
insomnie de votre peau
nous battons la nuit
on rate toutes les marches en dormant dans le temps
sachant que l’on meurt on ose encore aimer
on passe pourtant
le rêve sur la main
le bois mort dans nos fleuves

 

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L’encre et la lampe

 

Je laisse derrière moi quelques traînées
de poussière de papillon
Moi
à peine cogné à la lampe de la vie humaine
belle et triste à la fois

moi
contre la vitre froide des adultes
si loin de mon pays natal envolé

quelques amis sauront lire dans ma poussière
le mystère des nombres écrit en braille sur la nuit

je laisse ma signature sur vos tempes
mes ailes consumées sous la porte
la tapisserie de vos visages près du puits

Je laisse ma transparence dans l’air
quelqu’un la ramassera plus tard
L’encre et la lampe seront mes témoins

 

Gil Pressnitzer

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Date de mise à jour : 14/05/2011