Michel Roquebert

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Poèmes

 


Les tourments et les songes

I

Je ne suis d’aucune race
Comme il fallait partir je pris le chemin le plus pur
Tout enfant s’endormir dans les bras du soleil
yeux grands ouverts lèvres tendues
les mains nouées autour du cœur
Solliciter tous les dons
(Mais quel azur me fit cadeau de ce regard sans frontière
liquide au feu
invisible de tous ? )
De ses doigts tisser les étoiles
dessiner les nuages écarter les saisons
déplier l’espace
déshabiller l’aurore
faire taire la nuit fulgurer le grand jour
éveiller toute existence
clairon blanc ouvrir les batteries du ciel
Comme l’amour oublier le repos
Retrouver l’antique cité des premiers gestes et des premiers cris
cet ailleurs et cet autrefois sans limites
où tout était encore possible
(Mais les souvenirs s’affaiblissaient
je ne pouvais plus croire à mon enfance)
Sur une plage morte
coquillage vidé somnoler une joue dans le sable
ne pas répondre au vent
Le soir une eau moqueuse est venue m’enlever
Je n’ai jamais retouché terre

 

II

Petit regard de bois tendre féerie d’après
Toute mouillée la délivrante
ne sourit pas à ses pensées
Masque de ciel aux yeux tendus
Frêle tiroir d’argent tendre étendard de feu
Évanouie la reconnue
Ne défend pas la délivrée
Entre deux seins de neige crue
Au fond d’un lit grand refermé
sur les aiguilles du malheur
Quatre cils de lune
Quatre pieds fendus
Une rose de pierre nue
Sur son visage foudroyé

 

III

Pourquoi perdue l’infante bleue
C’est la nuit qu’elle écrit mal
quand je rêve qu’elle dort
Qui ne sait pas
femme de loin
venue pour redire mon passé
Tout le mal qu’Elle m’a fait

 

IV

Voici la pierre où j’ai cloué le vent
Il n’y a plus de moi que des images folles
Qu’habite une eau tranchante
Une eau de songe froid
J’ai dévoré le mur où se nouait ma solitude
J’ai vu la fleur écartelée de mon sommeil
Briser les aubes d’acier
Pour étrangler toute mémoire
Même les loups sont dépistés
Sur sa jambe coulait une cendre accessible
Son ombre respirait mes rêves par sa bouche
L’été s’était fixé promesse sur ses seins
Une vague son corps et son front mon miroir
Il n’y a plus que des couteaux
Qui va caresser cette ombre?
Il y a du sang partout
- Même sur les raisons de son sourire

 

V

Qui donc est venu réveiller à l’aube comme un condamné à mort
l’archange blanc qui dormait entre nous ?
Dans le petit matin flou et glacé, je l’ai conduit par la main, sans un mot,
vers un de ces lieux anonymes où s’accomplissent les meurtres silencieux des rêves.
On l’a fusillé quelque part, près d’un pont.
Personne n’a rien entendu,
pas même le hurlement qui s’est fait en moi et me déchire encore.
Tout autour, ce n’était que ruines, ou plutôt un décor d’opéra calciné et qui fumait un peu - à moins que ce ne fût la brume.

 

VI

Toi qui me fus le temps d’un soir aux doigts noués
plus proche qu’une éternité :
ma sœur

 

VII

Dis-moi ton nom
- Incertaine Présence
Dis-moi ton nom
- Accord Stupide et Nu
Simplifie la démence à coups de regards
Vides comme le jour où je me suis enfui
Mortellement

 

VIII

Les mains ne sont d’étranges fleurs
Que pour l’aveu crépusculaire hanté de souvenirs déchus
Il n’est plus le langage amer
Que la craintive éternité suppose à ses bras chancelants
Une offrande subtile accomplie sans détresse
N’est pas l’aveuglement d’un cœur traqué que le silence obsède
Même la nuit devenait inutile
Et le regard démesuré qui s’obstinait à la confondre
Semblait une flamme perdue à l’horizon de toute absence
Une évasion qui brille au seul souci de la fausse lumière
Glace éternellement toute immortalité

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