Marina Tsvétaéva
"Il n'a pas retenti de voix plus passionnée que la sienne" (Joseph Brodsky).

Marina, Marina. Marina, ma soeur la,vie.
Marina petite souris grise du malheur où coures-tu si vite dans la nuit et le jour gris? Tu as laissé tes ustensiles de femme de ménage dans cette sorte de prison pour femmes en ce triste pays Tatare, et tu cours, et tu sais où tu cours. Et tu sais pourquoi tu cours. Tu trébuches, tu pleures. Tu pleurais facilement, dans la peine, et dans le plaisir. Tes larmes te font parfois perdre le court chemin, pour rejoindre l'endroit où tu vas te pendre. Trop, c'est trop, tu n'en peux plus. Salopard de Staline, salauds de rouges, ils t'auront menti, ils t'auront tout pris.
Mais ils n'auront pas tout. Dans un coin, tu as creusé un trou, non pas ta tombe, l'air sera juste assez vaste pour cela, mais la cachette de tes amours et de tes espérances. Pourvu que quelqu'un trouve ton butin d'écureuil de la mort, ta provision d'éternité pour tous les hivers encore à venir sur terre. Là mélangée à cette terre noire un petit sac, et dans ce sac des lettres d'amours brûlantes qui feront fondre la glace qui arrive. Des lettres de ton amant que tu n'auras jamais rencontré. De cet homme, presque agonisant sa dernière année de vie, et à qui ta flamme à pousser à croire encore à l'amour et à l'écriture.
Cet homme c'était Rilke, et votre correspondance fait reculer l'indifférence du monde.Il disait ainsi:
ÉLÉGIE À MARINA TSVÉTAÏEVA (poème de Rilke pour Marina)
Marina, toutes ces pertes dans le grand tout, toutes ces chutes d’étoiles
Nous pouvons partout nous jeter, quelque que soit l’étoile,
nous ne pouvons l’accroître !,
Dans le grand tout les comptes sont fermés.
Ainsi qui tombe ne diminue pas le chiffre sacré.
Toute chute qui renonce choit dans l’origine et,là, guérit.
Tout ne serait donc que jeu, métamorphose du semblable, transfert
Jamais un nom nulle part, le moindre gain pour soi-même
Nous vagues Marina, et mer nous sommes !
Nous profondeurs, et ciel nous sommes !
Nous terre, Marina, et printemps mille fois,
ces alouettes lancées dans l’invisible par l’irruption du chant
Nous l’entonnons avec joie, et déjà il nous a dépassé
et soudain notre pesanteur rabat le chant en plainte...
Rien n'est à nous. A peine si nous posons notre main autour
du cou des fleurs non cueillies.
Ah déjà si loin emportés, Marina, si ailleurs, même sous la plus fervente raison.
Faiseurs de signes, rien de plus.
Cette tache légère, quand l'un de nous ne le supporte plus et se décide à prendre, se venge et tue.Qu'elle ait pouvoir de mort, en effet, nous l'avions tous compris à voir, sa retenue, sa tendresse
et la force étrange qui fait de nous vivants des survivants...
Les amants ne devraient, Marina, ne doivent pas en savoir trop sur leur déclin. Ils doivent être neufs.
Leur tombe seule est vieille, leur tombe seule se souvient, s’obscurcissant sous l’arbre qui pleure, se souvient du « à jamais ».
Leur tombe seule se brise ;...
nous sommes devenus pleins comme le disque de la lune.Même à la phase décroissante, ou aux semaines du changement,
nul qui puisse nous rendre à la plénitude, sinon nos pas solitaires, au-dessus du paysage sans sommeil(traduction personnelle)
Marina, Marina, petite souris grise tu cours aller te pendre, toi qui toute ta vie tu avais envoyé les conventions aller se faire pendre.
Tes amours incandescentes allaient aussi bien au mari, qu'aux amants, qu'aux amantes. Tu aimais la provocation et en pleine russie révolutionnaire tu écrivais des poèmes à la gloire de l'armée Blanche (Camp des cygnes à la gloire de l'Armée blanche), en plein exil tu refusais de te mêler à la cohorte des russes blancs de Paris ou de Prague. Libre, scandaleusement libre, tu riais à la face du monde. Mais le monde s'est vengé.
Misère et indifférence semaient en chemin ton quotidien.Tu écrivais en prose pour gagner les quelques pièces que la poésie ne rapporterait jamais. Les Drames se dressaient en talus de mort autour de toi: Mandelstam est mort, Alexandre Blok est mort, Pasternak qui t'avait supplié de revenir est devenu l'un des poètes officiels de Staline.
Tous se détournent de toi. Toi qui avais peur la nuit, peur de l'abandon et du désamour, te voici dans le lit glacé du néant si proche.Tu cours et tu rappelles à peine le nom de ce bled,Yelabuga au bout des steppes du monde, là où aucun amour ne pousse. Dix jours seulement que tu es dans ce fossé du monde, dix jours que tu fais les ménages, dix jours d'humiliation qui s'ajoutent aux misères de l'exil, à l'horreur du retour en Russie.
Tu as faim, tu n'as pas un sou, ton mari Efron, Sérioja, a changé de camp une fois encore, il soutient les Soviétiques maintenant, agent double, lui qui fut un mari double. Il sera exécuté par ses nouveaux amis soviétiques en octobre 1944, qui l'ont arrêté dés 1939. Ta soeur Anastasia est arrêté, tu ne la reverras plus jamais.
Ton fils Georgy, que tu aimais presque incestueusement, comme tous tes hommes, que tu appelais tendrement Mour, t'engueule parce que tu ne peux rien lui acheter. Il mourra au front en juillet 1944 en Lettonie. Ilina, ta seconde fille est morte de faim en 1920 à trois ans, dans tes bras, elle la si mal-aimée de toi. Alya, la première, s'est rebellée contre toi, te renies et chante les vertus de l'ordre concentrationnaire stalinien dans laquelle elle s'est jetée en 1937, te laissant seule.
Son fiancé vous surveille. Et elle sera envoyée au bagne stalinien à vingt-sept ans et n'en sortira vivante qu'à quarante-trois ans!Alya, elle par qui tu seras à nouveau vivante parmi nous. Qui aura rassemblé les bribes éparses de ton corps poétique, tes archives dispersées à la face du globe, Alya ton Antigone. En 1965 paraîtra ton premier volume de poèmes. 1965! Alya qui s'appelait Ariane.
Pauvre, pauvre, tu es Marina, mais toi tu as été riche de la peau des autres et de mots à toi. Pauvre Marina, ils t'ont vite dépendu pour cacher à jamais ton corps dans la fosse commune du temps. On ne saura jamais où il repose, les doigts tendus vers un deuxième morceau de pain à partager avec l'humanité. Ils ont interdit tes poèmes, ils ont maudit ton présent, ils ont maudit ta mémoire. Ils sont bien plus morts que toi.
Toutes ces vies gâchées! Cette solitude sans pain ni amitié.
Ce jour là, le 31 août 1941, il ne te restait que quelques sous pour acheter seulement un pain. Trop, trop pour toi cette honte, toi la fière et l'indomptée. Et à quarante-neuf ans tu as laissé ton corps flotter au bout d'une corde .Cette corde que tu avais volé, que tu avais serré contre toi dans ce drôle d'été tatare, que tu vais fait, presque religieusement au travers de tes larmes, passer dans la branche d'arbre pour tenter de l'accrocher.
Faire un noeud, surtout faire un large noeud où passer cette pauvre, pauvre tête. Non pas un noeud, mais une fenêtre. Des oiseaux chantent, ils s'arrêtent, les bouleaux bougent sous le vent.
Tu es si petite, (1m63!), l'arbre est si grand, si haut. Encore et encore, il faut qu'elle s'accroche cette corde pour toi qui n'as pas accrochée ta vie. Enfin, elle tient. Tu es presque contente, comme si tu venais de gagner ton dernier tour de manège. Pas le temps de battre des mains, sinon tu accepterais encore de te traîner encore dans cette vie où l'on rampe, où l'on est mendiante. Tu prends ton souffle pour le dernier souffle, tu ne pleures plus, une joie sauvage monte en toi.
Enfin, et Mour qui attend pour te réclamer encore des habits neufs.
Il ne te comprend pas, tu es seule, le mari est dans les mâchoires de la police secrète, celle qui t'accable maintenant te pressant de dénoncer les émigrés russe, les amis sont partis sous terre, ou sous la honte.
Akhmatova, la chère Akhmatova tente de survivre et pense à des requiems à venir. Tu es seule, dans ton dernier exil, mais dans un pays où personne ne peut te poursuivre. Pardon pour les autres, mais pour toi cela suffit. Plus d'amour sur cette terre de malheur, les corps soyeux de tes amantes ( ah Sophia !), de tes amants se sont envolés. Un silence encore, des bribes de mots de poèmes que tu n'écriras pas, une pensée encore: Est-ce que quelqu'un trouvera mon paquet, pas mon corps, mais mon paquet avec les lettres?Il fera beau aujourd'hui. Et puis ce saut dans le vide, sans appui mais tu n'en avais plus. Vertige du papillon, soubresaut de l'hirondelle aux ailes brisées, tu te balances enfin dans l'air léger, enfin ton petit corps fait sa balançoire, tu redeviens l'enfant, la petite fille des jardins public, tu te balances, Marina, tu te balances Marina. Même pas mal, même pas mal. Si les amis pouvaient me voir, si les amis pouvaient me pousser un peu. Aucun oiseau n'ose ce poser sur toi. Il fera vraiment beau aujourd'hui, vraiment. C'est dimanche, les cloches vont sonner
"Elle s'est réfugié dans la mort en fourrant sa tête dans un noeud coulant, comme on la cache sous un oreiller". (Pasternak).
Marina, Marina, ma petite souris grise. Ton besoin d'amour éperdu était impossible à rassasier sur cette terre.
Son mari écrit ceci:
" Marina est une créature de passions. Se jeter dans la tempête la tête la première est devenu pour elle une nécessité, l'air de la vie. Celui ou celle qui a déchaîné la tempête n'a pas d'importance. Une personne est imaginée et la tempête se déchaîne. Si l'insignifiance de l'objet se découvre rapidement, Marina se livre à un nouvel ouragan de désespoir et va vers un nouveau stimulant. Peu importe quoi, peu importe comment. Il ne s'agit pas de la réalité des choses, mais d'un rythme, d'un rythme forcené."Ton mari avait vu juste en toi. Mais jamais tu ne fus plus vieille que l'amour.
Tu te consumais, tu ne trichais point.
Marina, Marina , la dernière des romantiques en ce siècle.
MARS
Ô pleurs d'amour, fureur !
D'eux-mêmes — jaillissant !
Ô la Bohème en pleurs !
En Espagne : le sang !
Noir, ô mont qui étend
Son ombre au monde entier !
Au Créateur : grand temps
De rendre mon billet
Refus d'être. De suivre.
Asile des non-gens :
Je refuse d'y vivre
Avec les loups régents
Des rues — hurler : refuse.
Quant aux requins des plaines —
Non ! — Glisser : je refuse —
Le long des dos en chaîne.
Oreilles obstruées,
Et mes yeux voient confus.
À ton monde insensé
Je ne dis que : refus.15 mars-11 mai 1939.
(traduction Eve Malleret)
D'OÙ VIENT CETTE TENDRESSE ?
D'où vient cette tendresse ?
Ces vagues ne sont pas les premières
que j'ai posées tout doucement
sur d'autres lèvres
aussi sombres que les tiennes.
comme les étoiles apparaissent
puis disparaissent
(d'où vient cette tendresse ?)
tellement d'yeux sont apparus
puis disparus devant les miens.
aucune chanson dans l'obscurité
de mes nuits passées
(d'où vient cette tendresse ?)
ne fut entendue comme présentement
à même les veines du chanteur.
d'où vient cette tendresse ?
et qu'en ferais-je, chanteur
jeune et espiègle qui passe
toute personne a les cils
aussi longs que les tiens.1916
(traduction Véronique Lossky)
Qui étais-tu, petite princesse de Moscou, née le 26 septembre1892, d'une famille de la haute bourgeoisie qui voulut faire de toi une pianiste virtuose.Mes pensées vont à toi, reine de mots oubliés, de libertés chèrement acquises, de passion flamboyante. Petite reine des temps jadis aurait dit Milosz. Qui était-tu avec ton visage" de ciel et d'eau"?
Toi Marina Ivanova Tsvétaéva, tu regardais parfois les crânes que collectionnaient ton père, fondateur du musée Pouchkine. La mer, la langue allemande seront des trésors de jeunesse, la poésie ton journal intime.Toi qui, fascinée par Napoléon quitte tout à 16 ans pour voir Sarah Bernhardt dans L'aiglon sur une jambe. Une jambe pour une horrible pièce. Tu apprends à ne jamais refouler tes pulsions, les suivre, même les précéder. Tu ne seras pas la petite fille modèle, mais l'éternel trublion, cheval fou dans les prairies de la vie, amante exaltée.Tu te maries aussi par provocation avec un être trouble et pâlot qui te suivra toute ta vie.
Tes airs d'enfant que tu garderas toujours, toi qui n'était pas forcément belle, tu en useras pour entraîner dans la toile d'araignée de ton lit tes proies que tu aimais tant. Ton siècle semble t'avoir été étranger, et ta barque à bout d'amour s'est échouée dans le froid et les brumes lointaines. Tu étais flamme, brûlante et brûlée. Tu auras subjugée Pasternak, Mandelstam, Rilke et tant d'autres.Tu les a touché comment? Par des frôlements d'ailes répondra Rilke.
Tu qui as écrit la plus lucide épithaphe à l'amour:
"Si vous ne m'oubliez-pas comme je vous oublie, c'est que vous ne m'avais jamais subie comme je vous ai subi. Si vous ne m'oubliez pas absolument, c'est qu'il n'y a rien d'absolu en vous, même l'indifférence. J'ai fini par ne pas vous reconnaître; vous n'avez jamais cherché à me connaître" (Neuf lettres, avec une dixième retenue, et une onzième reçue).
Toi, tu savais ce qu'aimer voulait dire comme immolation et transformation:
"L'amour est pour moi le lien privilégié de l'infini et l'étroitesse m'a toujours étouffée: aimez le monde en moi, non pas moi dans le monde".
Qui étais-tu Marina? Tu réponds: "Regarde le ciel par la fenêtre, tout de moi y est dit".
Marina, Marina, ma petite soeur, ma souris grise, tu trottes en moi et bien plus que le temps.
Exilée, oppressée tu te seras trompée à chaque fois dans tes choix politiques ou amoureux, mais c'est toi qui avais raison tout au bout. Sans filet tu t'ais jeté dans le trapèze mortel de la vie. Tu riais sans cesse et les bourreaux redoublaient de coups sans t'atteindre.
Marina, Marine.
Tel est fait de pierre, tel est fait d'argile,
Mais moi, je m'argente et scintille
Je m'occupe de trahir, je m'appelle Marine,
Je suis la fragile écume marine .Émigrée perpétuelle dans une vie chaotique, tu as pris tous les risques, dans ta vie, dans ton oeuvre. Exilée en 1922, à Berlin, en Tchéquie (trois ans), en France (treize ans!), tu n'auras revu ton pays qu'en 1939, et il t'aura éliminé de la vie publique, te poussant à la misère et à la mort:
Mon pays m'a chassé si loin
qu'un limier ne verrait, je pense,
passant mon âme au peigne fin
la moindre marque de naissanceTes joies d'enfant, tes cheveux qui ne voulaient point blanchir, toi qui avait peur de l'herbe de l'oubli, doucement maintenant. C'est fait. Tous les coups sont étouffés, il suffit de trouver un endroit où s'étendre et dormir, sur toi et tes mots. Les vivants de passage sont sans âge, dispersés comme des jeux de carte disais-tu, tes mots leurs sont étrangers et vides sans doute. Pour d'autres ils sont ces buissons rouges qui permettent à certains de croire encore que la poésie libèrent les corps enlisés, emmurés. Des sorbiers face au néant.
"Comment ça va la vie avec une autre, plus simple n'est-ce pas? Comment ça va avec n'importe qui, dites comment ça va quand on est mon élu? Comment "ça va vivre", comment va-t-elle la force d'être? Comment , ça va l'ami? Plus douloureux, moins douloureux, que pour moi prés d'un autre?"" demandes-tu jalouse. Eh bien cela va haut et fort quand tu ne sembles parler que pour nous, moins bien quand ton absence laisse un lit vide dans les jours. Et la pacotille de la vie sans toi passe mal.
Qui sans connaître le russe ne pourra jamais que rester sur les rives de ta poésie, et se contenter de ton théâtre ou de ta prose Ton traitement de la langue russe est si personnel, si moderne, travaillant sans cesse sur les sons, les éclats, les envolées Ton énergie amoureuse aura aussi fouettée la poésie russe qui ne sera plus la même après tes laves de mots, tes élégies de tendresse.
A nous les pauvres non-russophones, il nous est donné que te t'approcher à tâtons au travers des traductions, de Véronique Lossky principalement. Tout ce que nous perdons me rend inconsolable et nous ressentons tous tes frémissements perdus, sans pouvoir les comprendre. Toutes les syncopes de ta voix passionnée, le déluge des sentiments, bref la vie en abondance dans cette écriture jalouse. Des indices terrestres seront laissées par toi, animal cabrée, animal blessée, rien n'est vain. Rien ne s'oublie.Je pense encore à la poussière
Qui reste de vos lèvres et de vos yeux —
À tous ces yeux qui reposent morts...
À eux, à nous...Maintenant Marina je voudrais un peu entendre ta voix, je sais c'est moi qui devrais te bercer ou te raconter des histoires de diable que tu aimais tant.
Tu disais "qu'il est l'heure de l'âme comme une heure de lune, de hibou, heure des ténèbres, des brumes". Oui il sonne cette heure maintenant .
Je préfère que tes mots s'élèvent.
VERGER
Pour ce martyre,
Pour ce délire,
A ma vieillesse
Donne un verger.Pour ma vieillesse
Et ses détresses,
Pour mon labeur -
Années voûtées,Chiennes d'années,
Années-brûlures:
Donne un verger...
Et la fraîcheurDe sa verdure
A l'évadé:
Sans - voisinage,
Sans - nul visage!Sans - nul railleur!
Sans - nul rôdeur!Sans - oeil voleur!
Sans - oeil violeur
Sur le qui-vive
Sans puanteur!
Sans bruit de cour!
Sans âme vive!
Dis: assez souffert - tiens, voilà!
Prends ce verger - seul comme toi.
(Mais surtout, Toi, n'y reste pas!)
Prends ce verger - seul comme moi.De ce verger, fais-moi cadeau...
- Ce verger? Ou bien - I'Ici-haut?
Fais-m'en cadeau en fin de route -
Pour que mon âme soit absoute.
octobre 1934( traduction Denise Yoccoz-Neugnot).
Sur une feuille vide et lisse
Les lieux, les noms, tous les indices,
Même les dates disparaissent.
Mon âme est née, où donc est-ce ?
Toute maison m'est étrangère,
Pour moi tous les temples sont vides,
Tout m'est égal, me désespère,
Sauf le sorbier d'un sol aride...
Ô larmes des obsèques,
Cris d'amour impuissants !
Dans les pleurs sont les Tchèques,
L'Espagne est dans le sang.
Comme elle est noire et grande,
La foule des malheurs !
Il est temps que je rende
Mon billet au Seigneur.
Dans ce Bedlam des monstres
Ma vie est inutile;
À vivre je renonce
Parmi les loups des villes.
Hurlez, requins des plaines !
Je jette mon fardeau,
Refusant que m'entraîne
Ce grand courant des dos...
Voir... Non, je ne consens,
Écouter... Pas non plus;
À ce monde dément
J'oppose mon refus !(traduction Véronique Lossky)
Le coup étouffé sous les années de l'oubli,
Années de l'ignorance.
Le coup qui vous arrive comme un chant de femmes,
Comme un hennissement,Comme passe un vieux mur le chant passionné -
Le coup qui vous arrive.
Le coup qu'étouffe le fourré silencieux
D'ignorance, d'oubli.Vice de la mémoire - rien, ni yeux ni nez,
Rien, ni lèvres ni chair.
De tous les jours l'un sans l'autre, nuits l'un sans l'autre,
La terre d'alluvion.Le coup étouffé, comme de vase couvert.
C'est ainsi que le lierre
Mange le cour et transforme la vie en ruines...
- Couteau dans l'édredon!...Le coton des fenêtres bouche les oreilles,
Comme l'autre, au-delà:
De neiges, d'années, de tonnes d'indifférence
Le coup est étouffé...(traduction Elsa Triolet)
février 1935
Marina, Marina, ma petite souris grise. Marina, Marina, mon amour ma soeur. je vais seulement faire ce que tu nous disais de faire:
-Écoutez!-
Il faut m'aimer encore
du fait que je mourrai.
Bibliographie sommaire
POESIE
Poèmes. Gallimard, 1968.
Vœux de Nouvel An. L'Éphémère n°17, 1971.
Insomnie. Alidades n°1, 1982.
Le Poème de la montagne. Le poème de la fin. L'Âge d'Homme, 1984.
Tentative de jalousie & autres poèmes. La Découverte, 1986.
Le ciel brûle. Les Cahiers des Brisants, 1987.
Les Arbres. Clémence Hiver, 1989.
Le Gars. Clémence Hiver, 1991 ; Des Femmes, 1992.
L'Offense lyrique. Fourbis, 1992.
Après la Russie. Rivages Poche, 1993.
Poèmes, introd. d'Adriadna Efron. Éditions du Globe, 1993.
Sans lui, avec Sophie Parnok. Fourbis, 1994.
Le Poème de l'air. Le Cri, 1994.
Le Ciel brûle suivi de Tentative de jalousie. Poésie Gallimard, 1999.
THÉÂTRE
Ariane. L'Âge d'Homme, 1979.
Phèdre. Actes Sud, 1991.
Romantika (Le Valet de cœur, La Tempête de neige, La Fortune,
L'Ange de pierre, Une aventure, Le Phénix). Gallimard, 1998.
Une aventure et Le Phénix. Clémence Hiver, 1999.
RÉCITS ET ESSAIS
Le Diable et autres récits. L'Âge d'Homme, 1979 ;
Le Livre de Poche Biblio, 1995.
Mon frère féminin. Mercure de France, 1979.
Le Conte de ma mère. Le Nouveau Commerce n° 65-66, 1988.
L'Art à la lumière de la conscience. Le Temps qu'il fait, 1987.
Indices terrestres. Clémence Hiver, 1987.
Mon Pouchkine suivi de Pouchkine et Pougatchov. Clémence Hiver, 1987.
Les Flagellantes. Clémence Hiver, 1989.
Averse de lumière. Clémence Hiver, 1989.
Le Poète et le Temps. Le Temps qu'il fait, 1989.
Le Poète et la Critique. Le Temps qu'il fait, 1989.
Histoire d'une dédicace. Le Temps qu'il fait, 1989.
Nathalie Gontcharova. Sa vie, son œuvre. Clémence Hiver, 1990.
Histoire de Sonetchka. Clémence Hiver, 1991.
De vie à vie ; Ici-haut. Maximilian Volochine. Clémence Hiver, 1991.
Assurance sur la vie — Le Chinois. Clémence Hiver, 1991.
Des poètes : Maïakovski, Pasternak, Kouzmine, Volochine. Des Femmes, 1992.
CORRESPONDANCE
Correspondance à trois, avec Boris Pasternak et Rainer Maria Rilke. Gallimard, 1983.
Neuf lettres avec une dixième retenue et une onzième reçue. Clémence Hiver, 1985.
Lettre à Véra Merkourieva (31 août 1940). La Nouvelle Alternative n°7, 1987.
Quinze lettres à Boris Pasternak. Clémence Hiver, 1991.
Mise à jour : 23 février 2007