Pedro Soler

L’olivier sage

 

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Assis sur la rive de tous les Guadalquivir, Pedro Soler, à l’ombre de sa guitare, contemple l’écoulement doux et subtil de la musique. Comme une eau qui va son chemin paisible enfin vers la mer. Lourd de tous les limons des souvenirs. Elle vient de si loin en lui. Elle continue à poser son mufle chaud contre lui. Il la connaît de très près, il l’a tant tenu dans ses bras. Il l’a bercé, elle l’a bercé. Ils connaissent leurs respirations mutuelles, ils se réveillent parfois au milieu des nuits du monde pour se savoir vivants tous deux.


La musique, il l’a apprise auprès de merveilleux passeurs qui ne savaient ni lire ni écrire et qui pourtant ont laissé les plus intenses et incandescentes letras. Il a tant accompagné de danseurs et de chanteurs que ses doigts s’emmêlent dans les mèches des souvenirs comme lui poivre et sel Ah le souvenir de la Joselito qui dansait encore avec lui à 93 ans ! Et ses chers maîtres sont réunis autour de doux feu de sa guitare. Bien sûr le flamenco a tant bougé depuis. Les jeunes ardents sont là bousculant les traditions et les formes. Faisant de beaux feux de joie de tout un passé méticuleusement transmis par initiation, par secret. Ces jeunes, il les regarde avec tendresse comme un père envers ses fils turbulents. Son sourire porte son visage. Enlacé à sa vieille guitare (elle fête ses 80 ans !) si rétive à l’accord comme un vieux cheval fourbu mais qui connaît par cœur tous les chemins et toutes les ronces jusqu’aux fontaines, il est encore et toujours là. Vêtu de sa chemise noire, il joue non pas en virtuose. Il faut tendre l’oreille pour savourer les mille méandres précieux qu’il trace. Depuis la « petenera » maudite jusqu’aux soleares éclatants il murmure pour nous au grenier de sa mémoire de flamenco. Il voit passer le sombres de ses amis, Atualpa Yupanqui,...

 

Lui est encore là, quand il joue seul, les paroles du cante jondo affleurent ses lèvres. La lune noire se lève pour lui et va se tremper dans la rivière de ses notes. La lune nègre regarde cette guitare nue qui rejoue le très vieux fond de cette musique. Car Pedro Soler fait remonter le primitif du flamenco. Plus personne n’ose encore jouer ainsi de façon si « archaïque », si dénudée. Pas d’ornementation ni de fioritures, pas de virtuosité lancée comme un cheval fou. Tout est calme et pourtant d’une violence retenue de celui qui sait et n’a plus à hausser le ton pour parler. Cette parole authentique est celle des veillées et non des nuits chaudes des cabarets.


Et puis lui fait ses marées de l’intérieur et son Andalousie est celle de la passion retenue. Son Andalousie va du Guadalquivir au Gange, entre l’Orient et l’Occident. Le grand fleuve passe à Cordoue mais aussi se mélange à bien d’autres fleuves.
Pedro Soler est homme de dialogues et l’on se souvient de ses rencontres avec Raul Barboza, Ravi Prasad, Renaud Garcia-Fons, Beniat Achary, Maria Bethania, Angélique Ionatos, et bien sûr Atahualpa Yupanqui.

 

 

 

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D’ailleurs les notes que Pedro Soler fait s’envoler doucement comme bulles de savon sont des drapeaux de prières fixés sur le mat de sa guitare vers toutes les ombres des grands chanteurs, des grands danseurs, des grands musiciens qui ont tissé ce drap à la fois éclatant et sombre qu’est le flamenco. Il est le continuateur de ses maîtres : Jacinto Amaldéen, Pepe de Badajoz, Ramon Montoya, Michel Vargas. Sa puissante solitude à la guitare seule il l’a bâtie en se faisant avant tout accompagnateur de danseurs et de chanteurs. Et quand Pepe de la Matrona, Juan Varea, Rafael Romero, Enrique Morente, Carmen Amaya, la Chunga et d’autres sont à côté de vous et se lancent sur votre chant ou mettent leurs pas dans vos mains, vous savez les racines profondes du flamenco.
Le danseur se tient sur le fil de sa guitare, le chanteur se jette dans le gouffre des « lettras » sur les cordes de rappels de vos notes.
Cet andalou de Toulouse, qui avec sa sœur Isabelle a tant irrigué cette ville, capitale espagnole de l’exil, en culture flamenca, est aussi un fils de l’exil. Mais ses racines espagnoles n’ont jamais été un instant coupé. Depuis installé à Perpignan, il forme les musiciens du quartier de Saint Jaume, et croise avec eux la rumba catalane et le flamenco.

Chez Pedro Soler, la musique semble s’estomper tant elle a brillé.
Pedro Soler est à lui seul le livre d’heures du flamenco. Il en connaît les enluminures et les histoires, les combats et les secrets que l’on ne dévoile qu’avec les signes des doigts sur la guitare. Seuls les initiés saisissent alors les mots de la tribu. Grand témoin du flamenco, quand il joue il semble se retourner sur toutes ses voix passées. Alors un sourire de celui qui a su suivre les bons chemins est sur lui et l’illumine. Sur sa chemise noire passe la lune noire. Alors il parle entre chaque morceau pour tenter de dire ce que fut la route et pourquoi cette musique. Il trace ainsi un chemin vers nous.
Sculpteur de lumière, il joue du flamenco à contre-jour. Pedro Soler est l‘âge d’or encore vivant de la pureté du flamenco. Or pur, il est le sombre éclat, la poésie rêveuse de cette musique.
Il est l’héritier.
Il est toujours « Près du cœur sauvage », et immémorial.
Il est le rêve du flamenco.

 

Gil Pressnitzer


 


 

 

Discographie

 

Les riches heures du Flamenco, (avec El Nino de Almaden, Pepe de la Matrona, La Joselito)

Grands cantaores du Flamenco – Pepe de la Matrona,

Grands cantaores du Flamenco – Jacinto Almaden,

Arte Flamenco – vol. 1,

Arte Flamenco – vol. 2,

Arte Flamenco vol. 3,

Pedro Soler - A Flamenco Guitar Recital,

Pedro Soler & Marie-Rose Carlie - Poèmes d'Andalousie et Guitare Flamenca,

Pedro Soler & Nonato Luiz - Diálogo,

Pedro Soler - La Guitare Flamenco,

Pedro Soler - Fuentes,

Pedro Soler – Sombras,

Kudsi Erguner & Pedro Soler – L’Orient de l’Occident,

Pedro Soler & Renaud Garcia-Fons – Suite Andalouse,

Ravi Prasad & Pedro Soler,

Pedro Soler & Beñat Achiary – Près du coeur sauvage,

Achiary/Bacan/Bekkas/Lopez/Soler - La Cité Invisible -Rencontre à Casablanca,

Pedro Soler - Luna Negra,


 

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Date de mise à jour : 28/10/2007