Hommage à Claude Saguet par Serge Pey

Claude dans la pornographie de la mort où tu
descends sans cesse comme un saint de verre.
Claude-feu dans l’enfer des Satans-lézards parachutistes
Claude-Orphée avec un miroir cassé remontant la poésie,
ton unique enfant, ce bébé à gueule de ciment et de chien.
Claude, mon ami, mon double, ce jeune homme vêtu de noir qui me ressemble
comme un frère.
Claude qui vint s’asseoir une nuit schizophrène à ma table
renversée. Claude le Céleste, l’athée dont la transparence
fait croire en un dieu de blue-jean sur sa moto dans les bouteilles cassées.
Claude, le révolté, le Revenant de l’histoire des effacés.
Claude l’Arrivant du rire.
Claude le Prince des poètes, vêtu du drapeau noir des fiancés
purs.
Claude le Récitant, avec Henri partageant nos premières paroles
de poésie publique.
Claude du samedi, rue du Taur, dans la maison de mes vingt ans, épelant
nos poèmes jusqu’aux larmes.
Claude mon ami, mon compagnon, mon camarade, mon premier lecteur à côté
de celui qui porte le nom qui heurte le vent,
Claude le fidèle, le droit, dans l’honnêteté du poème
debout. Claude le clown et sa violence de signe tranchée
au rasoir.
Claude le karateka-poète venu des séries blanches.
Claude-la-sagaie dans les tremblements du signe de son nom
Claude creusant avec sa lance le trou inlassable qui nous creuse encore pour
nous voir.
Claude dans cette fraternité d’équilibriste sur la piste
du cirque de nos morts.
Claude éleveur de beauté sur l’immondice
Claude et son horreur de baignoire et de grains de sables dans les algéries
du désespoir. Claude sans majuscule.
Claude de l’honneur de la nuit.
Claude « le boiteux » qui mendiait le passé pour habiter
son espérance de chien.
Claude l’albatros des usines d’avions de la ville perdue des aviateurs
perdus.
Claude « le grand lecteur » qui me donna Sénac, Kateb Yacine,
Octavio Paz et la bibliothèque brûlée de ses incendies permanents.
Claude, déchiffreur de visions et d’instants fracassés,
ouvreur de fenêtres où se suicident les fenêtres.
Claude, Frère-Krakatoa des volcans et des matières en fusion où
tu aimais rejoindre la grande disparition.
Claude mystique, perdu perdant, victorieux dans les guerres du poème.
Claude qui m’apprit le culte de l’image comme un parnassien ressuscité.
Claude-Personne, appelant le cheval fou de Pessoa sur nos pauvres échiquiers
de sable
Claude le Pauvre, sur la croix renversée et sciée du Christ des
seringues.
Claude Pendu, rue de la vieille lanterne, à la corde rouge d’un
Nerval rouge.
Claude coq alchimique de la cheminée
Claude de l’œil déserté où tourne une île
et un puits. Là où la fontaine de l’unique mer boit notre
regard de prophète
Claude ici ton rire de cuir noir et ton poème-espion du ciel et de contre-espionnage
de la terre.
Claude, toi maintenant dans la fausse mort qui te fait rire à fendre
la hache du froid
Claude toi qui suicidais la lumière.
Claude-Toit du monde
Toi Claude le maudit. Celui de la malédiction des mots dits
qui m’ accompagnent dans le verbe de la porte.
Toi qui ouvre sur le vide comme un anagramme de l’infini
serge Pey
avril 2006
pour ton anniversaire
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